PUBLICIDAD

Iberdrola

Albares est confiant qu'il n'y aura pas de représailles de la part de l'Algérie après le changement de politique de l'Espagne vis-à-vis du Sahara

Selon le média algérien TSA, Alger qualifie la décision de Madrid de "deuxième trahison historique"
José Manuel Albares, ministro de Asuntos Exteriores de España

 -   José Manuel Albares, ministre des affaires étrangères de l'Espagne

L'Espagne a abandonné sa neutralité sur le Sahara occidental en reconnaissant le plan d'autonomie marocain comme "la base la plus sérieuse, réaliste et crédible" pour la résolution du conflit dans la région. Cette décision, qui représente un changement radical dans la politique étrangère de Madrid, a été prise à un moment où les relations entre l'Espagne et le Maroc n'étaient pas au mieux. Cependant, avec ce geste, les liens entre les deux royaumes seront considérablement renforcés.

En revanche, les liens avec l'Algérie, principal allié du Front Polisario, sont susceptibles de se détériorer. Pour l'heure, le média algérien TSA, citant des sources diplomatiques officielles, rapporte que la décision de l'Espagne est une "deuxième trahison historique du peuple sahraoui par Madrid après le désastreux accord de 1975". "Finalement, le Maroc a obtenu ce qu'il voulait de l'Espagne", a déclaré un diplomate algérien à TSA. 

À cet égard, il convient de noter la crise énergétique qui frappe actuellement l'Europe, un problème qui s'est accentué depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Il est donc essentiel de suivre de près la réaction de l'Algérie à cette décision car, si la majeure partie du continent dépend du gaz russe, l'Espagne dépend du gaz algérien.

PHOTO/AFP - El presidente de Argelia, Abdelmadjid Tebboune
PHOTO/AFP - Le président algérien Abdelmadjid Tebboune

Toutefois, selon le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, ce changement politique n'affectera pas l'approvisionnement en gaz de l'Algérie vers l'Espagne. Le chef de la diplomatie espagnole a qualifié le pays du Maghreb de "partenaire fiable". "Je ne peux avoir que de bons mots", a-t-il déclaré.

Albares a également souligné le rôle du gazoduc Medgaz, le seul gazoduc qui relie l'Espagne à l'Algérie depuis qu'Alger a décidé de fermer le gazoduc Maghreb Europe (GME) en raison du différend diplomatique avec le Maroc, par lequel ce gaz passait pour atteindre la péninsule ibérique.

PHOTO/REUTERS  -   El gasoducto que une España, Marruecos y Argelia,
PHOTO/REUTERS - Le gazoduc reliant l'Espagne, le Maroc et l'Algérie

"En ces temps de grande instabilité en Europe, avec une guerre illégale, injuste et injustifiée en Ukraine, précisément cette relation stratégique entre l'Algérie et l'Espagne, ce gazoduc qui nous unit, peut rendre ce partenariat encore plus précieux", a déclaré Albares, qui n'a pas précisé si le gouvernement d'Abdelmadjid Tebboune avait été informé au préalable. "La diplomatie exige de la discrétion et de ne pas étaler les conversations", a-t-il déclaré.

Au cours de la conférence de presse, le diplomate a souligné que les intérêts de l'Andalousie, de Ceuta, de Melilla et des îles Canaries sont "protégés". En outre, avec le début des "nouvelles relations", l'objectif est de garantir la "souveraineté des deux États".

REUTERS/LAMINE CHIKHI  -   Yacimiento de gas en Argelia
REUTERS/LAMINE CHIKHI - Champ gazier en Algérie
Division du gouvernement espagnol

Le ministre a également fait référence à la décision de Sánchez, expliquant que ce changement a été pris pour "clore la crise" qui a débuté en avril. Il a également fait allusion à la division actuelle du gouvernement sur cette question. Albares a parlé de "nuances" qui "sont normales" même parmi les membres du gouvernement "de la même couleur". Il a toutefois demandé à ses partenaires une "unité totale dans la mesure où les intérêts du peuple espagnol doivent être défendus dans une période aussi turbulente que celle-ci".

Les membres de Podemos au gouvernement ont exprimé leur rejet de la décision du président. "Toute solution au conflit doit passer par le dialogue et le respect de la volonté démocratique du peuple sahraoui. Je vais continuer à y travailler", a écrit sur Twitter la deuxième vice-présidente et ministre de l'Emploi, Yolanda Díaz.

PHOTO/MONCLOA  -   Pedro Sánchez, presidente del Gobierno de España
PHOTO/MONCLOA - Pedro Sánchez, Premier ministre d'Espagne

D'autre part, la dirigeante de Podemos et ministre des Affaires sociales, Ione Belarra, a mis en avant "l'autodétermination du peuple sahraoui". D'autres hommes politiques tels qu'Alberto Garzón, ministre de la Consommation, et Pablo Echenique ont également exprimé leur désaccord avec Pedro Sánchez. Le porte-parole de Podemos au Congrès a même accusé le Maroc de "violer le droit international et les droits de l'homme".

L'opposition politique, pour sa part, exige des explications de la part de Sánchez. Le Parti populaire et Ciudadanos ont demandé la comparution urgente du président au Congrès, selon EFE.

Les critiques proviennent évidemment aussi du Front Polisario, qui accuse le gouvernement espagnol de "succomber au chantage" et d'adopter une position "lamentable" sur le conflit.

PHOTO/AP - Brahim Ghali, secretario general del Frente Polisario
PHOTO/AP - Brahim Ghali, secrétaire général du Front Polisario
"Étape historique"

La décision a été saluée par la société marocaine et plusieurs associations sahraouies, comme le Mouvement sahraoui pour la paix et le Forum sahraoui des îles Canaries, qui, comme le détaille un communiqué, ont applaudi "avec une grande satisfaction cette position, d'une énorme importance pour la stabilité régionale dans divers domaines de coopération, tant entre les deux pays qu'à l'intérieur du territoire sahraoui lui-même".

L'organisation sahraouie s'adresse également aux critiques de la décision, rappelant "le passé terroriste du [Front Polisario] contre des citoyens espagnols, avec près de 300 victimes toujours en attente de justice, ou ses liens avec des régimes tels que ceux de Cuba ou du Venezuela".

REUTERS/ZOHRA BENSEMR  -   Campamento de refugiados en Tinduf, al sur de Argelia
REUTERS/ZOHRA BENSEMR - Camp de réfugiés de Tindouf, dans le sud de l'Algérie

Au Maroc, la presse locale a qualifié cet événement de "jalon historique". A Hespress, par exemple, ils soulignent l'importance du Maroc pour l'Espagne en termes de "sécurité et de stabilité". D'autres médias soulignent également que Madrid a choisi de suivre la voie d'autres pays comme les États-Unis et l'Allemagne.

Rue20 explique que cette décision "est très importante et constitue un message de paix, de compréhension entre voisins".