Opinion

Paris - Alger : Je t’aime moi non plus

Atalayar_Francia Argelia

Le jeu du, Je t’aime moi non plus, se poursuit entre Paris et Alger. La visite du Premier Ministre français Jean Castex à l’occasion de la tenue du comité intergouvernemental franco-algérien (CIHN) a été annulée par l’Algérie. Raison invoquée : la taille de la délégation française ne répond pas aux normes sanitaires actuelles. Alger voulait réduire ce comité à 3 membres du gouvernement, ce que Paris n’a pas considéré de bon aloi.

Si cet argument a semblé fallacieux pour certains, il mérite qu’on s’y arrête un peu et de préciser que les visiteurs français ne sont pas seulement des membres du gouvernement. Ce que Alger craint par-dessus tout, ce sont les journalistes qui accompagnent cette visite officielle. Les médias français sont la bête noire d’Al Mouradia et certains médias et journalistes sont inscrits sur des listes noirs et interdit de territoire.

L’Algérie qui connaît des roubles politiques depuis un moment a fait l’objet d’une couverture médiatique française pro-Hirak, ce mouvement de contestation pacifique qui secoue le pays depuis deux ans et qui a abouti à la démission du Président sortant Abdelaziz Bouteflika qui voulait briguer un cinquième mandat.

En septembre dernier la chaîne de télévision française M6 a été mise en cause par Alger suite à la réalisation et la diffusion d’un documentaire du magazine, Enquête exclusive sous le titre « Algérie : Le pays de toutes les révoltes ». Le reportage a fait scandale auprès des officiels algériens dont les propos ont été jugés malsains et loin des réalités du pays.

Le documentaire a été tourné dans la clandestinité et sans autorisation préalable des autorités algériennes qui, se sentant floutées, avaient promis des représailles. Serait-ce le temps des sanctions ?

Pour certains la question du Sahara et le conflit politique avec le Maroc est à l’origine de l’actuel désamour entre Alger et Paris. L’ancienne colonie espagnole sous contrôle marocain est la ligne rouge que s’est tracé Alger depuis plusieurs décennies. L’Algérie fervent défenseur du Front Polisario n’a pas apprécié la décision du Parti du président Emmanuel Macron, La République en Marche de créer une antenne de soutien à Dakhla. Alger considère comme « Provocation » les propos de Jean-Yves Le Drian qui n’a pas manqué de souligner « le soutien de la France au plan d’autonomie marocain comme une base sérieuse et crédible ». Pourtant la position de la France à ce sujet a toujours été la même. Il s’agit davantage d’une posture structurelle plutôt qu’un fait conjoncturel. Alors qu’est-ce qui a changé et y a-t-il vraiment lieu de s’inquiéter des relations entre les deux pays ?

Certainement pas. Les relations entre l’Algérie et la France évoluent d’orages en éclaircis, dictés tantôt par les humeurs et les egos, tantôt par les intérêts économiques et politiques et la rhétorique actuelle n’a rien de nouveau.

Mais les deux pays sont-ils condamnés à être des ennemis pour l’éternité ? Le ministre du Travail Hachemi Djaâboub semble convaincu de cet état de fait. L’officiel a taxé la France d’« ennemi traditionnel et éternel ». De son côté, Paris n’a pas considéré utile de commenter cette déclaration.

Pendant que les politiques s’envoient des punch line, François Lecointre, chef d'Etat-major des Armées françaises, a été reçu à Alger par son homologue algérien Saïd Chanegriha pour discuter de la stabilité de la région et de coopération militaire.

Dans un communiqué adressé à la presse, le nouvel homme fort algérien ne s’est pas attardé sur le partenariat mais plutôt sur les questions qui fâchent, précisant, longuement que la question des anciens sites d'essais nucléaires français a été évoquée à nouveau, « pour la prise en charge définitive des opérations de réhabilitation des sites de Reggane et In Ekker ». Chanegriha a réitéré sa demandé à la France pour accéder aux « cartes topographiques permettant la localisation des zones d'enfouissement, non découvertes à ce jour, des déchets contaminés, radioactifs ou chimiques ».

Après des années de silence, la question du nucléaire français en Algérie et ses lourdes conséquences reviennent de plus en plus dans la sphère publique et politique tant les méfaits sont toujours d’actualité.

A ce douloureux contentieux viennent s’ajouter les hostilités déclenchées en février dernier par le rapport de l’historien Benjamin Stora sur la guerre d’Algérie. Une commande de l’Elysée sensée apaiser les mémoires mais qui de toute évidence n’a pas atteint le but escompté.

A l’heure où Alger attend des excuses de la part de la France, la dialectique de repentance ne fait pas partie du calendrier de l’Elysée.

Emmanuel Macron joue à l’équilibriste entre un refus formel d’excuses officielles et des gestes symboliques consentis. En juillet dernier le président français a remis 24 crânes de combattants nationalistes tués au début de la colonisation française. Plus récemment la responsabilité de l'armée française et la torture systématique employée pendant la guerre d’Algérie a été reconnue notamment dans l’assassinat de l’avocat Ali Boumendjel en 1957. Si la lumière a été faite sur la liquidation du dirigeant nationaliste beaucoup d’Algériens attendent la vérité sur leurs disparus et la question mémorielle entre l’Algérie et la France cristallise toutes les passions, le reste n’est qu’actualité…