Afrique : entre attentes et réalité

Les changements que ce continent a subis au fil des années dans sa gestion du développement ont donné lieu à un passage d'un afro-pessimisme marqué à un afro-optimisme exagéré
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L'Afrique est un continent avec plusieurs réalités différentes et avec de nombreux changements récents

« Si l’Afrique peut se définir au singulier, elle doit se composer et se décliner au pluriel. Je ne crois pas me tromper en disant que son passé est encore indéfini, son présent est moins que parfait et son futur est au conditionnel » (Louis Sabourin, Un demi-siècle d’Independence en Afrique, Québec, 2010)

1.    Introduction

Le Nigérian Akinwumi A. Adesina, lorsqu'il a pris ses fonctions de président de la Banque africaine de développement1 en 2015, a défini les cinq priorités stratégiques de la banque pendant son mandat. « The High 5 »

Light up and Power Africa; Feed Africa; Industrialize Africa; Integrate Africa; and Improve the Quality of Life for the People of Africa. These focus areas are essential in transforming the lives of the African people and therefore consistent with the United Nations agenda on Sustainable Development Goals (SDGs).

Éclairer et électrifier l'Afrique ; Nourrir l'Afrique ; Industrialiser l'Afrique ; Intégrer l'Afrique ; et Améliorer la qualité de vie des populations en Afrique. Ces domaines d’intervention sont indispensables pour la transformation des vies des populations africaines et cadrent donc avec le programme des Nations Unies relatif aux Objectifs de développement durable (ODD).

Alrededor de estas cinco prioridades concurren numerosos otros factores que determinan el presente y futuro del continente. Este documento pretende resumidamente abordarlos sin ocultar la realidad de las distintas Áfricas, pues, no lo olvidemos, África es una agrupación de países con diferencias de orden étnico, geográfico, y de modelo político y económico.

Autour de ces cinq priorités, il existe de nombreux autres facteurs qui déterminent le présent et l'avenir du continent. Ce document a pour but de les aborder en bref sans cacher la réalité des différentes Afrique, car, ne l'oublions pas, l'Afrique est un ensemble de pays qui présentent des différences ethniques, géographiques, politiques et économiques.

Les changements que ce continent a subis au fil des années dans sa gestion du développement ont donné lieu à un passage d'un afro-pessimisme marqué à un afro-optimisme exagéré. Ce dernier, motivé par une croissance discutable2. En Afrique, de nombreux facteurs de toutes sortes concourent : politiques, économiques, sociaux, financiers, géographiques, etc. qui englobent un puzzle de termes très vaste dont seul le traitement de chacun d'entre eux nous prendrait de nombreuses pages et ce n'est pas le but du présent document. En tout cas, il convient de les énoncer pour se rendre compte de ce que ce continent donne de lui-même au moment de l'analyser. Ils seraient : Ressources naturelles, transformation et industrialisation, diversification, espaces géographiques, commerce intrarégional, jeunesse, classe moyenne, démographie, urbanisme, agriculture, énergie, infrastructures, changement climatique, gouvernance, institutions, corruption, flux illicites, sécurité, transferts de fonds, conflits, risque du pays, financement, facilité pour les affaires, Chine, aide officielle au développement ,investissements étrangers directs, ethnies, langues, pauvreté, maladies, dette extérieure, colonisation et décolonisation, zones économiques, PIB et PIB par habitant, BAFD, Banque mondiale, etc. Tous ces termes et d'autres encore sont l'ADN constant de cette région. Seul ce continent donnerait per se un degré en économie dans n'importe quelle université. Il est vrai que, à la différence d'il y a quelques années, l'Afrique est mentionnée plus souvent et elle est beaucoup plus présente dans les médias spécialisés. Malheureusement, - probablement parce qu'il n'a pas d'intérêt - ou par simple ignorance, dans d'autres médias, le continent continue à être montré comme une zone de risques et de conflits, en oubliant d'autres aspects qui sont certainement plus prometteurs et qui doivent être reconnus, car ceux-ci inviteraient les entreprises et les gouvernements à se concentrer sur leurs priorités stratégiques dans cette partie du monde.

Les principaux aspects sur lesquels l'Afrique devrait travailler pour atteindre une voie de développement durable3 au fil du temps seraient : 1. Bonne gouvernance et meilleures institutions 2. Développement d'une gestion macroéconomique conforme à des caractéristiques du continent et de ses pays (Ne pas suivre inconditionnellement les messages des dirigeants et des institutions non africaines. Il existe toujours une tendance dominante à dire aux Africains comment ils doivent faire les choses et cela ne fonctionne toujours pas) 3. Éducation et formation (à mentionner : population jeune).

Le meilleur traitement et l'approche de ces trois points permettront que l'Afrique soit une région de référence dans l'avenir. Ces aspects sont ceux que nous développerons à continuation dans le présent document.

2.    Bonne gouvernance et cadre institutionnel

La bonne gouvernance est l'assurance de ce qui investisse. Une bonne gouvernance rassure ceux qui initient un processus d'investissement, ainsi que ceux qui font du commerce. Nous savons déjà que plus le taux de bonne gouvernance est élevé, plus le flux d'investissements, qu'ils soient intérieurs ou extérieurs. Nous devrions donc analyser quelles devraient être les principales caractéristiques de la bonne gouvernance et ce qui se passe en Afrique à cet égard4

Caractéristiques

Un cadre de réglementation solide, des garanties pour l'investissement, la transparence, la stabilité institutionnelle et politique, et un indice bas de la corruption, principalement dans l'administration.

Les pays sous-développés se caractérisent par un cadre institutionnel très interventionniste lorsque l'on se réfère principalement à leurs lois. Et puisque leur administration, en plus d'être inefficace, est corrompue, non seulement entrave la production et le développement, mais décourage aussi les investissements. Des institutions économiques mauvaises permettent et facilitent un plus grand contrôle politique et le maintien des élites au pouvoir. Ce que l'on appelle en définitive la « pauvreté institutionnelle », une pauvreté qui contribue directement à la pauvreté globale des pays. Cette dynamique institutionnelle était une caractéristique de nombreux pays africains et, depuis l'indépendance, l'est encore dans certains d'entre eux5. En Afrique, certains pays ont suivi les pratiques des régimes de contrôle depuis l'administration elle-même en ce qui concerne son intervention dans une variété de décisions de nature économique allant de l'intervention dans les entreprises elles-mêmes, en relation avec la fixation des prix, à la distribution et à la commercialisation des produits eux-mêmes, et à l'accès au crédit (seulement pour ceux qui sont proches du pouvoir). Les pays qui ont suivi ces pratiques sont ceux qui ont connu une croissance économique ralentie ou même très faible. Il est également certain que ceux qui ont abandonné cette politique et qui ont amélioré leurs institutions à la fin du XXe siècle ont enregistré une plus grande accélération de leur taux de croissance, indépendamment des effets positifs de l'augmentation du prix de leurs ressources naturelles ou de leurs matières premières. En voici quelques exemples : l'île Maurice, le Botswana, le Rwanda, le Ghana, l'Éthiopie, la Namibie, la Tanzanie et récemment la Côte d'Ivoire. Des pays qui ne sont pas particulièrement dotés d'importantes ressources naturelles.

Il convient de consulter l’indice Mo Ibrahim dans cette section http://s.mo.ibrahim.foundation/u/2018/10/28183512/IIAG-2018-Gouvernance-Globale6

Et également consulter CPIA Afrique  2017 de la Banque Mondiale http://documents.worldbank.org/curated/en/154191531857767403/Assessing-Africas-policies-and-institutions-2017-CPIA-results-for-Africa (Bureau de l’économiste en chef pour la région Afrique)

Quand on parle de gouvernance et d'institutions, l’un des nombreux sages proverbes africains me vient en tête : 

"Quand deux éléphants se battent, c’est l’herbe qui souffre"

Con partidos políticos sin base ideológica, el juego político es una batalla de grandes jefes, con las consecuencias que ello implica. Esa batalla se hace en detrimento del estado de derecho y con un respeto muy versátil a las reglas constitucionales; el imperativo en este caso es mantenerse en el poder. La prosperidad relativa debida a años de crecimiento desde el año 2000 ha dado lugar al nacimiento de una clase media (a la africana, si se quiere) y si ella se mantiene y se alarga en los próximos decenios, podríamos esperar una gobernanza menos de bricolaje que la que todavía hoy seguimos viendo. Quizás una gobernanza más eficaz y moderna. La buena gobernanza promueve la equidad, la participación, el pluralismo, la transparencia, la responsabilidad y el estado de derecho de modo que sea efectivo, eficiente y duradero. Llevando estos principios a la práctica, seremos testigos de elecciones frecuentes, libres y limpias, parlamentos representativos que redactan leyes y proporcionan una visión de conjunto y un sistema jurídico independiente para interpretar dichas leyes. La mayor amenaza para la buena gobernanza viene de la corrupción, la violencia y la pobreza, todo lo cual debilita la transparencia, la seguridad, la participación y las libertades fundamentales. La gobernanza democrática fomenta el desarrollo, dedicando su energía a influir en tareas como la erradicación de la pobreza, la protección del medio ambiente, garantizar la igualdad entre los géneros y proporcionar los medios de subsistencia sostenibles. Garantiza que la sociedad civil desempeñe un papel activo al establecer prioridades y dar a conocer las necesidades de los sectores más vulnerables de la sociedad.

