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Ce que la Turquie gagne à lever le veto sur la Finlande et la Suède

Suite à cette décision, Erdogan exige qu'Helsinki et Stockholm honorent leurs engagements envers les Kurdes. Entre-temps, Ankara espère acquérir des avions de combat F-16 auprès des États-Unis
PHOTO/NATO SUMMIT  -   El secretario general de la OTAN, Jens Stoltenberg, auspicia la firma del memorando tripartito entre el presidente turco, Recep Tayyip Erdoğan, el presidente finlandés, Sauli Niinistö, y la primera ministra sueca Magdalena Andersson por el que Turquía aprueba la solicitud de adhesión de Suecia y Finlandia en la Alianza Atlántica, Cumbre de la OTAN en Madrid, 29 de junio de 2022

PHOTO/NATO SUMMIT  -   Le secrétaire général de l'OTAN, M. Jens Stoltenberg, est l'hôte de la signature du mémorandum tripartite entre le président turc, M. Recep Tayyip Erdoğan, le président finlandais, M. Sauli Niinistö, et le premier ministre suédois, Mme Magdalena Andersson, approuvant la demande d'adhésion de la Turquie à l'Alliance atlantique, au sommet de l'OTAN à Madrid, le 29 juin 2022.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan est l'un des grands gagnants du sommet de l'OTAN qui s'est tenu cette semaine à Madrid. En permettant à la Finlande et à la Suède de rejoindre l'alliance, Ankara a obtenu plusieurs succès diplomatiques clés pour ses intérêts nationaux.

Peu après que les deux nations nordiques ont exprimé leur désir de rejoindre l'organisation militaire face à la menace russe, le gouvernement turc a annoncé qu'il ne soutiendrait pas leur entrée, arguant que les deux pays abritent des "organisations terroristes" kurdes.

Pour Ankara, les formations kurdes telles que le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ou le Parti de l'union démocratique (PYD) et ses milices - YPG et YPJ - sont considérées comme des organisations terroristes. Même le Parti démocratique des peuples (HDP), parti pro-kurde turc, est fortement harcelé par le gouvernement d'Erdogan.

REUTERS/RODI SAID - Combatientes kurdas de la Unidad de Protección de la Mujer (YPJ) participan en un desfile militar mientras celebran la victoria sobre el Daesh, en Qamishli, Siria 28 de marzo de 2019
REUTERS/RODI SAID - Des combattants kurdes de l'YPJ prennent part à un défilé militaire alors qu'ils célèbrent la victoire sur Daesh, à Qamishli, en Syrie, le 28 mars 2019.

Afin de combattre les forces kurdes, Ankara a effectué plusieurs incursions dans le nord de la Syrie ces dernières années. En fait, l'armée turque se prépare à une prochaine opération militaire visant à créer des "zones de sécurité" pouvant atteindre 30 kilomètres.

Depuis des années, la Finlande et la Suède sont une destination clé pour les demandeurs d'asile du monde entier, et notamment pour les Kurdes. Les deux pays comptent une importante communauté kurde, bien que, comme la Turquie, ils considèrent le PKK comme une organisation terroriste. Cependant, ni le PYD ni ses groupes armés - alliés des États-Unis dans le nord de la Syrie - ne sont classés comme terroristes dans les pays nordiques

AFP/DELIL SOULEIMAN
AFP/DELIL SOULEIMAN - Ni le PYD ni ses groupes armés - alliés des États-Unis dans le nord de la Syrie - ne sont classés comme terroristes dans les pays nordiques

Le soutien d'Helsinki et de Stockholm à certaines organisations kurdes a été la principale raison du rejet initial par Erdogan de l'adhésion des deux pays à l'OTAN. Toutefois, après plusieurs heures de négociations lors du sommet de Madrid, les parties concernées ont pu parvenir à un accord tripartite dans lequel la Turquie, selon les termes du président, a remporté une "victoire diplomatique".

Ankara a levé son blocus, tandis que les gouvernements finlandais et suédois se sont engagés à ne pas soutenir les groupes kurdes PKK et PYD. Ils se sont également engagés à ne pas soutenir le réseau islamiste du religieux Fethullah Gülen (FETÖ), accusé d'avoir organisé une tentative de coup d'État en 2016. La Turquie considère également cette organisation comme une organisation terroriste.

REUTERS/CHARLES MOSTOLLER  -   El clérigo turco Fethullah Gülen
REUTERS/CHARLES MOSTOLLER - Le clerc turc Fethullah Gülen

"Dans le cadre du nouvel accord, nous demanderons à la Finlande d'extrader six membres du PKK et six membres des Fetö, et à la Suède d'extrader dix membres des Fetö et onze membres du PKK", a annoncé le ministre de la Justice Bekir Bozdag, selon l'agence de presse turque Anadolu. Erdogan, quant à lui, a demandé l'extradition de 73 "terroristes", tout en assurant que ce n'était "qu'un début". Le dirigeant turc a également averti que si les deux pays ne se conforment pas à ce qui a été convenu, Ankara bloquera à nouveau l'entrée de la Finlande et de la Suède.

"Ils doivent d'abord tenir leurs promesses. S'ils le font, nous enverrons le mémorandum signé pour ratification au parlement, mais s'ils ne le font pas, ce ne sera pas possible", a déclaré Erdogan lors d'une conférence de presse à Madrid. Le président a également indiqué qu'ils "suivront de près la mise en œuvre des engagements" et "prendront des mesures en conséquence".

