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20 ans après, l'émirat règne à nouveau en maître en Afghanistan

En deux semaines seulement, les insurgés ont réussi à s'emparer de la majeure partie du pays, sans pratiquement aucune opposition
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PHOTO/AFP  -   Un combattant taliban est assis dans un véhicule de l'armée nationale afghane (ANA)

20 ans d'occupation militaire américaine en Afghanistan se terminent par l'image choquante de plusieurs hélicoptères Chinook survolant l'ambassade américaine à Kaboul pour évacuer son personnel face à l'entrée imminente des Talibans dans la capitale afghane. Ces images ont ramené à l'esprit de beaucoup la défaite retentissante des États-Unis au Viêt Nam, qui se reflétait dans les foules de personnes sur le toit de l'ambassade américaine à Saigon, pour être une fois de plus emmenées par des hélicoptères.

En à peine deux semaines, les insurgés ont réussi à s'emparer de la majeure partie du pays, sans rencontrer d'opposition. La chute de Kandahar et de Herat vendredi dernier et la prise de Mazar-e-Sharif et de Jalalabab tôt dimanche laissaient présager l'arrivée imminente des talibans à Kaboul, mais personne n'aurait pu imaginer que la capitale tomberait quelques heures plus tard sans aucune résistance. Les fondamentalistes ont encerclé la capitale afghane dimanche, avertissant qu'ils n'entreraient pas par la force et effectueraient une transition "pacifique". Peu après, ils ont défilé dans les rues de la capitale alors que le président afghan Ashraf Ghani quittait le pays pour se réfugier en Asie centrale. 

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AP/RAHMAT GUL - Un hélicoptère Chinook américain survole la ville de Kaboul, en Afghanistan, le dimanche 15 août 2021

Les talibans ont ainsi repris Kaboul après 20 ans et, plus symboliquement, 15 jours avant que les États-Unis n'achèvent le retrait complet de toutes leurs troupes le 31 août. Les États-Unis ont renversé les fondamentalistes en 2001, à la suite d'une coalition internationale visant à lutter contre le terrorisme. Deux décennies plus tard, et avec le retrait des troupes américaines du pays, les talibans contrôlent aujourd'hui plus de territoire que pendant les années de l'émirat, entre 1996 et 2001. La population afghane, consciente de l'arrivée des fondamentalistes à Kaboul, s'est pressée dans les banques pour retirer de l'argent, et s'est barricadée dans ses maisons pour éviter une éventuelle vague de pillages.

L'image qui incarne le mieux le retour de l'Émirat islamique d'Afghanistan est celle de dizaines de miliciens dans le bureau de Ghani, au cœur du palais présidentiel. Après une entrée triomphale dans le symbole même des institutions afghanes, le mollah Baradar Akhund, chef du bureau politique des insurgés au Qatar, a déclaré la fin de la guerre en Afghanistan. "Nous avons obtenu une victoire qui n'était pas attendue (...) nous devons faire preuve d'humilité devant Allah", a déclaré Akhund, selon EFE. Les insurgés maintiennent que la composition du nouveau régime en Afghanistan sera bientôt claire, ajoutant qu'ils ne veulent pas vivre dans l'isolement et appellent à des relations internationales pacifiques. 

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PHOTO/AP - Des combattants talibans sont assis sur un véhicule dans une rue de la province de Laghman

Un autre porte-parole des talibans, Mohammad Naeem, a déclaré lors d'une interview à la chaîne de télévision Al Jazeera : "Nous avons obtenu ce que nous recherchions, à savoir la liberté pour notre pays et l'indépendance pour notre peuple". "Nous ne permettrons à personne d'utiliser nos terres pour attaquer qui que ce soit, et nous ne voulons pas nuire aux autres", a-t-il souligné. Malgré les efforts continus des insurgés pour donner une image moins radicale, la population afghane se souvient encore de la brutalité de l'Émirat islamique d'Afghanistan, qui appliquait la charia dans toute sa rigueur.

Les femmes et les filles craignent que les petits progrès réalisés ces dernières années ne s'estompent. Sous l'Émirat, les filles n'avaient pas le droit d'aller à l'école après l'âge de 10 ans, étaient obligées d'épouser des miliciens et devaient être soumises à un homme. Face à ce revers potentiel pour le pays, l'aéroport international de Kaboul a connu des heures critiques. L'aéroport est la seule voie de sortie possible du pays, car toutes les sorties terrestres sont contrôlées par les talibans. Pour l'instant, tous les vols commerciaux dans le pays sont suspendus et les médias locaux ont signalé la fermeture de l'espace aérien afghan. De leur côté, les États-Unis ont pris le contrôle du trafic aérien de l'aéroport de Kaboul pour faciliter leurs évacuations et celles de leurs alliés.

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AP/RAHMAT GUL - Des passagers se dirigent vers le terminal de départ de l'aéroport international Hamid Karzai de Kaboul, en Afghanistan

Plusieurs pays européens ont avancé leurs plans d'évacuation. L'Espagne a annoncé l'envoi de plusieurs avions pour rapatrier ses ressortissants, ainsi que les collaborateurs afghans, rejoignant ainsi d'autres pays comme le Canada, l'Allemagne et le Royaume-Uni qui ont pris des mesures similaires. Toutefois, la Russie et la Turquie ont annoncé qu'elles maintiendraient leurs ambassades à Kaboul. Selon l'agence de presse EFE, l'ambassadeur russe à Kaboul rencontrera les insurgés ce mardi dans la capitale afghane. Une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies aura également lieu aujourd'hui pour discuter de la situation en Afghanistan, à la demande des délégations norvégienne et estonienne.

L'Afghanistan est de retour à 2001. Après 20 ans d'occupation américaine, le pays d'Asie centrale est de retour à la case départ avec des talibans plus forts que jamais, qui ont réussi à prendre le pouvoir sans grande opposition et avec l'image de diplomates américains quittant la capitale en revivant la défaite traumatisante du Vietnam.