Parmi des partis politiques sans base idéologique, le jeu politique devient une bataille de grands chefs avec les conséquences que cela implique. Cette bataille est menée au détriment de l'État de droit et sur la base d'un respect très versatile des règles constitutionnelles ; l'impératif dans ce cas est de se maintenir au pouvoir. La prospérité relative due aux années de croissance depuis 2000 a donné lieu à la naissance d'une classe moyenne (à l'africaine, si l'on veut) et si elle se maintient et s'étend dans les prochaines décennies, on pourrait s'attendre à une gouvernance moins basée sur le bricolage que celle que nous connaissons encore aujourd'hui. Peut-être une gouvernance plus efficace et plus moderne. La bonne gouvernance promeut l'équité, la participation, le pluralisme, la transparence, la responsabilité et l'État de droit afin qu'elle soit effective, efficiente et durable. En mettant ces principes en pratique, nous serons témoins à des élections fréquentes, libres et équitables, à des parlements représentatifs qui élaborent des lois et en fournissent une vue d'ensemble, et un système juridique indépendant pour interpréter ces lois. La plus grande menace pour la bonne gouvernance découle de la corruption, de la violence et de la pauvreté en affaiblissant la transparence, la sécurité, la participation et les libertés fondamentales. La gouvernance démocratique favorise le développement, consacrant son énergie à influencer des tâches telles que l'éradication de la pauvreté, la protection de l'environnement, la garantie de l'égalité des sexes et le développement de moyens de subsistance durables. La bonne gouvernance veille à ce que la société civile joue un rôle actif pour définir les priorités et pour faire connaitre les besoins des secteurs les plus vulnérables de la société. 

« En fait, les pays bien gouvernés sont moins susceptibles de souffrir à cause de la violence et de la pauvreté ». (Fondation Mo Ibrahim)

La lutte pour la démocratie en Afrique a commis l'erreur de concentrer les efforts sur la conquête des droits politiques et civils, c'est-à-dire, d'obtenir l'élection des dirigeants par suffrage universel direct. Des élections libres et démocratiques ne devraient pas résumer tout ce qu'un système démocratique devrait contenir. En d'autres termes, la démocratie politique doit s'accompagner d'une démocratie économique. Sinon, tout se résume à un système avec de fausses apparences de pluralisme observées dans la liberté d'expression, dans la tenue d'élections démocratiques, parfois douteuses, alors que les centres de production qui soutiennent l'économie sont toujours sous le contrôle de l'élite locale et du pouvoir étranger. C'est au moins à ce niveau que se trouve toute la clé du débat sur la démocratie en Afrique.

Il est juste de dire que les pays en développement pourraient améliorer sensiblement leurs performances économiques en renforçant leurs institutions. Prenons l'exemple africain, si la qualité moyenne des institutions africaines devait rattraper celle des pays asiatiques en développement, le revenu par habitant dans la région augmenterait de 80 %, passant d'une moyenne de 800 USD à plus de 1 400 USD, selon les estimations du FMI.  

En conclusion de ce chapitre, nous pourrions dire que pour que les économies africaines continuent à croître, leurs citoyens doivent disposer des incitations nécessaires pour être plus productifs et efficients, ces dernières étant directement conditionnées par un cadre institutionnel adéquat.

3.  Développement d’une gestion macroéconomique conforme aux caractéristiques propres du continent et de ses pays

En revenant au point précédent, une bonne gestion macroéconomique exige une bonne gouvernance et des institutions appropriées. En Afrique, cela implique, entre autres, de ne pas gaspiller les énormes ressources naturelles dont elle dispose. Pour ce faire, il est nécessaire d'une vision, une transparence et une capacité technique dans la gestion de l'économie.  

Quelles sont les perspectives économiques pour l'Afrique d’aujourd'hui ? 

L'Afrique subsaharienne poursuit sa reprise économique selon le résumé analytique du FMI d'avril 2019 (www.imf.org/publication@imf.org). Environ la moitié des pays de la région, en particulier les plus pauvres en ressources naturelles, devraient connaître une croissance de 5 %, tandis que les pays riches en ressources naturelles devraient connaître une croissance moindre et beaucoup plus ralentie. Ces pays, dont le Nigeria et l'Afrique du Sud font partie, représentent environ deux tiers de la population de la région, il sera important de se concentrer sur les incertitudes politiques qui freinent la croissance afin d'améliorer le niveau de vie de leurs habitants.  

Avec un environnement extérieur moins favorable, le taux de croissance prévu pour l'Afrique subsaharienne, selon le FMI, passera de 3 % en 2018 à 3,5 % en 2019 et à 3,7 % en 20207 (voir graphique 1.6 FMI). Vingt et un pays, ceux dont l'économie est diversifiée, connaîtront une croissance de 5 % avec un PIB par habitant conforme à la bonne trajectoire qui a été observée depuis 2000 (pondérée par le PIB à parité de pouvoir d'achat PPA (voir graphique 1.1 FMI).

 

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Classification des groupes de pays par ressources et revenus FMI 2019 www.imf.org/publication@imf.org en francés
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Afrique subsaharienne Prévisions du FMI pour 2021

Dans les principaux pays de la région (Afrique du Sud, Angola, Nigeria), on estime que le PIB réel ne devrait revenir aux niveaux d'avant la crise qu'en 2023 ou 2024.

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Toutefois, toujours selon les prévisions de cet organisme, la croissance sera anémique à court terme pour un autre groupe de 24 pays spécialement dotés de ressources naturelles parmi lesquels le Nigeria et l'Afrique du Sud sont en première ligne comme je l'ai déjà mentionné, de sorte que le niveau de vie de leurs habitants connaîtra un processus d'amélioration plus lent.   

En résumé, d'après ces données (et ce n'est pas nouveau), de nombreux pays africains connaissent une croissance très rapide, mais c'est une croissance mauvaise, sans qualité et est très dépendante du prix du marché de leurs ressources naturelles (pétrole, gaz, minéraux, etc.) et ce sont ceux qui n'ont pas diversifié leur économie qui sont les plus exposés aux hauts et aux bas des prix à l'exportation de leurs produits. Ici, nous pourrions mettre en lumière de nombreux trous noirs de la croissance en Afrique. Comme l’affirme à juste titre Carlos Lopes8 dans son ouvrage L'Afrique en transformation: 

« La croissance économique à elle seule s'est avéré insuffisante pour la transformation de l'Afrique. Malgré ses vastes ressources naturelles et humaines, la pauvreté et l'inégalité ont continué de persister alors que certains analystes se demandent si cette malédiction des ressources définit le continent » (voir The Economist,2015: Why Africa is becoming less dependent on commodities) Jan 11th 2015, 23:50 BY C.W.

Il faut donc mettre en perspective ce décollage africain et les taux élevés de croissance du PIB, ainsi que d'autres indicateurs, ne sont que partiels et instantanés. La transformation est la clé, comme le suggère Lopes : « L'Afrique croît très rapidement et se transforme très lentement ». 

Dans ce deuxième point, je me propose d'analyser très brièvement certains aspects qui, à mon avis, influencent très directement la gestion macroéconomique du continent et seraient  : 

  • Croissance : Mythes et fantômes du PIB et diversification de l’économie
  • Processus d’intégration économique
  • Soutenabilité de la dette extérieur / financement
  • Investissements directs étrangers et l’APD 

Quel est le plus grand défi de l'Afrique en termes de croissance ? 

« La croissance est bonne mais, pour réduire la pauvreté, il faut changer la nature de cette croissance ».

