Abbas annonce le report des élections palestiniennes, sans nouvelle date

Le président palestinien a justifié cette décision par le fait qu'Israël n'a pas l'autorisation de voter à Jérusalem-Est
Discurso televisado del presidente palestino Mahmud Abbas sobre las próximas elecciones palestinas en una cafetería de la ciudad de Hebrón, en la Cisjordania ocupada, el 29 de abril de 2021 AFP/ HAZEM BADER

AFP/ HAZEM BADER  -   Discours télévisé du président palestinien Mahmoud Abbas sur les prochaines élections palestiniennes dans un café de la ville d'Hébron, en Cisjordanie occupée, le 29 avril 2021.

Après 15 ans, les Palestiniens ont reçu la nouvelle qu'ils seraient convoqués à des élections législatives et présidentielles. Le président palestinien, Mahmoud Abbas, a annoncé la tenue d'élections dans les territoires palestiniens en janvier dernier. L'arrivée d'un nouveau président à la Maison Blanche a précipité la décision d'organiser des élections qui n'avaient pas eu lieu depuis 2006.

La convocation de ces nouvelles élections a été rendue possible après que le parti nationaliste Fatah, dirigé par Abbas, et le mouvement islamiste Hamas, qui gouverne de facto à Gaza, aient conclu un pacte début janvier. Ces élections ont été présentées comme un moyen de légitimer les institutions politiques palestiniennes, y compris la propre présidence d'Abbas, sur laquelle plane l'ombre de la corruption et de l'autoritarisme.

El líder del movimiento palestino Hamás, Ismail Haniya AFP PHOTO / HO / IRANIAN SUPREME LEADER'S WEBSITE
AFP PHOTO / HO / IRANIAN SUPREME LEADER'S WEBSITE-Ismail Haniya, chef du Hamas palestinien

L'arrivée d'un nouveau président à la Maison Blanche ouvre une nouvelle fenêtre de possibilités pour la Palestine, après quatre années de stagnation avec la présidence de Donald Trump. Biden a insisté sur une solution à deux États pour mettre fin au conflit palestinien. Les élections sont arrivées à un moment idéal pour donner à la communauté internationale une image d'engagement en faveur de la démocratie dans les territoires palestiniens.

Mais, malgré les fortes attentes suscitées par cet appel, Mahmoud Abbas a annoncé que ces élections ne pourront pas avoir lieu, en raison des obstacles posés par Israël pour voter à Jérusalem-Est, elles sont donc reportées sans date prévue. 

"Le vote sera reporté jusqu'à ce qu'Israël accepte de permettre aux Palestiniens de Jérusalem-Est de participer", a déclaré Abbas lors d'une conférence de hauts responsables palestiniens. Abbas a ajouté qu'il avait exhorté la communauté internationale à faire pression sur Israël pour qu'il autorise la campagne et le vote à Jérusalem-Est, un territoire annexé par l'État juif en 1967 et que les Palestiniens revendiquent comme leur future capitale.

 El ministro de Asuntos Exteriores de Palestina, Riyad al-Maliki, REUTERS/MANAURE QUINTERO
 REUTERS/MANAURE QUINTERO-Le ministre palestinien des Affaires étrangères Riyad al-Maliki

Cette annonce a suscité des critiques de la part de nombreux secteurs de la population qui espéraient que ces élections, après 15 ans d'attente, pourraient contribuer à réparer leur système politique fracturé. Pour sa part, le Hamas, l'autorité de facto à Gaza, a qualifié la décision de reporter les élections de "coup d'État". "La décision de retarder les élections va à l'encontre de notre consensus national et de l'opinion populaire. C'est un coup porté contre nos accords", a déclaré le Hamas.

Abbas a affirmé que les autorités israéliennes n'avaient pas répondu à la demande palestinienne d'organiser les élections à Jérusalem-Est, rendant le vote impossible. Les accords d'Oslo, une série d'accords bilatéraux entre Israël et l'Organisation de libération de la Palestine, obligent Israël à autoriser un nombre symbolique de Palestiniens à voter à Jérusalem-Est dans des bureaux de poste désignés.

