Opinion

La crise politique au Nicaragua

La crisis política en Nicaragua

Le Nicaragua, depuis 2018, connaît l'une des crises sociopolitiques les plus profondes de ces dernières années, en raison de la permanence du régime dictatorial et dynastique Ortega-Murillo qui s'est caractérisé par la corruption et par la fermeture de tous les espaces démocratiques dans le but de conserver le pouvoir à tout prix provoquant le mécontentement de la population.

Ce mécontentement a conduit à des manifestations pacifiques qui ont été violemment réprimées par la police nationale et les forces paramilitaires, créées par le régime pour saper les marches, en utilisant les ressources institutionnelles.

Les abus accumulés du régime ont conduit à un détonateur social qui a commencé le 18 avril 2018 et s'est prolongé jusqu'à ce jour.

Cette crise a fait plus de 300 morts, un grand nombre de blessés, des personnes privées de liberté et des persécutions à l'encontre des défenseurs des droits de l'homme, des journalistes et de la population civile en général, selon le rapport de la Commission interaméricaine des droits de l'homme sur le Nicaragua.

De même, les institutions de l'État ont été au service du régime, comme la police nationale, qui, avec le pouvoir judiciaire, a ouvert des dossiers criminels contre des citoyens sans aucune base légale.

La société continue d'exiger par les voies civiques la démocratisation du Nicaragua et des élections libres et transparentes, ce à quoi la dictature répond par de nouvelles violations des droits individuels, des emprisonnements, des sièges, des intimidations et des assassinats sélectifs de la population, provoquant l'insécurité des citoyens et une atmosphère d'incertitude dans le pays.

De même, cette crise a provoqué de grandes pertes économiques dans les entreprises qui sont assiégées par les groupes paramilitaires du régime et qui ont pillé les entreprises et détruit les biens privés.

Le régime, par le biais du terrorisme d'État, encourage l'invasion de la propriété privée, le pillage et la haine par le biais de ses médias officiels et génère un risque accru d'augmentation du crime organisé, détériorant considérablement les indicateurs de croissance économique.

Pour cette année 2021, bien qu'il existe une résolution de l'Organisation des États américains (OEA) qui prouve que la nature du régime Ortega-Murillo est illégale et illégitime car il n'y a pas de processus réels et démocratiques, l'OEA a conclu des accords avec le régime pour trouver une solution à la crise en organisant des élections.

Parmi les accords conclus avec le régime pour créer les conditions d'élections équitables figurent la modernisation du Conseil suprême électoral (CSE), les droits de réunion pacifique et de liberté d'expression, l'enregistrement ouvert de nouveaux partis politiques, la mise à jour des registres électoraux, l'observation électorale internationale, la distribution de cartes d'identité, la publication des résultats en temps réel et des procédures adéquates pour la présentation de plaintes.

Cependant, le régime n'a pas respecté ces accords et a réformé la loi électorale pour bloquer les partis politiques d'opposition, inhiber les candidats et élire de nouveaux magistrats au CSE ouvertement favorables à la dictature afin de garantir la fraude électorale.

De même, le 19 octobre 2020, a été publiée la loi 1040, loi de réglementation des agents étrangers, qui a pour principal objectif d'établir des cadres réglementaires appliqués aux personnes physiques et morales nationales et/ou étrangères dans le but de bloquer les financements étrangers aux organisations de la société civile qui ont ouvertement critiqué le régime.

De même, les manifestations ont été criminalisées et le pays vit dans un État policier de facto, les groupes d'opposition étant constamment assiégés par des bandes criminelles en complicité avec la police nationale et l'armée nicaraguayenne, ces deux institutions étant les seuls moyens de maintenir le régime par la violence.

Il est important de noter qu'en plus d'entraver les organisations politiques, ils ont retiré le statut légal de plusieurs partis politiques d'opposition et ont ouvert des enquêtes criminelles contre les pré-candidats à la présidence, comme c'est le cas de Mme Cristiana Chamorro, qui a été accusée du crime présumé de blanchiment d'argent et sans aucune base légale, elle a été condamnée à l'assignation à résidence le mercredi 2 juin 2021. Il est important de noter que Mme Chamorro est l'un des leaders les plus visibles et les plus crédibles du Nicaragua.

Par ailleurs, le samedi 5 juin, l'universitaire de l'opposition Arturo Cruz a été arrêté sous le prétexte d'une prétendue ingérence et pour avoir enfreint la loi dite de défense des droits des peuples, plus connue sous le nom de "loi guillotine".

Le même jour, le chef de l'opposition et pré-candidat à la présidence, Félix Maradiaga, a été convoqué par le bureau du procureur général pour témoigner dans un procès pour une raison inconnue. Il est important de noter que M. Maradiaga, comme d'autres dirigeants de l'opposition, n'a pas le droit de quitter son domicile et qu'il est détenu par la police, alors qu'il n'y a pas de procès ouvert ni de condamnation qui le déclare coupable à ce jour.

Dans ce contexte, la dictature a reçu des sanctions économiques constantes de la part de la communauté internationale ; cependant, face à ces mesures, elle a durci ses positions et fermé à ce jour les possibilités d'un dialogue franc qui permettrait une solution politique à la crise.

Irving Cordero. Directeur académique de la Fundación Libertad para Nicaragua/ The Diplomat