(Luc Christiansen économiste en chef pour la région Afrique à la banque mondiale) 

Parvenir à baser ces taux de croissance sur une économie dynamique et productive, c'est-à-dire qu'ils ne dépendent pas d'une bonne récolte ou d'une augmentation du prix de leurs matières premières sur les marchés, mais de la connaissance, de la spécialisation et de la technique. Si nous voulons avoir une vision réaliste de ce facteur, il y a trois éléments que nous ne devons pas perdre de vue :

  1. La courbe de croissance africaine sur une longue période de temps (2003-2008) a été construite par la conséquence de l'augmentation des prix (par définition fluctuants) des matières premières telles que le pétrole et le gaz, et elle est donc fragile et surtout artificielle. 
  2. Cette croissance n'est pas homogène compte tenu des différences entre les pays producteurs de pétrole et de gaz et les autres. Exemples d'études en Algérie et au Nigeria : Les hydrocarbures peuvent gonfler les courbes de croissance, mais ils n'empêchent pas l'échec économique et social de leurs peuples. 
  3. Cette croissance n'est pas homogène compte tenu des différences entre les pays producteurs de pétrole et de gaz et les autres. Exemples d'études en Algérie et au Nigeria : Les hydrocarbures peuvent gonfler les courbes de croissance, mais ils n'empêchent pas l'échec économique et social de leurs peuples. 

Les raisons de la croissance économique sont diverses9, mais parmi elles soulignent le progrès technique, l'investissement et l'accumulation de capital, tant physique qu'humain. L'ouverture aux marchés extérieurs joue également un rôle, et les caractéristiques de ce que l'on appelle le cadre institutionnel sont d'une importance capitale : en substance, le maintien des minimums essentiels en termes de sécurité physique et juridique, de paix et de liberté. Tout cela est encore un sujet en suspens dans de nombreux pays africains. 

Des exemples de croissance fragile seraient le Nigeria, l'Algérie, l'Angola, le Mozambique, la Guinée équatoriale, le Gabon, la République centrafricaine, la RDC, le Zimbabwe et peut-être l'Afrique du Sud.

Veuillez noter que tous ces pays sont dotés d'importantes ressources naturelles, notamment minérales et agricoles. Nous en avons déjà souligné les causes en nous concentrant sur le développement et l'exploitation de leur produit principal (abus du mono-produit) sans tenir compte des politiques de diversification, de la mauvaise gouvernance, des institutions fragiles, des conflits politiques et sociaux, de la corruption élevée, de l'évasion des capitaux, etc. entre autres.  

A-t-on pensé que les revenus du pétrole et des minéraux étaient éternels, sans savoir à quel point le marché des matières premières est cyclique ?  

Se pourrait-il qu'il y ait eu une croissance incontrôlée au cours des dix dernières années en Afrique, en particulier dans les pays producteurs de pétrole et de minéraux ?  

Cette croissance a-t-elle été un symptôme du développement à travers tout le continent ? 

Les réformes structurelles nécessaires de l'économie ont-elles été réalisées en profitant de cette longue période de croissance ?

Une croissance inclusive est-elle en cours ? 

Toutes ces questions et d'autres ne sont pas nouvelles, de nombreux analystes les ont dénoncées au cours de ces années, mais d'autres les ont oubliées.  

Nous avons déjà oublié l'afro-pessimisme des années 90, (ce n'est plus la lecture qu'on en fait) mais avons-nous péché d'afro-optimisme ? ou devrions-nous assumer ce qu'est l'Afrique ; une mosaïque de pays aux ressources et aux comportements inégaux et commencer à réaliser que le terme le plus adéquat pour le continent est l'afro-réalisme, c'est-à-dire adopter un regard honnête sur le continent, être conscient de son passé et de l'environnement mondial dans lequel il est plongé ainsi que des énormes défis qui l'attendent.  Nous pourrions conclure en disant que, si les pays n'épargnent pas, et ne gèrent pas leurs revenus de manière adéquate pendant les périodes d'expansion, ils auront une faible capacité de réaction lorsque les prix des matières premières baisseront et ils n'auront pas d'autre choix que d'être austères, ce qui freinera donc la croissance.   

Recette : Diversifier pour minimiser les risques car n'oublions pas que les produits de base représentent plus de 60 % des exportations de marchandises dans quelque 28 pays africains selon un rapport du PNUD (Programme des Nations unies pour le développement).

D'autres pays du sous-continent - pas nécessairement dotés d'importantes ressources naturelles - donnent depuis des années un exemple de gestion économique cohérente10 et plus durable, comme c'est le cas Afrique du Sud, Botswana, Cap-Vert, Côte d'Ivoire, Éthiopie, Maurice, Kenya, Namibie, Rwanda et Djibouti. A quoi j'ajouterais le Maroc en Afrique du Nord.  

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Source : FMI octobre 2018

Por otro lado, hay que destacar el cambio tecnológico que ha permitido a África saltarse algunas tradicionales etapas del desarrollo. La telefonía móvil tiene ratios de penetración no muy distantes de los de países avanzados, sin haber tenido que invertir en costosas redes de telefonía terrestre. 

Par ailleurs, il est important de souligner le changement technologique qui a permis à l'Afrique de sauter certaines étapes traditionnelles de développement. La téléphonie mobile a des taux de pénétration non loin de ceux des pays avancés, sans avoir à investir dans de coûteux réseaux téléphoniques terrestres.  

D'ici 2025, la moitié de la population de l'Afrique subsaharienne aura souscrit aux services des opérateurs de téléphonie mobile.   

À la fin de 2018, l'Afrique subsaharienne comptait 456 millions d'abonnés uniques à la téléphonie mobile, soit une augmentation de 20 millions par rapport à l'année précédente et un taux de pénétration de 44 %. Quelque 239 millions de personnes, soit 23 % de la population, utilisent également l'internet mobile de manière régulière. L'Afrique subsaharienne restera la région qui connaîtra le taux de croissance le plus élevé, avec un taux de croissance annuel composé de 4,6 % et 167 millions d'abonnés supplémentaires d'ici 2025. Cela portera le nombre total d'abonnés à un peu plus de 600 millions, soit environ la moitié de la population. D'ici 2025, le Nigeria et l'Éthiopie auront les taux de croissance les plus rapides, respectivement de 19 % et 11 %. Dans toute la région, l'essor démographique va pousser de nombreux jeunes à équiper leur téléphone portable pour la première fois. Ce segment de la population représentera la majorité des nouveaux abonnés à la téléphonie mobile et, en tant que « natifs du numérique », aura un impact significatif sur la manière dont les différents services mobiles seront utilisés dans l'avenir.

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Processus d’intégration économique

La géographie, le commerce et les infrastructures sont étroitement liés lorsque nous parlons de l'Afrique. Dans de nombreux pays africains, la productivité est faible, principalement en raison de la peu proximité géographique entre leurs agents économiques. Cette proximité est défavorable a deux dimensions : 

D'une part, le manque de proximité entre les pays africains et les marchés internationaux et, d'autre part, entre les différents agents économiques au sein de l'Afrique en raison d'une agglomération insuffisante de l'activité économique. La géographie africaine influence sans aucun doute la proximité et la productivité, ce qui se reflète dans les coûts de transport. J'aimerais mettre en évidence quelques données antérieures pour comprendre cette géographie : le continent africain compte aujourd'hui quelque 83 500 km de frontières terrestres politiques, tracées en un bref quart de siècle (1885-1909). Ces frontières de chancellerie ont été établies par l'Europe sur des cartes peu reconnaissables et surtout sans reconnaissance préalable du terrain.  L'Afrique subsaharienne est aujourd'hui une mosaïque d'entités politiques avec de très grands espaces (République démocratique du Congo) et de très petits espaces (Burundi), très arides (Niger) ou trop enclavés (République centrafricaine) pour former des enclaves économiques cohérentes. Le continent africain est très complexe et il n'est pas possible de l'aborder comme s'il s'agissait d'un ensemble homogène. Il n'y a pas une seule Afrique. La géographie difficile de l'économie africaine représente un défi majeur pour le développement des infrastructures et du commerce dans la région. Certaines caractéristiques de cette géographie qui conditionnent inévitablement la viabilité des infrastructures pourraient être :

  • La faible densité de population globale, avec 36 habitants par km2 
  • Le taux d'urbanisation encore faible (35 %)  
  • Un nombre important de pays de l'intérieur du continent, avec des économies très petites et avec une connectivité intrarégionale encore rare et peu de connexions transfrontalières favorables au commerce régional.

