Opinion

Egypte, l’équilibriste du Moyen-Orient

Egipto, el equilibrio de Oriente Medio

L’Egypte, pays arabe et africain à la fois, garant de la circulation en méditerranée orientale, voisin d’Israël et seul point d’ouverture vers l’extérieur pour la bande de Gaza a de sérieux atouts sur le plan géopolitique dans une région connue pour son instabilité. 

Aujourd’hui, le pays des pharaons revient sur la scène internationale plus fort que jamais avec à sa tête le Maréchal al-Sissi, devenu–par la force des choses- ambassadeur de la paix. Le militaire serait-il en train de devenir fin diplomate ? 

Pas vraiment ! car même si ses médiations dans la région sont conséquentes, il est avant tout, chef des armées dans ce pays où les militaires constituent une caste à part entière. 

Du côté de la diplomatie, il n’a échappé à personne, le rapprochement entre le Caire et Ankara ces dernières semaines.  Pour rappel les deux pays sont en froid depuis 2011 et la chute de Moubarak. L’appui d’Erdoğan à la Confrérie des Frères Musulmans et à l’ancien président Mohamed Morsi, n’ont fait qu’exacerber les tensions jusqu’à rupture complète des relations entre les deux pays. Par ailleurs beaucoup d’opposants à al-Sissi ont trouvé refuge en Turquie et de célèbres journalistes et chroniqueurs diffusent depuis Ankara leurs émissions anti-régime égyptien. Mais la donne semble changer. Certains journalistes disent qu’ils ont reçu l’ordre de baisser le ton ! 

Aujourd’hui la hache de guerre semble enterrée et les déclarations mielleuses se poursuivent du côté de la Turquie qui parle de « valeurs communes » entre les anciens antagonistes. 

Si Erdoğan est de plus en plus isolé sur la scène internationale occidentale, les partenaires historiques de l’Egypte dans le golf se rapprochent d’Ankara. Mais ce n’est pas la seule raison de la paix annoncée. Dans les eaux troubles de la méditerranée, les alliances se font et se défont au grès des intérêts communs. 

Entre l’Egypte et la Turquie, le partage des eaux en méditerranée orientale dont les richesses gazières se sont avérées bien plus importantes que ce que l’on croyait, redessinent les contours des enjeux géopolitiques de la région. 

La Turquie promet à l’Egypte une part importante du gâteau et tente d’ouvrir un nouveau chapitre dans sa relation avec son ancien ennemi.

Ce nouveau chapitre semble fructueux en ce qui concerne notamment des investissements en Libye. 

Mais si l’image de l’Egypte à l’international est de plus en plus reluisante, sur le plan interne elle se porte plutôt mal. Un tiers de sa population vit sous le seuil de la pauvreté et la crise du Covid a causé des dégâts colossaux notamment dans les hôpitaux emportant jusqu’à 500 médecins en une année. Au niveau des libertés, les choses ne vont pas mieux. Les voix des ONG et organisations des droits de l’Homme ne cessent de clamer les abus d’un régime autoritaire. (On recense près de 60 000 détenus d’opinion dans les prisons égyptiennes).  Mais la politique internationale ne s’encombre pas trop de démocratie ni des droits de l’Homme à l’heure des transactions financières conséquentes. 

C’est le cas de la France qui vient de vendre 30 rafales à al-Sissi. Un contrat juteux qui s’élève à 4 milliards d’euros et qui vient conforter les relations entre les deux pays. L’accord de vente signé avec l'entreprise française Dassault Aviation, sera conduit par un prêt de financement d'une durée minimale de 10 ans, indique le communiqué du ministère de la défense égyptienne. 

Du côté français on ne cesse de répéter comme un mantra que « la stabilité de l’Egypte c’est la stabilité du Moyen-Orient ». En effet, L’Egypte veut être en position de force pour faire face aux nombreux dangers qui la guettent. Le Sinaï gangréné par les moujahidine affiliés à différents groupes terroristes est un véritable casse-tête pour le Caire et de lourds moyens ont été mis en place depuis plusieurs années pour chasser ces groupuscules mobiles qui se meuvent dans ce désert hostile. D’ailleurs les organisations internationales dénoncent les bombardements abusifs de l’armée égyptienne qui touchent aux populations civiles.  

Si l’Egypte a du mal à trouver la paix sur son propre territoire, elle a joué ces dernières semaines un rôle important dans les négociations du cessez le feu entre le Hamas et Israël. 

Al-Sissi s’était porté garant d’un retour au calme entre les deux belligérants et a ouvert pour une durée indéterminée le passage de Rafah, seul point de contact avec l’extérieur pour la bande de Gaza, permettant ainsi d’acheminer les aides humanitaires et d’évacuer les blessés. 

L’Egypte qui porte de plus en plus son regard hors de ses frontières a pourtant du mal à soigner ses propres maux.