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Opinion

Pourquoi le terrorisme djihadiste s'étend-il aux pays du Golfe de Guinée ?

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Le terrorisme djihadiste au Sahel s'est répandu de manière incontrôlée dans les pays du nord du Golfe de Guinée. 

ACLED a enregistré 26 attaques organisées dans le nord du Bénin attribuées à Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) entre le 1er novembre 2021 et le 14 septembre 2022. 

Le modus operandi de ces groupes est de prendre le contrôle la nuit, comme ils l'ont fait dans tout le Sahel, se déplaçant furtivement dans des convois de motos avec une seule lampe frontale allumée pour organiser des attaques et des évasions et descendre dans les villages où ils reçoivent le soutien clandestin de leurs sympathisants. Ces attaques sont imprévisibles et donc plus difficiles à prévenir. 

De même, les djihadistes s'implantent dans les communautés locales en prêchant et en s'infiltrant dans les écoles coraniques et profitent des réserves naturelles protégées pour s'établir et se cacher.  

Les djihadistes opérant dans ces parcs naturels ont déplacé les autorités civiles et éliminé les agents de sécurité par des menaces et des assassinats. 

En outre, il est extrêmement difficile de suivre les terroristes dans ces zones sauvages pendant la saison des pluies, lorsque la visibilité est réduite par une végétation épaisse et que les déplacements sont entravés par les cours d'eau saisonniers qui traversent les routes. Ainsi, les réserves naturelles sont devenues des espaces stratégiques que les djihadistes utilisent pour déplacer de l'argent, des armes et des otages. 

Les pays du Golfe de Guinée tels que la Côte d'Ivoire, le Ghana, le Togo et le Bénin abritent un total d'environ 588 réserves protégées sous-financées couvrant 142 703 kilomètres carrés où les djihadistes opèrent à leur aise. 

Il est clair que le Bénin, comme ses voisins le Togo et la Côte d'Ivoire, doit adopter des stratégies globales pour contribuer à endiguer le flux d'attaques djihadistes dans leurs pays et améliorer les conditions sociales qui empêchent le recrutement local de djihadistes. 

Les pays côtiers comme le Bénin, le Togo, le Ghana et la Côte d'Ivoire cherchent à renforcer leur dispositif militaire pour sécuriser leurs frontières avec le Mali, le Niger et le Burkina Faso, suite aux récentes attaques terroristes, et sont très préoccupés par le recrutement de groupes djihadistes au sein de la population du Nord. 

Les pays de la région ont renforcé la sécurité dans les zones vulnérables, notamment le Ghana, qui a jusqu'à présent été épargné par les attaques. 

De même, depuis 2019, les études sur le Sahel montrent que les groupes djihadistes étaient déjà connectés aux États côtiers, que ce soit pour le soutien logistique ou opérationnel, mais aussi pour le financement. 

Les djihadistes n'occupent pas de territoire dans les États côtiers, mais s'infiltrent dans les régions du nord où ils mènent des attaques sophistiquées. 

Le Togo a connu une première attaque djihadiste en mai 2021. La première attaque mortelle connue au Bénin remonte à décembre dernier, lorsque deux soldats ont été tués près de la frontière avec le Burkina Faso. En Côte d'Ivoire, quatre membres des forces de sécurité ont été tués en 2021, après 14 en 2020. Ces attaques ne sont possibles que grâce à de bonnes capacités de collecte de renseignements et à la "complicité" de la population locale. 

L'augmentation du recrutement parmi les populations frontalières est une menace majeure, compte tenu également des conditions de vie difficiles qui peuvent facilement inciter des personnes désespérées à rejoindre des camps terroristes.  

La semaine dernière, une vidéo de propagande largement partagée montrant deux djihadistes parlant la langue locale dans le nord du Bénin a appelé la population à les rejoindre et a menacé ceux qui collaborent avec l'État. 

Les États du Golfe de Guinée doivent répondre de toute urgence aux besoins de ces personnes, en faisant en sorte qu'elles se sentent protégées par la présence des forces de sécurité plutôt que de les laisser chercher une protection auprès de ces groupes. 

Les terroristes ne font que reproduire dans ces pays les mécanismes et les modes d'action qui ont réussi dans les pays du Sahel. Ils s'installent discrètement dans des zones pauvres (zone de repli, zone d'observation) et s'attaquent à tous les symboles de l'État (postes de douane, police, gendarmerie, mairies, préfectures, etc.), en privilégiant dans un premier temps les cibles dites " molles " (c'est-à-dire peu développées et inversement défendues à l'exemple des camps militaires ou des centres de commandement). Ils s'appuient sur des populations frustrées en conflit avec l'État et instrumentalisent et exacerbent les conflits interethniques/sociaux existants ; finalement, ils s'installent et supplantent l'État dans tous les domaines souverains. 

En bref, le problème sous-jacent n'est donc pas le terrorisme, mais l'absence ou la faiblesse de la gouvernance dont il est une manifestation. Il ne s'agit pas non plus d'un simple problème de ressources budgétaires, mais de la manière dont trop d'États utilisent ces fonds, ce qui renforce le sentiment d'injustice et la révolte contre les détenteurs du pouvoir. La stabilisation des pays en crise ou en devenir doit être abordée de manière globale ; le développement et la sécurité sont les principales clés qui peinent à être mises en œuvre. La crédibilité des États en matière de souveraineté est une première étape.