Un rapport de la Banque mondiale publié en avril 2012 et intitulé « La fragmentation de l'Afrique » a identifié les principaux obstacles au développement du commerce, parmi les différents groupements régionaux (COMESA, CEDEAO, UEMOA, etc.) selon cette agence les obstacles seront les suivants : les coûts de transaction, les barrières non tarifaires et les différentes procédures d'immigration. Il faut ajouter à cela le nombre croissant d'échanges transfrontaliers informels (qui représentent plus de la moitié des flux officiels, principalement en Afrique de l'Ouest et de l'Est).

L'épaisseur des frontières en Afrique rend les coûts commerciaux très élevés. Les coûts liés au transport et à la logistique pour le transfert des marchandises font partie de cette épaisseur de frontière et c'est précisément ce qui pèse à l'heure de s'implanter  sur une région donnée du continent. La vivacité des frontières africaines est alimentée par le commerce des produits de base, les trafics plus ou moins licites et les flux frauduleux, ainsi que la contrebande institutionnalisée. Tout un monde vit sur ces asymétries frontalières (commerçants, transporteurs, douaniers et militaires) et des dizaines de millions d'habitants vivent sur ces frontières. Je m'interroge donc sur la véracité des statistiques officielles, si l'on considère l'économie telle qu'elle fonctionne et pas seulement l'économie formelle, car il existe de nombreux zones où les échanges commerciaux se moquent des frontières.

(Selon certaines sources, le coût moyen du commerce intra-régional en Afrique pour un conteneur de 40 pieds est de 7 600 USD, soit environ 2 000 USD de plus que dans d'autres régions développées, et ce coût est encore plus élevé, parmi les pays intérieurs du continent. Il est plus coûteux de transporter un véhicule d'Abidjan à Addis-Abeba que de l'expédier au Japon)

Quelles sont les réponses nécessaires face à cette situation ?

Tout d’abord, un rapprochement nécessaire entre les couloirs de transit afin de promouvoir le commerce intérieur et extérieur avec une plus grande et meilleure offre de services de logistique et de transport. Ensuite, davantage des efforts d'intégration régionale. Établir les réformes juridiques et réglementaires nécessaires et davantage d'engagements de l'administration et des institutions en général, ainsi comme une plus grande mise à disposition d'infrastructures qui permettent aux pays de l'intérieur de développer des services multimodaux de commerce (transport ferroviaire, routier, aérien, etc.). La vérité, c’est qu'aujourd'hui, l'Afrique commerce mieux avec le reste du monde qu'avec elle-même.

Africa expectativas y realidades

L'intégration régionale a été une aspiration des différents États africains depuis l'indépendance de l'Afrique. Et cette nécessité d'intégration régionale est renforcé par le processus actuel de mondialisation dans lequel règnent les blocs régionaux. Par conséquent, c'est l'intégration, surtout dans son aspect le plus économique, le vecteur indispensable du développement africain.  

La réalité d'aujourd'hui est que l'intégration régionale est une question en suspens en Afrique et que les progrès accomplis au cours des 50 dernières années ont été très lents. L'Afrique représente environ 3 % du commerce mondial ; tandis que le commerce entre les Européens atteint 70 %, celui des dragons asiatiques se situe à 50 % et celui de l'Ibéro-Amérique à 21 %, dans le cas de l'Afrique ces chiffres descendent à 11 %11

“When African countries trade with themselves they exchange more manufactured and processed goods, have more knowledge transfer, and create more value"12

“Lorsque les pays africains commercent entre eux, ils échangent davantage de produits manufacturés et transformés, ont plus de transfert de connaissances et créent plus de valeur.”

En 2018, les pays membres de l'Union africaine (44 sur 55) ont donné un élan important au commerce régional et à l'intégration économique en créant la Zone de libre-échange continentale africaine (AfCFTA, en anglais), avec l'engagement de supprimer les droits de douane sur la plupart des produits, de libéraliser le commerce des principaux services et de s'attaquer aux obstacles non tarifaires au commerce intrarégional, pour finalement créer un marché continental unique où la main-d'œuvre et les capitaux peuvent circuler librement. Il est prévu qu'il entre en vigueur cette année pour donner naissance à un marché de 1 200 individus représentant 2,5 milliards de dollars (USD) de PIB accumulé. Il a déjà été ratifié par 22 pays, ce qui était le nombre requis.

Accord sur la Zone de libre-échange continentale africaine (AfCFTA)13 créera la plus grande zone de libre-échange au monde, mesurée par le nombre de pays participants. Ce pacte relie 1,3 milliard de personnes dans 55 pays avec un produit intérieur brut (PIB) combiné à 3,4 billions de dollars. Il a le potentiel de sortir 30 millions de personnes de l'extrême pauvreté, mais la réalisation de son plein potentiel dépendra de la mise en œuvre de réformes politiques majeures et de mesures de facilitation du commerce. Alors que l'économie mondiale est dans la tourmente à cause de la pandémie du COVID-19, la création du vaste marché régional de l'Accord de libre-échange de l'Afrique est une grande opportunité d'aider les pays africains à diversifier leurs exportations, à accélérer leur croissance et à attirer les investissements étrangers directs. La portée de l'AfCFTA est vaste. L'accord réduira les droits de douane entre les pays membres et couvrira des domaines politiques tels que la facilitation du commerce14 et les services, ainsi que des mesures réglementaires telles que les normes sanitaires et les obstacles techniques au commerce. Il complétera les communautés économiques sous-régionales et les accords commerciaux existants en Afrique en fournissant un cadre politique à l'échelle du continent et en réglementant des domaines politiques tels que l'investissement et la protection des droits de propriété intellectuelle qui n'ont pas été couverts jusqu'à présent par la plupart des accords sous-régionaux de l'Afrique. L'AfCFTA stimulerait considérablement le commerce africain, en particulier le commerce intrarégional des produits manufacturés. D'ici 2035, le volume des exportations totales augmentera de près de 29 % par rapport aux affaires réguliers. Les exportations intercontinentales augmenteraient de plus de 81 %, tandis que les exportations vers les pays non africains augmenteraient de 19 %. Cela créerait de nouvelles opportunités pour les fabricants et les travailleurs africains. Ces gains proviendraient, en partie, de la réduction des droits de douane, qui restent obstinément élevés dans de nombreux pays de la région. 

Il faut raconter la réalité :  l'intégration économique sous-continentale en Afrique est en cours d'élaboration et progresse très lentement et non sans grandes difficultés15 ce traité est très optimiste, compte tenu que la liste des produits (biens) et des engagements sur les services, qui devraient être négociés, n'est pas encore connue. En plus des procédures déjà lentes en Afrique16. Il est vrai que le commerce intrarégional a évolué favorablement ces dernières années. En 2017, les 3/4 des parties des échanges intrarégionaux se sont effectuées dans le cadre des principales communautés sous-régionales, et il convient de noter que, contrairement au reste du monde, les flux susmentionnés sont plus diversifiés en termes de produits et ont une valeur ajoutée plus élevée avec un poids important de produits manufacturés (automobiles et textiles, par exemple). Il serait souhaitable en définitive de concentrer d'abord les efforts pour dépasser des obstacles non tarifaires afin de parvenir à une intégration commerciale régionale valable et avec projection. Ici, je fais référence au dépassement de la médiocrité de la logistique commerciale et du manque d'infrastructures.

Un commerce international africain poussé par les pays émergents

Au cours des 20 dernières années, les échanges de l'Afrique avec le reste du monde ont été principalement dirigés par les économies émergentes, en particulier la Chine. La part de ce grand pays dans les exportations africaines a considérablement augmenté, passant d'environ 3 % en 2000 à 14 % entre cette date et 2018. Dans le même temps, les exportations de la Chine vers le continent sont passées de 3 % à 16 % en 2018. En revanche, le commerce de l'Afrique avec les pays développés partenaires traditionnels a diminué de 23 % et de 26 % respectivement17, tant pour les exportations que pour les importations. Mais c'est le monde dans son ensemble qui commerce le plus avec l'Afrique. De même, de fil en aiguille, et c'est l'investissement qui fait écho au commerce. Au cours des 20 dernières années, le volume des investissements étrangers en Afrique a été multiplié par cinq, passant de 9,7 milliards USD en 2000 à 45,9 milliards USD en 2018. Malgré tout, les chiffres de la balance commerciale africaine ne représentent qu'une faible part du commerce mondial (2,4 % en 2018) et pourtant l'Afrique est l'une des régions qui dépendent le plus du commerce international. (L'Afrique consomme ce qu'elle ne produit pas, et produit ce qu'elle ne consomme pas).

