Opinion

Maroc : K. O aux ports

Opération Marhaba

C’est autant un plaisir qu’un véritable chemin de croix que de rentrer au pays pour ces millions de Marocains vivant en Europe. Pour ceux qui ont choisi l’avion -et qui ont les moyens de le faire-  Royal Air Maroc a renforcé ses routes aériennes et mis à disposition des voyageurs des avions supplémentaires et des lignes reliant les villes du nord et du sud à plusieurs destinations phares européennes. Quatre avions ont été affrétés auprès de la compagnie SmartLynx Airlines pour les besoins de la cause en juillet desservant 11 nouvelles lignes. Des villes comme Oujda, Nador ou encore Fès ont renforcé leurs capacités aériennes et depuis le début du mois, 1400 vols supplémentaires d’une capacité de 220 000 sièges ont été mis au service des voyageurs. L’opération séduction est de retour. Après une fermeture des frontières qui aura duré trop longtemps, le Maroc marque une timide reprise. Beaucoup d’hôtels affichent complet depuis l’allègement des restrictions même si l’état d’urgence sanitaire et le couvre-feu demeurent. 

Par ces temps d’incertitude, les adaptations et les changements se font au jour le jour, la communication gouvernementale, au compte-goutte. 

Si Royal Air Maroc a pu tirer son épingle du jeu, les routes maritimes restent indomptables et insuffisantes et un véritable casse-tête pour les autorités en ces temps de Covid.    

D’abord les traversées à partir des ports espagnols ont été suspendues. Estimée à 800 000 personnes, les Marocains d’Espagne se sont sentis exclus cette année d’un retour au pays. Mais leurs déboires remontent à plusieurs années. Déjà en 2019, l’augmentation des prix des transporteurs espagnols au niveau du détroit avait gâché la joie du retour de ces voyageurs annuels. Pour une famille de cinq personnes par exemple, il a fallu compter 500 euros contre 250 euros en 2018. La colère de ces Marocains résidant à l’étranger (MRE), n’a cessé d’augmenter mais en l’absence d’un pavillon national aucune réclamation n’a pu être entendue. 

Avant la crise du COVID-19, le flux journaliser entre Tanger Med et Algésiras était de 39.000 passagers assuré par onze navires, outre quatre lignes maritimes à longue distance par semaine (Tanger Med- Barcelone- Sète et Gêne) et près d’un million et demi de MRE transitent via le port Tanger Med. Aujourd’hui et avec la fermeture des points de départs espagnols, les ports français et italiens ont été pris d’assaut. Le Maroc qui ne dispose d’aucun navire de liaisons entre ces deux pays, a mandaté la compagnie Intershipping pour le transfert de ses citoyens. 

Conséquence de l’annulation des départs d’Algésiras, le port de Sète est déjà en saturation. Intershipping a même annoncé la suspension momentanée de vente de billets et la police française a dû intervenir au niveau de l’embarquement pour ramener les choses au calme après des échauffourées entre les voyageurs et le personnel maritime. Des heurts qui ont éclaté suite à l’annulation de billets par la compagnie à la dernière minute.  Malgré une capacité de 2.000 passagers et 500 voitures chacun, les night Ferry n’arrivent pas à satisfaire la forte demande de Marocains en cet été. En juin dernier, l’Autorité portuaire de Tanger Med se targuait d’avoir signé des accords d'affrètement à court terme pour les navires Victoria I et Romantika de Tallink Grupp. « Les navires opéreront sur les routes maritimes internationales entre le Maroc et la France, et entre le Maroc et l'Italie en juillet-septembre 2021 », a-t-on précisé du côté de Tallink. Malheureusement cette offre demeure insuffisante et des centaines de Marocains sont toujours bloqués dans les ports européens. Une situation qui relance le débat sur l’absence de pavillon nationale, 14 ans après la disparition de la Comanav et sa privatisation sous la bannière CMA-CGM.

Les autorités marocaines tentent tant bien que mal d’apaiser les colères et ont annoncé des indemnités pour les voyages maritimes. Selon l’article deux du décret n°21.4792, publié dans le journal officiel, le montant de cette indemnité a été fixé à 1.000 dirhams pour les billets achetés à moins de 250 euros. Si le prix du billet est supérieur à 250 euros, un supplément de 5 dirhams pour chaque euro de plus sera ajouté, durant la période allant du 15 juin au 30 septembre. Aussi, les prix de référence des billets aller/retour, avec voiture, ont été ramenés à 995 euros pour une famille de 4 personnes pour les lignes long-courriers et à 450 euros pour les lignes moyen-courriers, est-il précisé dans l’arrêté.

Les premiers arrivants sont déjà là et se préparent pour les fêtes. Pensées à ceux toujours bloqués dans les ports de Sète de de Gênes.