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Opinion

Les enfants soldats en Afrique (et dans le monde) : comment éradiquer un fléau qui ne cesse de se propager

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Le nombre des enfants soldats à travers le monde a été estimé par Child Soldiers  à 100 mille, recrutés par force par des états et des entités non-gouvernementales afin de servir dans 18 conflits à travers le monde (Mick Mulroy, Eric Oehlerich et Zack Baddrof, « Begin with the Children: Child Soldier Numbers Doubled in the Middle Esat » MEI@75 , le 14 Avril, 2020). L’ONU avait precisé que la plupart de ces enfants étaient âgés en 2017 de moins de 15 ans et que 40 % parmi eux sont des filles …(UNSG, « Children and Armed Conflict Report of the Secretary-General » 24 Aôut, 2017). Les pays concernés par ce phénomène sont, entre autres, l’Afghanistan, la Colombie, l’Irak, le Mali, Myanmar, Nigeria, les Philippines, la RDC, la Somalie, le Soudan, le Soudan du Sud, la Syrie, le Yemen (Idem.) 

Ces statistiques n’incluent pas les données sur le recrutement qui se fait par endoctrinement et qui a comme but l’entrainement militaire des enfants qui restent avec leurs familles, comme c’est le cas dans les Camps de Tindouf (en Algérie), dont la gestion est délégué par l’Etat algérien au Polisario, sans qu’il y’ait des garanties que cette gestion se fasse dans le cadre du droit international, notamment, le respect des conventions internationales des droits de l’homme et les droits de l’enfant. 

Le droit international est clair dans ce sens. Le Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l'enfant, concernant l'implication d'enfants dans les conflits armés stipule dans les articles 1 et 2 que les états veillent à ce que les enfants de moins de 18 « ne participent pas  directement aux hostilités »  et qu’ils ne soient pas enrôlés dans leurs forces armées. 

L’étude menée par l’ONG World Vision, intitulé,”It Takes a World to End the Use of Child Soldiers : A Research Report” (2019), qualifie l’enrôlement des enfants dans les conflits armés comme l’une des plus graves violations des droits de l’enfant.  L’impact sur l’enfant et son développement, sur sa famille et sa communauté, peut être tragique, souligne les auteurs du rapport. 

Le recrutement est certes forcé des fois, mais il peut être aussi un choix individuel ou de famille. Il existe des facteurs qui « poussent » et des facteurs qui « attirent » (push and pull factors) , qui font toute la complexité du phénomène, en Afrique et ailleurs. C’est rare de trouver un seul facteur qui joue en  « faveur » de l’enrôlement d’un enfant dans un conflit armé (idem).  Par exemple, dans les Camps de Tindouf, en territoire algérien, les enfants sont attirés par les privilèges d’être dans un groupe armé (habits, entrainement, nourriture) mais le manque de perspectives dans un espace contrôlé par l’armée algérienne (qui « entrepôt » les réfugiés sahraouis, contrairement aux dispositions de la convention de Genève sur les droits des réfugiés) pousse les enfants (et leurs familles) à chercher des opportunités dans les activités armées.  
 
Certains groupes armés font partie des vies quotidiennes des communautés locales (Idem); le recrutement des enfants se fait presque d’une façon naturelle en Afrique sub-saharienne et en Amérique latine ; si les services de base manquent comme c’est le cas dans pas mal de régions qui connaissent des conflits, les enfants et leur famille trouvent de la « valeur dans les groupes armés » (Idem.)  

La violence est une caractéristique importante dans la vie d’un enfant soldat, en Afrique et partout dans le monde. L’existence du conflit lui-même, et la « normalisation avec la violence » qui s’opère dans des sociétés où sévissent des conflits, entraînent une exacerbation d’autres facteurs qui sont soit les causes ou les effets de la prévalence de la violence, notamment « la séparation ou l'éclatement de la famille ; la perte d’une source de revenu ; la fermeture ou la diminution de la fonctionnalité des écoles ; des préoccupations générales en matière de sécurité ou de protection physique ; l'absence d'opportunités de travail pour les enfants plus âgés ou d'espaces de loisirs sûrs et structurés ; les normes relatives au genre; la pauvreté et l’inégalité » (Idem.).