Soutenabilité de la dette extérieure/financement

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IDS/2019 External debt stock pages 16-61 Statistiques et graphiques de la consultation https://data.worldbank.org/products/ids 

Parmi les différentes caractéristiques économiques du sous-continent, il convient de mentionner la dette extérieure croissante de la région, ainsi que les besoins de financement. 

Est-ce que nous atteignons des niveaux d'endettement insoutenables ?

Remontons dans le temps

1. Dans les années 1970, l'Afrique était malade de sa dette extérieure 

Comme pour la plupart des pays en développement, la dette extérieure de l'Afrique subsaharienne s'est accumulée massivement au cours de ces années dans un contexte international favorable à l'endettement. Les banques occidentales en disposant d'une liquidité importante (pétrodollars) associés à des taux d'intérêt bas, et à une politique de relance dans les pays industrialisés facilitaient le crédit aux pays du Sud combinée à une hausse du prix des matières premières, comme garantie suffisante pour le remboursement de la dette. Par conséquent, entre 1970 et 1980, la dette extérieure (dette contractée par l'État, par une entreprise publique ou par une entreprise privée avec une garantie de l'État) des pays en développement a été multipliée par huit, passant de 47 à 381 milliards USD. La dette de l'Afrique subsaharienne a augmenté dans la même proportion (41,9 milliards USD en 1980 contre 5,8 milliards USD dix ans avant) avec des taux de croissance annuels de 20 à 30 %. Cette offre massive de crédit s'accompagne en Afrique subsaharienne, comme dans d'autres pays, d'une corruption à grande échelle.  En fin de compte, il s'agit d'une fuite en avant vers la dette. C'est l'époque connue comme celle des « éléphants blancs » et des « cathédrales dans le désert ».  

On peut voir des exemples de ces années fastes dans des personnages de la taille de Bokassa, Mobuto, Idi Amin Dada etc.

2. Les années 1980 : "la chute et la décennie perdue"

La crise de la pince (une combinaison de la chute des prix des matières premières - pétrole, minéraux, café et cacao - et de la hausse des taux d'intérêt mondiaux similaire à ce qui se passe actuellement) a conduit le continent dans une longue période de stagnation. 

  1. Le financement qui semblait être une solution miracle dans les années 1970 est devenu impossible dans les années 1980. 
  2. Le défaut de paiement du Mexique sur sa dette a conduit à une réduction drastique du crédit en 1982.
  3. Le service croissant de la dette (le paiement des intérêts de la dette) affecte clairement les finances des États et détruit les budgets nationaux. 
  4. Les taux d'investissement chutent fortement, passant de 20 à 15 %, ce qui entraîne une décapitalisation nette des économies africaines. La faiblesse des investissements ne suffit pas à compenser la grave détérioration des infrastructures, et l'aide au développement est de moins en moins orientée vers l'investissement. 

C'est à ce moment que les institutions de Bretton Woods émettent un diagnostic final : étant donné la situation de crise des économies africaines, elles sont obligées de se structurer et c'est dans ce but que sont créés les fameux PAS : Programmes d'ajustement structurel (libéralisation et dérégulation de l'économie et contre l'intervention de l'État). Ces institutions, influencées par le consensus néolibéral Thatcher-Reagan, ont marqué la politique à suivre au cours de ces années, qui était finalement basée sur la recherche de l'équilibre budgétaire, la réduction drastique des dépenses publiques même dans les secteurs sociaux, l'abandon de la bureaucratie redistributive, l'arrêt des pratiques de subvention des prix, la priorité donnée au remboursement de la dette extérieure et la privatisation des entreprises publiques, bref, il fallait appliquer une thérapie de choc.

3. L'afro-pessimisme dans les années 90, années noires

Paradoxalement, la principale victime de la réunification allemande a été l'Afrique. Avec la chute du mur de Berlin, le continent a perdu son statut de terrain d'affrontement idéologique, économique et militaire entre les blocs capitaliste et socialiste. Dans ces années-là, la priorité était ailleurs, précisément en Europe de l'Est, et l'aide à l'Afrique a commencé à se transformer en transferts et en dons de nature solidaire qui ont été privatisés ou externalisés et retirés par les ONG qui étaient en plein essor à cette époque. 

Ce changement de registre a entraîné une baisse significative de l'APD (aide publique au développement), qui est passée de 34 USD par habitant en 1990 à 21 USD en 2001. La réalité est que dans les années 1990, il y avait un manque d'engagement envers le continent, et l'Afrique n'était que trop bonne pour le montrer. L'Afrique des années 1990 pourrait être définie en termes d'afro-pessimisme.

4. L'Afrique au XXIe siècle

L'Afrique économique est entrée dans le XXIe siècle avec une injection majeure de remède à ses dettes publiques. Les pays africains ont bénéficié de l'initiative du G7 en 1996, qui a ensuite été renforcée en 1999 avec une réduction importante de leur dette bilatérale et multilatérale. La stratégie conjointe et globale du FMI et de la Banque mondiale pour réduire la dette de l'Afrique visait à garantir qu'aucun pays pauvre ne supporte un fardeau de la dette qu'il ne peut gérer. À ce jour, dans le cadre de l'initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE), des plans d'allégement de la dette ont été approuvés pour 36 pays, dont 30 en Afrique, ce qui, à terme, permettrait d'alléger le service de la dette de 76,9 milliards de dollars et de 42,4 milliards de dollars dans le cadre de l'IADM en termes de valeur actuelle d'ici 2015. Les initiatives PPTE et IADM18 et celles du Club de Paris19 ont permis de réduire considérablement la dette des pays qui ont atteint le point d'achèvement20

Actuellement, la Banque mondiale (dernièrement en juin 2018) rapporte que 40 % des pays pauvres ont un niveau de dette publique insoutenable ou qui risque de le devenir. C'est grave. La dette publique a atteint 45 % du PIB en 2017 et en outre, 11 de ses PMA (pays les moins avancés) sont gravement menacés de surendettement. Les prix des produits de base ne se redressant toujours pas clairement et l'APD étant sous examen, de nombreux pays africains ont eu recours à l'émission de dette. Comme la dette est libellée en devises étrangères, (une grande partie de) toute dépréciation éventuelle de la monnaie locale (qui se produit toujours) peut prolonger l'agonie du remboursement de la dette.

En outre, les flux de capitaux illicites restent, selon les estimations, massifs. En conséquence, l'Afrique a été un créancier net pour le reste du monde. Bien qu'il soit difficile de mesurer les flux de ressources illicites en provenance d'Afrique, plusieurs estimations suggèrent qu'ils se situent entre 50 et 60 milliards de dollars par an. Les sorties de ressources illicites sont rendues possibles par les défaillances de la gouvernance interne et la corruption, ainsi que par les pratiques des multinationales engagées dans l'évasion fiscale et le transfert de bénéfices (CEA, 2015). Sur le plan positif, on observe un mouvement croissant vers l'inversion des flux de ressources grâce à une combinaison d'améliorations de la gouvernance interne, notamment des mesures de lutte contre la corruption, ainsi que du renforcement des capacités de l'administration fiscale et de la gestion des ressources.

Nous ne pouvons manquer d'inclure la Chine dans cette section

La Chine est le plus grand importateur d'agrégats du continent et cela est important car sa demande détermine les prix de nombreux minéraux stratégiques. En d'autres termes, si la demande de la Chine augmente, les prix augmentent et les exportateurs africains se réjouissent, mais si le contraire se produit...