Israël se cache derrière son propre blocus politique pour ne pas assurer la participation des Palestiniens de Jérusalem-Est. Abbas a déclaré à la direction de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) qu'il avait reçu un message d'Israël indiquant qu'il ne pouvait pas offrir d'orientation sur la question de Jérusalem car l'État juif n'a actuellement aucun gouvernement. Israël lui-même est au cœur de la pire crise politique de son histoire, aucun gouvernement n'ayant été formé à la suite des élections du 23 mars, les quatrièmes en moins de deux ans.

El ex funcionario de Fatah Nasser al-Kidwa, en el centro a la izquierda, y la esposa de Marwan Barghouti, Fadwa, en el centro a la derecha, salen de la oficina de la Comisión Electoral Central Palestina tras registrar su lista conjunta para las próximas elecciones parlamentarias de mayo, en la ciudad cisjordana de Ramallah, el miércoles 31 de marzo de 2021 AP/NASSER NASSER
AP/NASSER NASSER-Nasser al-Kidwa, ancien responsable du Fatah, au centre gauche, et Fadwa, épouse de Marwan Barghouti, au centre droit, quittent le bureau de la Commission électorale centrale palestinienne après avoir enregistré leur liste commune pour les prochaines élections parlementaires de mai, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, mercredi 31 mars 2021.

Selon les analystes et les médias locaux, d'autres raisons ont poussé Mahmoud Abbas à reporter une élection aussi décisive que celle-ci. Abbas a pu utiliser le refus israélien de voter à Jérusalem comme une excuse pour éviter une élection que son parti nationaliste, le Fatah, a peu de chances de remporter.

Parmi les principaux challengers à la candidature d'Abbas figure la "Liste de la liberté", dirigée par Kidwa, qui a reçu le soutien de Marwan Barghouti, un leader populaire purgeant plusieurs peines de prison à vie dans une prison israélienne. De même, l'ancien chef de la sécurité du Fatah, M. Dahlan, est apparu comme un concurrent évident, car il a été crédité de l'introduction de vaccins contre le coronavirus à Gaza et de la distribution d'une aide financière dans l'enclave, ainsi qu'en Cisjordanie.

Au cours de la semaine dernière, les responsables palestiniens ont lancé une campagne pour montrer au public qu'ils faisaient tout leur possible pour forcer Israël à autoriser un vote à Jérusalem-Est. Le ministre des Affaires étrangères, Riyad al-Maliki, a fait des allers-retours dans les capitales européennes pour obtenir un soutien à Israël.

Empleados de la Comisión Electoral Central Palestina muestran las listas electorales antes de las próximas elecciones generales, en las oficinas de distrito de la comisión en la ciudad de Hebrón, en la Cisjordania ocupada por Israel, el 6 de abril de 2021 AFP/ HAZEM BADER
AFP/ HAZEM BADER-Des employés de la Commission électorale centrale palestinienne affichent des listes électorales en vue des prochaines élections générales, dans les bureaux de district de la commission dans la ville d'Hébron, en Cisjordanie occupée par Israël, le 6 avril 2021.

Mais malgré cette démonstration d'intention, l'attente du vote s'intensifie depuis des mois en Cisjordanie et à Gaza. Trente-six listes devaient se présenter aux élections législatives, et la campagne devait officiellement commencer ce vendredi. Il est donc plus que probable que des protestations suivront cette annonce controversée.

Les tensions entre Palestiniens et Israéliens se sont accrues ces dernières semaines. Cette annonce risque donc d'aggraver encore la situation complexe à Jérusalem-Est et dans l'ensemble des territoires occupés. Jérusalem-Est a déjà été le théâtre pendant deux semaines de manifestations quotidiennes de jeunes Palestiniens contre la police israélienne. 

Dans ce contexte, l'appel à de nouvelles élections semble loin de se concrétiser. Une nouvelle opportunité pour la population palestinienne s'éloigne, tandis que la tension, l'épuisement et la lassitude se répandent.