Opinion

Le paradoxe des vaccins

Vacuna COVID-19

La guerre des vaccins a quitté les laboratoires pour atteindre les Etats. La pandémie mondiale est également un révélateur des fractures politiques. Ce que nous vivons actuellement rappelle une époque où deux blocs s’affrontaient entre les Etats-Unis d’un côté et l’URSS de l’autre. Aujourd’hui, nous avons la Chine qui prône un modèle socialiste taillé sur mesure pour les besoins de Pékin et le bloc occidental avec des politiques de plus en plus libérales. Même si l’Empire du Milieu ne peut étendre son pouvoir en Europe, il gagne du terrain en Asie, en Afrique et en Amérique latine. 

Une des politiques qui a été mise en place pour freiner les appétits et appétences de la Chine est un embargo sur ses produits et en ce moment, c’est le vaccin qui fait débat. Durcir les contrôles sur l’exportation de vaccins, c’est surtout faire des choix politiques. Le parti pris de l’Europe est on ne peut plus claire. Les vaccins chinois ne sont pas reconnus malgré une autorisation de l’OMS accordée aux produits des laboratoires Sinopharm et plus récemment Sinovac ainsi qu’une efficacité prouvée dans plusieurs pays et une épidémie maîtrisée en Chine, premier épicentre du drame planétaire. Les mots ont leur poids également. L’appellation vaccin « russe » ou « chinois » pour parler de Spoutnik, Sinopharm, ou Sinovac est à elle seule révélatrice de la crise. 

On invoque souvent le manque de données et de transparence concernant ces vaccins même si les morts engendrés par les effets secondaires d’AstraZeneka ou autre Johnson & Johnson sont toujours présents dans les mémoires. C’est cela le paradoxe des vaccins. 

Actuellement, l’Agence européenne des médicaments n’autorise que quatre vaccins, notamment ceux développés par BioNTech et Pfizer, Moderna, AstraZeneca et Johnson & Johnson. Toutefois, l’U.E laisse le choix à ses pays membres de reconnaître les autres vaccins mais le consensus est loin d’être trouvé. D’abord, il y a la France qui a été jusqu’à présent le seul pays à trancher de manière définitive la question. Le Secrétaire d’État chargé des Affaires européennes, Clément Beaune, a déclaré que son pays ne reconnaîtrait pas la protection accordée par les vaccins russes ou chinois, rajoutant une pierre à l’édifice de l’entrave à la liberté de circulation. Cette décision est lourde de sens et de conséquences pour des millions de personnes à travers le monde ayant utilisées cette protection. Jusqu’à présent Sinopharm est présent dans 45 pays et Spoutnik dans 40, allant d’Asie jusqu’en Amérique latine en passant par l’Afrique. La France est-elle prête à renoncer aux deux millions de touristes chinois qui viennent visiter le pays tous les ans ? tout porte à le croire pour l’instant. Mais par la même occasion, le gouvernement Macron, empêche également l’entrée sur son territoire des beaucoup d’indésirables des pays du Tiers Monde. 

A l’opposé de cette position, l’Espagne a décidé d’ouvrir ses frontières aux personnes vaccinées indépendamment de leurs origines… Tout est loin d’être harmonisé au sein de l’Europe dont les situations économiques et les besoins sont différents. 

Des pays comme la Hongrie et plus récemment la Slovakie vaccinent leurs citoyens au vaccin russe et même chinois. La Hongrie ne se laisse pas intimider et dénonce l’exclusion « c’est la responsabilité du gouvernement hongrois de régler cette situation. C’est un piège tendu aux Hongrois, les autorités doivent le résoudre", s’est-on indigné du côté de Budapest. 

Le scepticisme à l’égard de la superpuissance montante chinoise s’ancre davantage malgré des publications scientifiques rassurantes et des tests à grande échelle. Selon l’AFP, la Turquie avait rapporté que le vaccin de Sinovac était efficace à 91,25 % tandis que le Chili a déclaré un taux de couverture de 78% et respectivement 65,3% et 50,38% pour l’Indonésie et le Brésil. 

La politique de suspicion à géométrie variable envers les vaccins mise en place par les Etats, participe par ailleurs à augmenter la méfiance des citoyens vis-à-vis des laboratoires et ils sont de plus en plus nombreux à sentir pris au piège d’une guerre aux accents géopolitiques. 

Un des faits nouveaux de notre temps est que nous sommes arrivés à opposer la démocratie à la science. A qui la faute ? Un peu à tout le monde probablement. Mais en dehors des thèses complotistes et des réseaux de désinformation, Big Pharma a joué un rôle important dans cette défiance générale. La guerre des vaccins est déclarée et comme dans toute guerre, il y a toujours un vainqueur et un vaincu et dans ces cas ce sont les peuples qui en payent le prix.