Ces dernières années, la Chine a également été le plus grand prêteur bilatéral de l'Afrique subsaharienne. La Chine est particulièrement importante dans le financement de divers projets d'infrastructure. Sur la base des données de l'Initiative de recherche Chine-Afrique (CARI), la Chine a engagé 125 milliards de dollars de prêts aux pays d'Afrique subsaharienne entre 2000 et 2017. Les prêts chinois à la région se sont accélérés depuis 2012, passant de 5 milliards de dollars en moyenne entre 2005 et 2010 à environ 10 milliards de dollars par an. L'Angola a été le plus grand bénéficiaire des prêts chinois, représentant un tiers des prêts chinois en Afrique. L'Éthiopie et le Kenya complètent les trois premières destinations pour les prêts chinois, avec respectivement 11 % et 8 %. Lors du Forum de coopération sino-africain de 2018, la Chine s'est engagée à fournir 60 milliards de dollars supplémentaires de financement africain au cours des trois prochaines années, principalement sous forme de prêts. Malgré l'augmentation des prêts chinois à l'Afrique, la Chine n'est pas un détenteur majoritaire de la dette extérieure dans la plupart des pays. Selon une analyse récente des données de la CARI, la Chine détient la majorité de la dette extérieure dans seulement deux des pays qui sont en situation de surendettement ou qui risquent de l'être, à savoir la République du Congo et la Zambie (les prêts chinois dans ces deux pays s'élèvent à environ 14 milliards de dollars, ce qui représente un peu plus d'un dixième du total de ses prêts sur le continent). ) À long terme, les résultats pour les pays africains (et non leurs dirigeants) sont et seront très négatifs, car leur dette envers la Chine dépasse de loin leur capacité de remboursement. Ces pays seraient hors du contrôle du FMI et de ses programmes macroéconomiques, de sorte que leurs prêts seraient entre les mains de la Chine avec la possibilité de conditions accrues pour les nouveaux prêts (qui seraient léonines).

Pour conclure sur ce point, la relation avec la Chine présente des avantages supplémentaires. Les entreprises chinoises ne sont pas soumises à des problèmes politiques, sociaux ou de corruption (elles sont dans leur élément) et il n'existe aucun organisme intéressé (peut-être l'OCDE à laquelle elles n'appartiennent pas), ce qui est très pratique pour les décideurs en Afrique : les Chinois ont les mains libres pour entrer dans la zone noire et en outre les entreprises chinoises ne doivent pas se soumettre à des restrictions environnementales.

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@ECA_Official - Secrétaire exécutif, Commission économique des Nations unies pour l'Afrique Boursier non résident, Initiative pour la croissance de l'Afrique, Programme pour l'économie mondiale et le développement, Brookings Institution

Investissement étranger direct (IED) et aide publique au développement (APD)

En cooperación e inversión, no hay recetas definitivas; en cualquier caso, ambas son necesarias y cada una de ellas cumple una función.

Il serait souhaitable d'approfondir la combinaison de coopération + investissement plus en accord avec la situation actuelle de l'Afrique. Il n'y a pas un pays dans le monde globalisé d'aujourd'hui qui ne promeuve les investissements étrangers dans son propre pays sous une forme ou une autre. En théorie, l'IDE est donc un facteur d'aide au développement. Les investissements locaux africains ne peuvent à eux seuls assurer la croissance de leurs économies et les investissements de capitaux des investisseurs étrangers sont l'un des moyens les plus efficaces de construire bon nombre des infrastructures nécessaires en Afrique. Ces investisseurs et les investissements étrangers sont à forte intensité de main-d'œuvre ; par conséquent, dans la grande majorité des cas, l'IDE offre des possibilités d'emploi aux populations locales, ainsi qu'un transfert de connaissances et de développement vers le pays d'accueil. Non seulement cela, mais, d'un point de vue économique et social, le paiement d'impôts par les investisseurs étrangers et, par conséquent, leur contribution obligatoire aux budgets nationaux. Cependant, tout cela ne serait efficace que s'il était correctement géré. Le développement n'est pas seulement une question d'argent, sinon l'Afrique aurait déjà résolu ses problèmes, puisque, depuis 1960, les pays de l'OCDE ont consacré plus de 650 milliards de dollars à ce concept ou au développement du continent, cependant, l'APD a augmenté sur ce continent dans la même proportion que la pauvreté. Elle fausse les flux financiers internationaux et génère un risque moral, c'est-à-dire une tendance d'une partie à prendre des risques parce que les coûts éventuels du risque de catastrophe retomberont non pas sur cette partie mais sur les autres. (contributeurs, déposants, autres créanciers, etc.). Il faudrait voir combien de crises bancaires ont dû être résolues à cause du redressement payé par les contribuables.

En matière de coopération et d'investissement, il n'existe pas de recettes définitives ; dans tous les cas, les deux sont nécessaires et chacun d'entre eux remplit une fonction.

Il y a des restructurations politiques, économiques et sociales et, bien sûr, culturelles qui doivent être réalisées, à commencer par le dépassement de la culture de la dépendance, et ce sont les Africains eux-mêmes qui le dénoncent. En tout état de cause, n'oublions pas qu'aucun pays du tiers monde ne s'est développé sur la base de l'aide, et que celle-ci peut même être contre-productive si elle encourage la mauvaise gestion et la corruption de la part des bénéficiaires ou le renforcement des dictatures locales, comme cela s'est produit au cours des décennies précédentes. La position paternaliste européenne persiste encore sur le continent africain ; c'est une vision européenne de l'Afrique comme un fardeau humanitaire. L'une des caractéristiques les plus frappantes de l'investissement européen et de l'engagement de l'Europe en Afrique en général, et en Afrique subsaharienne en particulier, est la conception de la région comme un fardeau économique. C'est précisément la raison pour laquelle l'Europe se concentre davantage sur l'aide au développement du continent et moins sur les engagements en matière de commerce et d'investissement. L'Europe a commencé à se rendre compte que ce n'est pas la voie à suivre.

Ce type d'engagement, aujourd'hui, au XXIe siècle, et plus encore dans le cas de l'Afrique subsaharienne, n'est tout simplement pas durable, car il crée des déséquilibres économiques et rend de nombreuses économies africaines dépendantes des ONG et des gouvernements européens eux-mêmes. Pour être un partenaire économique, l'UE doit aller plus loin dans le réinvestissement de cette équation en se concentrant davantage sur le commerce et l'investissement, car cela réduirait le besoin d'aide au développement de l'UE, des gouvernements européens et des ONG européennes. L'Europe ne peut pas, en raison de sa tradition, de sa proximité et de son histoire, se permettre de perdre l'Afrique au profit d'autres concurrents tels que les Chinois, les Indiens, les Turcs, les Brésiliens, les Marocains, etc.

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Éducation et formation (population jeune)

« Parmi toutes les régions, l’Afrique subsaharienne a les taux les plus élevés d’exclusion de l’éducation. Plus d’un cinquième des enfants âgés d’environ 6 à 11 ans n’est pas scolarisé, suivi par un tiers des enfants âgés d’environ 12 à 14 ans. Selon les données de l’ISU, près de 60 % des jeunes âgés d’environ 15 à 17 ans ne sont pas scolarisés.

Si des mesures urgentes ne sont pas prises, la situation empirera certainement, car la région fait face à une demande croissante d’éducation en raison de l’augmentation constante de sa population d’âge scolaire. » UNESCO 2019

Le retard en matière d'éducation est une caractéristique bien définie de la réalité africaine et est certainement une cause ou une conséquence du sous-développement de la région21

Cependant, le taux d'éducation a augmenté au cours des dernières décennies, car au moment de l'indépendance, le retard en matière d'éducation était assez remarquable. Aujourd'hui, les statistiques de la Banque mondiale, ainsi que celles de l'Unesco, montrent une progression croissante des années de scolarisation (années d'études) et une conséquence de cette évolution est un taux d'alphabétisation plus élevé. Cela dit, il y a encore des pays africains qui présentent des carences importantes en matière d'éducation et l'analphabétisme correspondant. Le taux net de scolarisation dans le primaire a augmenté globalement en Afrique d'environ 12 points au cours des années 2000 pour atteindre 75 % en 2015. Le taux de scolarisation dans le secondaire a augmenté de 10 points pour atteindre 35 %. La scolarisation a augmenté de 31 % et l'Afrique consacre 5 % de son PIB et 20 % de son budget à l'éducation, mais malgré ces progrès quantitatifs, plus de 40 millions d'enfants africains ne sont toujours pas scolarisés, avec un taux d'abandon important chez les garçons et les filles (9 %).

Si l'on compare la réalité éducative africaine avec celle des autres continents et sous-continents, les pays d'Afrique noire se trouvent au bas de l'échelle, ce qui est décisif. Le manque de capital humain qualifié, dans un monde technicisé qui exige des connaissances comme celles d'aujourd'hui, est une garantie d'échec. Cet analphabétisme a un impact très négatif sur la disponibilité du capital humain prêt à exercer une activité économique autre que la survie. Tous ces facteurs touchent la majorité de la population enfantine avec les conséquences futures que cela entraîne sur la jeunesse africaine, car n'oublions pas que l'Afrique est un jeune continent22

"L'Afrique doit cesser d'être un musée de la pauvreté. Son peuple est déterminé à inverser cette tendance. L'avenir des jeunes Africains n'est pas en Europe, leur destin n'est pas de périr en Méditerranée", a déclaré Akinwunmi Adesina, président de la Banque africaine de développement, aux journalistes lors de la 53e assemblée annuelle à Busan, en Corée du Sud, en juin dernier. 