"Ce n'est pas un processus rapide. Ils savent que le PKK et les YPG doivent être éliminés. Ils doivent changer leurs lois pour cela et des mesures doivent être prises", a-t-il ajouté, rappelant que la Macédoine du Nord a rejoint l'Alliance en 2020 après des années sur le pas de la porte.

La Première ministre suédoise, Magdalena Andersson, a assuré à Reuters que toutes les extraditions continueront à "suivre le droit suédois et international". Selon Anadolu, Andersson a également indiqué que son pays coopérerait avec la Turquie pour l'extradition de criminels présumés, conformément au droit international.

Les Kurdes de Suède élèvent la voix : "Aujourd'hui est un jour noir dans l'histoire de la politique suédoise"

À la suite de l'accord conclu au sommet de Madrid, des craintes ont été exprimées quant aux extraditions au sein de la diaspora kurde des pays de l'OTAN, notamment en Suède, où vivent environ 150 000 personnes.

"Aujourd'hui est un jour noir dans l'histoire de la politique suédoise", a déploré Amineh Kakabeveh, membre du parlement suédois. "Nous négocions avec un régime qui ne respecte pas la liberté d'expression ou les droits des groupes minoritaires", a-t-elle déclaré à SVT Nyheter. Kakabeveh a dénoncé la Suède et la Finlande qui ont cédé à Erdogan en échange de leur adhésion à l'OTAN. "Les droits des Kurdes ont été échangés", a-t-elle fait remarquer.

La position de Kakabeveh est partagée par d'autres Kurdes vivant en Suède, comme Osman Aytar, professeur de travail social à l'université de Malardalen, dans l'est du pays. Aytar, qui est arrivé dans le pays nordique dans les années 1990 en fuyant la Turquie, a déclaré à Reuters que "les Kurdes ont été trahis de nombreuses fois dans l'histoire".

Après le pacte, les Kurdes ne se sentent plus en sécurité en Suède. "Nous craignons que les Kurdes ne deviennent des victimes de la politique", a déclaré à l'agence de presse Ahmed Karamus, coprésident suédois du Congrès national du Kurdistan.

De même, Ridvan Altun, porte-parole du Centre de la société démocratique kurde, a déclaré à Al Monitor. "En tant que Kurde et citoyen suédois, je suis profondément inquiet", admet-il.

PHOTO/NATO SUMMIT  -   El secretario general de la OTAN, Jens Stoltenberg, auspicia la firma del memorando tripartito entre el presidente turco, Recep Tayyip Erdoğan, el presidente finlandés, Sauli Niinistö, y la primera ministra sueca Magdalena Andersson por el que Turquía aprueba la solicitud de adhesión de Suecia y Finlandia en la Alianza Atlántica, Cumbre de la OTAN en Madrid, 29 de junio de 2022
PHOTO/NATO SUMMIT - À la suite de l'accord conclu au sommet de Madrid, des craintes ont été exprimées quant aux extraditions au sein de la diaspora kurde des pays de l'OTAN, notamment en Suède, où vivent environ 150 000 Kurdes.
Ankara sur le point de mettre la main sur des avions de combat F-16

La fin du blocus à l'entrée de la Finlande et de la Suède permet également à la Turquie d'améliorer ses relations avec les États-Unis après plusieurs années de tensions. Ces désaccords ont atteint leur paroxysme après l'achat par Ankara du système de défense russe S-400. Cet achat a provoqué la colère de Washington et l'exclusion ultérieure de la Turquie du programme d'acquisition des F-35. 

AFP/ADEM ALTAN  -   F16 de las fuerzas aéreas turcas
AFP/ADEM ALTAN - F16 de l'armée de l'air turque

Toutefois, avec cet accord de renforcement de l'OTAN, Erdogan espère acquérir prochainement des chasseurs F-16 afin de moderniser son armée de l'air. "Biden est confiant sur cette question. J'espère que nous pourrons parvenir à un accord qui consolide notre amitié", a déclaré Erdogan, qui a également confirmé le déplacement d'une délégation turque aux États-Unis pour aborder cette question, selon Europa Press. 

Le président américain Joe Biden a répondu positivement aux aspirations du dirigeant turc, assurant que Washington soutient la vente de ces avions de combat à Ankara. "Mais j'ai besoin de l'approbation du Congrès, et je pense que nous pouvons l'obtenir", a déclaré Biden, cité par Reuters.

Biden a également nié que le soutien de Washington à la vente des avions de combat à la Turquie était une réponse à la décision d'Erdogan de lever le veto sur la Finlande et la Suède, comme le suggèrent les analystes et les experts. 

"L'accent mis par Biden sur la vente par les États-Unis d'avions de combat F-16 à la Turquie, un jour après la levée du veto de la Turquie à l'adhésion de la Finlande et de la Suède à l'OTAN, est une preuve tangible de l'accord non déclaré", explique Al-Arab.

Ce qui est indéniable, en revanche, c'est la victoire du leader turc à l'issue de ce sommet. Erdogan, profitant de la situation actuelle en Europe et de la menace que représente la Russie pour les pays de la région, a réussi à atteindre des objectifs clés liés à ses intérêts en matière de sécurité et de défense.