Opinion

En Algérie, c’est la minorité qui l’emporte

ARGELIA

Le peuple algérien s’est exprimé lors des élections législatives le 12 juin et il l’a fait par son abstentionnisme. Ainsi et selon les chiffres officiels, 77% de personnes éligibles au vote ont refusé de se rendre aux urnes. Une fatalité ? Non une expression de refus ? certainement, crise de confiance ? défiance vis-à-vis des gouvernants ? sans aucun doute. Si la majorité des Algériens a refusé de choisir ses députés, c’est par ce qu’elle ne se reconnait pas dans ces représentants et le président de la république a tort d’affirmer que « le taux de participation n’a pas d’importance. Ce qui m’importe, c’est que ceux pour lesquels le peuple vote aient une légitimité suffisante ». 

Nous vivons une crise politique profonde et si plus de la moitié du peuple a refusé d’aller aux urnes, ce n’est pas un simple fait de nature contingente.  

Ces millions de personnes pratiquant le boycott délivrent un message très clair qu’on ne peut ni ignorer ni minimiser. Croire en une cohésion sociale ou à une possibilité de démocratie sans la participation de la majorité du peuple est un leurre. Ces législatives anticipées ont été un véritable fiasco. Elles le sont d’abord par le climat de peur et de répression sans précédent dans lequel elles se sont déroulées. 

A la veille des élections, interpellations et gardes à vue étaient au menu des intimidations. Les journalistes Khaled Derarni et El Kadi Ihsane ainsi que le militant Karim Tabbou ont été détenus dans une caserne militaire pendant une trentaine d’heures. L’avocat et figure du Hirak Maître Bouchachi a également été arrêté avant d’être remis en liberté à l’heure où plus de 200 détenus d’opinion croupissent toujours dans les prisons algériennes. Des chiffres qui donnent froid dans le dos et n’augurent d’aucun apaisement. 

Les législatives ont été un fiasco parce qu’elles n’ont pas réussi non plus à gagner l’adhésion des partis politiques d’opposition qui se sont retirés les uns après les autres, comme cela a été le cas pour le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), le Front des Forces Socialistes (FFS) ou encore le Parti des Travailleurs (PT).  

Le taux de participation très bas était prévisible (il est quasi nul en Kabylie). Des voix à l’intérieur du mouvement de contestation du Hirak s’étaient levées pour appeler au boycott des urnes à l’heure où les marches hebdomadaires ont été interdites à grand renfort sécuritaire. 

Le FLN, l’ex parti unique et au pouvoir depuis l’indépendance du pays a raflé 105 sièges sur les 407 et s’il a tout de même perdu quelques électeurs, il reste à la tête du Parlement. La symbolique est forte et rappelle les années passées et l’impossible changement revendiqué par la rue algérienne depuis deux ans maintenant sous la bannière : « Yetnehaw ga3 » (qu’ils partent tous !). 

Les indépendants ont quant à eux remporté 78 sièges et se positionnent en deuxième place. Pour mémoire, l’Etat les a financés à hauteur de 1,6 milliards de dinars, assurant ainsi une main mise sur le choix des candidats et aggravant la défiance du peuple envers ces listes qui se disent non partisanes. 

Avant même l’annonce officielle des résultats le parti à référentiel islamique et conservateur, le Mouvement de la Société pour la Paix (MSP) avait revendiqué la victoire mais il n’est arrivé qu’en troisième position avec 64 sièges. Sa forte présence au sein du parlement était attendue. D’ailleurs le président lui-même dans un entretien accordé au journal français Le Point, s’était dit favorable à l’Islam politique citant en exemple la Turquie d’Erdogan ! 

Abderrazak Makri à la tête du MSP avait déclaré lors la conférence de presse tenue au siège de son parti à Alger, le mercredi 16 juin :« Nous allons vers la construction d’un contrat national qui aboutira à un gouvernement d’union nationale »

La messe est dite, les jeux sont faits et les félicitations ont fusé de partout faisant fi de la voix du peuple. Du côté du FLN on s’est targué d’être non seulement toujours vivant mais tout aussi puissant. Ainsi et pour quelques années, l’Assemblée Populaire Nationale sera responsable de légiférer, d’adopter des lois pour des millions d’Algériens qui ont refusé le deal électoral. 

En Algérie c’est la minorité qui l’emporte !