Soixante pour cent des Africains ont moins de 24 ans. En 2050, 35 % des jeunes du monde seront africains, contre 15 % en 2000. Cette spécificité est une donnée essentielle de l'avenir de ce continent qui est le plus jeune du monde. Cela pourrait en principe être une fenêtre d'opportunité - comme nous le dit Serge Michailof23 dans son livre Africanistan - pour une croissance de la population active potentielle (de 15 à 64 ans), mais pour bénéficier de ce dividende démographique, les jeunes qui arrivent et arrivent en masse sur le marché du travail doivent effectivement pouvoir trouver un emploi décent, formel et plus productif qu'aujourd'hui. Si cette jeune force démographique ne parvient pas à entrer sur le marché du travail, nous nous retrouverons avec une énorme masse de sous-employés désespérés, tant à la campagne qu'en ville. Une fraction importante de la jeunesse urbaine africaine est celle que l'on appelle communément ni-ni-ni : ni employée, ni en recherche d'emploi, ni en formation. Et nous savons déjà et nous avons des exemples de ce que cette situation entraîne : des révoltes sociales, et de nouveaux ressorts - dans ce cas, africains.

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Pour rappel, les jeunes représentent déjà 60 % de la population africaine au chômage.

Par exemple, la terre et la jeunesse sont deux ressources très abondantes. Soixante pour cent des terres arables inutilisées se trouvent en Afrique, et pourtant de nombreux pays africains doivent importer des denrées alimentaires de base. En outre, les jeunes ne trouvent pas l'agriculture une option de vie attrayante. La formation technique et professionnelle dans le secteur agricole pourrait fournir un emploi à des millions de jeunes Africains, leur permettre de rester dans les zones rurales plutôt que d'aller vivre dans des villes déjà surpeuplées et, surtout, assurer la sécurité alimentaire. Mais la plupart des jeunes Africains souhaitent devenir entrepreneurs ou travailler dans le secteur des services, comme les banques et les télécommunications. Bien que la politique en Afrique soit encore largement dominée par la vieille garde, ce qui est indéniable, c'est que le continent s'est engagé dans un processus de transition des dirigeants. Dans ce voyage, chaque pays devra fixer son propre rythme. Et il sera nécessaire de pousser les jeunes à occuper des postes de direction qui leur permettront de créer des emplois, de diriger des institutions et de concevoir, mettre en œuvre et gérer des politiques. Pour que le processus de transition réussisse, les jeunes Africains devront en faire partie intégrante. L'histoire pré-coloniale de l'Afrique montre que, dans le passé, le continent avait quelques dirigeants importants. Le royaume du Mali, le royaume du Ghana et les civilisations éthiopienne et nubienne ont eu une grande influence. Aujourd'hui, les jeunes peuvent conduire l'Afrique à la prospérité pour tous au XXIe siècle.

4.    L'Afrique dans les années à venir

"Le soulèvement de l'Afrique était axé sur les opportunités du marché mondial, pas nécessairement sur les intérêts de l'Afrique elle-même "24(et il y en a encore beaucoup aujourd'hui)

Tout au long de ce document, les différents défis auxquels l'Afrique a été et est actuellement confrontée ont été décrits. L'Afrique est toujours en transit, un continent qui a été dirigé par les puissances colonisatrices a depuis plus d'une décennie la possibilité réelle de diriger son propre destin. L'Afrique doit croire en elle-même, ce sont les Africains eux-mêmes qui dirigent sa croissance, qui gèrent sa démographie croissante et qui posent les bases nécessaires pour surmonter les énormes défis qui se présentent à elle. Des défis tels que le comblement du déficit d'infrastructures dans des secteurs aussi nécessaires que l'énergie et les transports, l'évolution vers une agriculture technologiquement transformée car c'est le secteur qui produit le plus de main-d'œuvre (l'Afrique dépense environ 35 milliards de dollars US par an pour importer des denrées alimentaires, dont beaucoup peuvent être produites sur le continent lui-même. Des pays comme l'Éthiopie et le Rwanda réussissent, mais la fragilité des infrastructures, les obstacles régionaux au commerce, ainsi que d'autres facteurs tels que le taux de change éloignent les agriculteurs africains du marché). investir dans l'éducation et la formation de nouveaux dirigeants africains, etc. Tout cela nécessite une volonté politique claire de la part de ses dirigeants, une vision intelligente et pratique de l'avenir afin de pouvoir au moins aborder la perspective de succès pour un meilleur développement macroéconomique et social du continent.

Les prochaines années seront de bonnes années, selon que les conditions que je viens d'évoquer seront remplies ou non. Cela étant dit, et compte tenu de la difficulté de prévoir, et plus encore dans le cas du continent africain, qui est fondamentalement un continent exposé à de nombreux autres facteurs externes tels que le climat, les éventuels conflits ethniques, les pandémies, la pauvreté et la malnutrition de ses habitants, la dépendance vis-à-vis des marchés étrangers, etc. Je vais souligner les actions qui, à mon avis, permettraient de canaliser ce territoire de plus de 30 millions de km2 vers un avenir tout simplement plus durable. 

Premièrement... L'Afrique doit se développer sur une base durable et solidaire en augmentant la productivité dans tous les secteurs de l'économie et en créant des emplois de qualité. Pour ce faire, elle doit sans aucun doute transformer son économie, et ce sont les Africains eux-mêmes qui doivent décider par eux-mêmes et ne plus dépendre de la demande d'autres marchés matures ou émergents pour poursuivre leur croissance. Participer beaucoup plus aux chaînes de valeur mondiales. Seuls 3 % du volume des exportations mondiales proviennent d'Afrique et 50 % des exportations africaines sont transformées en dehors du continent et ne reçoivent donc pas cette valeur ajoutée supplémentaire (exportation de matières premières non transformées). 

Nous savons qu'un pourcentage des exportations mondiales de biens et de services est fourni par des pays tiers (comme c'est le cas de nombreux pays africains) puis exporté et est donc doublement comptabilisé dans le commerce mondial. L'Afrique s'appauvrit en termes absolus à cet égard, et la tendance doit évoluer vers une plus grande transformation des exportations au sein de leurs pays respectifs. Une chaîne de valeur signifie en fin de compte une succession de plusieurs étapes au cours desquelles une entreprise offre un produit ou un service depuis sa conception jusqu'à sa livraison finale au consommateur. Les chaînes de valeur mondiales offrent de nouvelles possibilités de transformation structurelle en Afrique. L'Afrique doit donc progressivement cesser d'être une source de matières premières pour de nombreuses chaînes de valeur mondiales et créer ses propres marques "made in Africa".

Deuxièmement... S'industrialiser, car l'industrie est le moteur de la croissance et l'Afrique dispose d'une main-d'œuvre jeune et abondante, de ressources naturelles également abondantes et enfin d'une offre orientée vers les marchés émergents et matures, principalement en Asie et en Europe. L'avenir industriel de l'Afrique dépendra d'une transformation progressive de ses matières premières locales, ainsi que d'une industrie de base pouvant être exportée dans le reste du monde.

Troisièmement... Pour faire face à l'important manque d'infrastructures. Les transports et l'électricité sont deux véritables plaques tournantes sur une grande partie du territoire africain. La communication entre les villes, les lieux de production de biens et les centres de vente et de consommation doit être améliorée car leur développement aurait un impact très positif sur les économies de ces pays.  

Quatrièmement... améliorer la qualité et la transparence des institutions publiques en rendant l'administration plus efficace. Bien que la qualité de la gouvernance se soit améliorée dans certains pays, le niveau de corruption reste élevé. Certains pays comme le Botswana, l'île Maurice, la Namibie, le Ghana, le Rwanda et l'Éthiopie obtiennent des scores plus élevés et ne sont pas nécessairement dotés de ressources naturelles. D'autres, comme le Nigeria et l'Angola, qui ont la chance de disposer de ressources, ont cependant une gouvernance de mauvaise qualité. 