Ces facteurs qui « poussent » vers les groupes armés, complémentent les « facteurs d’attraction » tels que le fait que le groupe armé offre un « sens d’appartenance » que la communauté ou la famille ou l’école normalement offrent et qui « sont interrompus à cause du conflit » (Idem.) Le cercle est vicieux, une prophétie infernale qui s’auto-concrétise : la violence détruit les « filets sociaux », et ainsi pousse les couches vulnérables à chercher de la protection et des opportunités chez les groupes armés. 

Le rapport de World Vision traite du facteur « genre » également dans l’enrôlement des enfants par les groupes armés. Bien que plus de garçons sont attirés par le phénomène, les filles rejoignent également, soit en tant que « femmes », « copines » ou « compagnons de sexe ». Il faut noter le cas extrême de Boko Haram qui abdique des filles au Nigeria pour les vendre ou les convertir en « esclave de sexe » ou victimes de mariage forcé (« Boko Haram : J'ai enlevé les filles et je vais les vendre" France 24, 5/5/2014).

World Vision note un manque flagrant de littérature sur les stratégies de prévention , surtout au niveau des familles et des communautés. Ce sont les associations locales qui mettent en place un système d’alerte (via des téléphones mobiles) et construisent des alternatives avec les concernées et leurs familles qui pourront faire la différence. Les églises jouent un rôle important également (Idem.). 

“Les gouvernements, les donateurs, les agences de l’ONU et les ONG doivent prioriser la protection de l ‘enfance dans le cadre de l’effort humanitaire”, note le rapport. Afin de réduire les vulnérabilités qui produisent les conditions favorables au recrutement des enfants dans les conflits armées, il faut “créer un environnement de sécurité autour du foyer familial”, en mettant l’action sur les besoins des enfants et leurs familles (et les risques qu’ils encourent), en renforçant  les efforts des communautés via une meilleure compréhension de la problématique et quelles stratégies il faut utiliser pour la prévenir, et comment ces efforts peuvent contribuer à l’objectif global de paix et de sécurité. 

Enfin, des états comme l’Algérie doivent honorer leurs engagements internationaux, surtout que ce pays nord africain avait ratifié les conventions et les protocoles sur les droits de l’enfant (voir la revue faite par le gouvernement algérien auprès du Conseil des Droits de l’Homme, « Le Comité examine le rapport soumis par l'Algérie au titre du Protocole sur l’implication d’enfants dans les conflits armés », Genève, 17 mai 2018). La responsabilité de la gestion des camps de Tindouf doit revenir à l’état algérien et pas au Polisario, puisque le lieu de refuge est le sol algérien, dont le seul responsable devant la communauté internationale demeure l’état algérien. Recenser les réfugiés Sahraouis et les identifier, qui est une demande récurrente du Conseil de Sécurité de l’ONU et du HCR, relève également de la responsabilité des autorités algériennes. Le plus important est de savoir combien d’enfants sont recrutés, embrigadés, endoctrinés et utilisés par le Polisario pour “préparer la guerre”, surtout que ce dernier a renié, en 2018, à l’accord de cessez-le-feu signé avec le Maroc en 1991. Le cas des enfants soldats dans les camps de Tindouf est un problème algérien que seul l’état algérien peut résoudre.  

Le cas des enfants soldats de Tindouf démontre que le problème des enfants soldats en Afrique et ailleurs est complexe et dépend de la situation politique dans chaque pays. La sociologie de la violence dans une région bien déterminée peut le rendre plus compliqué ou plus ou moins gérable sur le moyen et le long termes. Mais des efforts conjugués des gouvernements, donateurs, ONGs et associations communautaires, en partenariat avec les familles, les communautés et les acteurs locaux, peuvent aider à réduire les vulnérabilités qui produisent les facteurs « qui poussent ». 

La protection des enfants est une responsabilité commune de tout le monde. Protéger un enfant, c’est protéger l’avenir d’une communauté tout entière.