Opinion

L'UE s'oppose à la criminalité organisée

Atalayar_Union Europea Vacunas

L'Union européenne chiffre à 139 milliards d'euros les revenus annuels du crime organisé. Il équivaut à 1 % du PIB de l'UE, ce qui est déjà considérable, mais son impact social est si brutal qu'il est rare qu'un citoyen européen n'ait pas été victime, de façon avérée ou non, d'une fraude de ces groupes criminels. Il s'agit de l'une des principales menaces auxquelles l'UE est confrontée, selon la nouvelle stratégie de lutte contre la criminalité organisée, présentée à Bruxelles par les commissaires européens Margaritis Schinas et Ylva Johansson.

Pour M. Schinas, vice-président de la Commission européenne chargé de la promotion de notre mode de vie européen, "les groupes criminels utilisent de plus en plus les nouvelles technologies, saisissant toutes les occasions d'étendre leurs activités illégales, tant en ligne que hors ligne. Il faut une stratégie qui vise à frapper ces criminels là où ça fait le plus mal, en s'attaquant à leur modèle économique, qui prospère grâce au manque de coordination entre les États."

Le manque de coordination facilite le développement et l'évolution rapides de cette criminalité, qui s'est révélée, par exemple, adaptable à la pandémie de coronavirus. L'offre de produits médicaux contrefaits a explosé, mais le trafic de drogue, la criminalité immobilière organisée, la fraude, le trafic de migrants et la traite des êtres humains ont également connu une forte augmentation.

Dans le même ordre d'idées, la commissaire aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, estime qu'il est essentiel que la police et le système judiciaire s'adaptent à l'ère numérique. "Ils doivent lutter contre des criminels très professionnels qui opèrent à l'échelle internationale. Soixante-dix pour cent des organisations criminelles opèrent dans plus de trois États membres. Leur capacité est démontrée par les tentatives de vente de plus d'un milliard de doses de faux vaccins".

La Commission européenne proposera donc un code européen de coopération policière pour remplacer l'actuel patchwork de divers instruments et accords multilatéraux. L'objectif est d'informatiser tous les systèmes d'information permettant une gestion interopérable de la sécurité, des frontières et des migrations d'ici 2023. C'est un fait bien documenté que les criminels communiquent et commettent des crimes en ligne, laissant des traces numériques sur l'internet. Et comme 80 % des crimes ont une dimension numérique, la police et la justice ont besoin d'un accès rapide aux preuves et indices numériques, ainsi que de l'utilisation de technologies modernes pour contrecarrer les modes de fonctionnement actuels de la criminalité.

Mais le cœur de ce combat consistera avant tout à faire en sorte que le crime ne paie pas. À ce jour, plus de 60 % des réseaux criminels actifs dans l'UE sont impliqués dans la corruption, et plus de 80 % utilisent des entreprises légitimes pour leurs activités, tandis que seulement 1 % des avoirs criminels sont confisqués. La lutte contre le financement de la criminalité est donc essentielle pour punir et prévenir ce cancer.

Le commerce très rentable de la traite des êtres humains

L'exploitation des personnes, en particulier des femmes et des enfants, à des fins sexuelles est l'une des grandes affaires du crime organisé. Malgré la lutte menée au niveau national dans les États membres de l'UE, la Commission a recensé plus de 14 000 victimes de l'esclavage dans l'UE, dont les bandes criminelles tirent un profit annuel de 29,4 milliards de euros.

La lutte contre le fléau de la traite des êtres humains est essentielle, selon Schinas et Johansson, pour construire une Europe qui protège ses citoyens, en particulier les plus faibles, qui sont la proie des exploiteurs. Dans la nouvelle stratégie, l'UE adopte une approche à trois volets, fondée sur l'utilisation simultanée de la législation, du soutien politique et opérationnel et du financement. L'objectif est également triple : réduire la demande qui alimente la traite, s'attaquer aux activités criminelles en perturbant le modèle économique des trafiquants, et protéger et soutenir les victimes.

La moitié des victimes détectées dans l'UE étant des ressortissants de pays tiers, la coopération avec les partenaires internationaux est essentielle pour lutter contre la traite des êtres humains. Sans la coopération des pays d'origine et de transit des victimes, l'activité des gangs internationaux en matière d'exploitation des personnes restera aussi florissante qu'elle l'a été jusqu'à présent.