Cinquièmement... N'oublions pas la formation de base, car l'Afrique, le continent de l'avenir, ne peut négliger cet aspect de manière précise avec une population essentiellement jeune. 

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5.    Conclusions 

Les conclusions pour l'Afrique sont tout sauf évidentes et difficiles à soutenir étant donné le potentiel et en même temps la dépendance de cette région vis-à-vis des marchés mondiaux. L'Afrique, comme je l'ai dit, est un sujet complexe, même s'il est passionnant à étudier. Les héritages du passé dans certains pays pèsent encore sur une croissance qui, bien que réelle, est fragile car elle ne génère pas assez d'emplois dans une population essentiellement jeune, la plus jeune de toutes les nations. Une telle croissance exige une meilleure approche de l'avenir. Un certain nombre de pays africains ont toutefois pris leur envol avec des politiques plus cohérentes visant à poursuivre la libéralisation de leurs économies, avec des institutions plus fortes et une meilleure gouvernance. Des défis tels que la diversification de l'économie, l'augmentation de l'industrie manufacturière, une plus grande participation aux chaînes de valeur mondiales, la suppression progressive des déficits chroniques des infrastructures physiques, principalement dans le secteur de l'énergie, grâce à un financement plus important et à plus d'innovation, sont les défis que l'Afrique doit relever. Il est nécessaire de donner des ailes et de l'espace à cette énorme population africaine jeune et dotée d'un énorme potentiel, qui exige un avenir meilleur et une meilleure issue à ses aspirations. Mais c'est l'Afrique elle-même qui doit contribuer à ce que cela se réalise. 

Notes de bas de page
  1. Banque multilatérale créée en 1964, elle compte actuellement 80 pays membres (54 régionaux et 26 non régionaux). Son principal objectif est de promouvoir une croissance économique durable et la réduction de la pauvreté en Afrique. Son siège est situé à Abidjan, en Côte d'Ivoire.
  2. Selon la BAD, entre 1981 et 2008, le PIB africain par habitant a diminué de 15 %, mais en 2015, la même organisation a déclaré que l'Afrique était sur le point de connaître une véritable croissance économique avec un taux moyen plus élevé que le reste du monde (3 % pour l'économie mondiale et 4,7 % pour l'Afrique en 2013). (Une croissance de qualité encore médiocre, les Africains célèbrent plus les potentiels que les résultats).
  3. Je ne fais pas référence aux objectifs en matière de SAO pour le développement durable adoptés par les Nations unies en septembre 2015 dans le cadre du programme de développement durable pour 2030.
  4. Daron Acemoglu et Jim Robinson, dans leur livre Why Nations Fail, affirment textuellement que ce sont les institutions économiques et politiques qui sous-tendent le succès ou l'échec des pays.
  5. "Dans la plupart des pays africains, immédiatement après l'indépendance, on est arrivé à une situation où, pour maintenir le contrôle de l'appareil du pouvoir et de la création de richesses, il était plus "bon marché" pour les dirigeants politiques - une proportion plus faible des rares ressources publiques - et plus sûr, de distribuer des biens privés et d'utiliser des moyens coercitifs pour fournir des biens publics et gagner un soutien électoral. (Carlos Sebastian : Sous-développement et espoir en Afrique).
  6. L'indice Ibrahim de la gouvernance africaine (IIAG) est un indice composite publié annuellement qui fournit une mesure statistique des performances de gouvernance dans les pays africains. La gouvernance est définie par la Fondation Mo Ibrahim comme la fourniture de biens et de services publics politiques, sociaux et économiques qu'un citoyen est en droit d'attendre de son État, et qu'un État a la responsabilité de fournir à ses citoyens. Le cadre de gouvernance de l'IIAG comprend quatre dimensions (catégories) : Sécurité et État de droit Participation & Droits de l'homme Opportunité économique durable Développement humain Ces catégories sont composées de 14 sous-catégories, comprenant plus de 100 indicateurs.
  7. (D'ici 2020, entre 88 et 115 millions de personnes supplémentaires auront été poussées dans la pauvreté à la suite de COVID-19, selon les différents scénarios élaborés par la Banque mondiale. La plupart des "nouveaux pauvres" vivront en Asie du Sud, l'Afrique subsaharienne venant ensuite).
  8. Carlos Lopes (1960 Guinée Bissau). est actuellement professeur à la Mandela School of Public Governance de l'université du Cap et professeur invité à Sciences Po à Paris. Il était auparavant secrétaire exécutif de la Commission économique pour l'Afrique, avec le rang de secrétaire général adjoint des Nations unies, en septembre 2012.
  9. https://www.expansion.com/economia-para-todos/economia/que-es-el-crecimiento-economico-y-de-que-depende.html
  10. L'Afrique est comme ça / Institutions ou pauvreté par Jose-Ramon Ferrandis Muñoz/Unión Editorial (quelques exemples de réussites en Afrique chapitre III où sont analysées les raisons de certains cas).
  11. Données de la CNUCED 2013. La Cnuced est la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, créée en 1964 pour les questions de commerce, d'investissement et de développement, et est le principal organe de l'Assemblée générale des Nations unies.
  12. Intra-African trade: A path to economic diversification and inclusion Vera Songwe @ECA_Official - Executive Secretary, U.N. Economic Commission for Africa Nonresident Fellow, Africa Growth Initiative, Global Economy and Development Program, Brookings Institution. Commerce intra-africain : une voie vers la diversification et l'inclusion économiques Vera Songwe @ECA_Official - Secrétaire exécutif, ONU Membre non résident de la Commission économique pour l'Afrique, Initiative pour la croissance en Afrique, Programme pour l'économie mondiale et le développement, Brookings Institution.
  13. Réduction des barrières non tarifaires et amélioration des infrastructures matérielles et immatérielles aux frontières : la porosité des frontières
  14. La principale explication réside dans le manque d'intérêt de certaines élites africaines des pays membres qui sont réticentes à changer le statu quo en leur faveur. Comme le souligne José Ramón Ferrandis dans son livre L'Afrique, c'est le cas. Le cas du Nigeria est très africain. En juillet 2018, le président de ce pays, M. Buhari, a finalement annoncé qu'il allait signer le traité de l'AfCTA et, à propos de son retard, il a déclaré qu'il lisait trop lentement "peut-être parce que j'étais un soldat" et que je ne l'ai pas lu assez vite avant que mes conseillers ne voient que tout était correct pour sa signature, alors je l'ai laissé sur la table". "Je le signerai bientôt." L'Afrique est comme ça.
  15. L'Afrique est comme ça, Jose-Ramon Ferrandis.
  16. Direction des statistiques commerciales du FMI.
  17. Acronyme de Multilateral Debt Relief Initiative (Initiative d'allégement de la dette multilatérale). HIPC Attention à l'évolution de ce phénomène dans le temps. Certains pays PPTE ont eu recours à des niveaux d'endettement qui, pour la deuxième fois, les ont fait répudier leur dette. Ce qui est inquiétant, c'est que s'ils sont sauvés à nouveau (ceux qui rechutent), le programme d'allégement de la dette risque d'exploser.
  18. Le Club de Paris est un espace de discussion et de négociation entre les créanciers officiels et les pays débiteurs. Sa fonction est de renégocier de manière coordonnée et conjointe les dettes extérieures des pays débiteurs ayant des difficultés de paiement.
  19. Pour bénéficier d'un allégement complet et irrévocable de sa dette au titre de l'initiative PPTE, un pays doit
    1.    Établir un bilan ultérieur de bonnes performances dans le cadre des programmes soutenus par des prêts du FMI et de la Banque mondiale.
    2.    Mettre en œuvre avec succès les réformes clés convenues au point de décision.
    3.    Adopter et mettre en œuvre un document de stratégie de réduction de la pauvreté pendant au moins un an.
    Une fois ces critères remplis, le pays peut atteindre son point d'achèvement, ce qui lui permet de recevoir le montant total de l'allégement de la dette promis au point de décision.
  20. Carlos Sebastian : Sous-développement et espoir en Afrique / Galaxia Gutenberg.
  21. Un tiers de la population mondiale a moins de 20 ans. Certains pays comptent plus de jeunes que d'autres. Dans une quarantaine de pays africains, environ 40 % de la population a moins de 20 ans. En revanche, dans 30 des pays les plus riches, moins de 20 % de la population a moins de 20 ans.
  22. Serge Michailof était l'un des directeurs de la Banque mondiale et directeur des opérations de l'AFD française.
  23. Carlos Lopes L'Afrique en transformation p. 222