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Erdogan déguise son attaque contre la liberté d'expression en une nouvelle loi

Le porte-parole du gouvernement turc a présenté ce qui sera un nouvel épisode de la censure en Turquie
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PHOTO/PRESIDENCIA TURCA via AP  -   Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'adresse aux médias après la prière du vendredi, à Istanbul, le vendredi 15 janvier 2021

Depuis des années, la population turque est témoin des nombreuses atteintes à la liberté d'expression dans son pays depuis que Recep Tayyip Erdogan est devenu président en 2014. La censure a été l'une des caractéristiques du gouvernement qui, aujourd'hui, au milieu de tous les conflits dans lesquels le pays est plongé, entend faire passer une nouvelle loi qui s'attaquera, une fois de plus, aux droits fondamentaux de la société turque. La décision a été annoncée par le porte-parole du gouvernement, Omer Celik, lors d'une conférence de presse tenue après la réunion du comité central de son parti, Justice et Développement.

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REUTERS/WILL RUSSELL - Omer Celik, porte-parole du Parti de la justice et du développement, au pouvoir.

M. Celik a fait référence au projet de loi déjà soumis précédemment au Parlement, qui serait chargé de réglementer les informations diffusées par les médias sociaux. Il a déclaré que "le premier titre pour cela (chercher à faire passer la loi), est de protéger le citoyen des fake news". Il a également affirmé que "les fausses nouvelles se répandent très facilement ici. Une réglementation est nécessaire dans ce sens". En d'autres termes, si cette loi est adoptée, c'est le gouvernement lui-même qui autorisera la publication et la diffusion d'informations sur les réseaux, ce qui représenterait un nouveau pas en avant dans le contrôle étroit que le gouvernement d'Erdogan impose depuis un certain temps déjà.

"Nous avons tenu deux sessions sur cette question. Mais nous ne pouvons pas dire qu'un résultat a été atteint lors de ces réunions. La question la plus importante est de protéger nos citoyens et la démocratie des fake news", a expliqué le porte-parole turc. Il a justifié cette nouvelle mesure comme un outil de prévention contre d'éventuelles attaques d'autres pays contre la Turquie ou même des offensives terroristes : "Nous ne devons pas oublier que nous constatons que les pays étrangers et les organisations terroristes utilisent les médias sociaux de manière très intensive".

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AFP/ADEM ALTAN - Un groupe de personnes se tient derrière une bannière sur laquelle on peut lire en turc "Nous ne pouvons pas respirer. Le journalisme ne peut pas être noyé", lors d'un rassemblement devant les bureaux du gouverneur d'Ankara le 29 juin 2021, pour demander la protection des journalistes par la police suite à l'arrestation violente du photojournaliste turc Bulent Kilic, basé à Istanbul, alors qu'il couvrait une marche des fiertés le 26 juin.

La nouvelle loi que le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan entend faire adopter permettra d'imposer les sanctions prévues par le code pénal aux personnes qui créent ou publient de fausses nouvelles sur les médias sociaux. Il prévoit également la possibilité de sanctionner ceux qui utilisent les réseaux pour insulter ou menacer d'autres utilisateurs. Une loi qui, a priori, ne devrait pas vraiment avoir d'effets négatifs sur les droits des Turcs, mais vu le bilan du gouvernement actuel, il est très difficile - pour ne pas dire impossible - de croire que de telles mesures sont créées pour être utilisées de bonne foi et non pour le bénéfice du parti au pouvoir.

Selon le média KRT, dans le nouveau règlement rédigé par le ministère de la justice et du développement, il a été décidé que les personnes accusées d'avoir insulté une personne sur les médias sociaux seraient poursuivies et pourraient encourir une peine de prison de 3 mois à 2 ans, et que celles qui publient ou partagent de fausses nouvelles encourraient une peine de 1 à 5 ans. Ce n'est toutefois pas une surprise pour la population turque, qui a longtemps été avertie, par certains leaders d'opinion de l'opposition, que l'adoption d'une telle mesure n'était qu'une question de temps.

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REUTERS/UMIT BEKTAS - En réponse à l'arrestation par la police du photographe Bulent Kilic pour avoir couvert la parade de la Fierté interdite le 26 juin, des travailleurs des médias se rassemblent pour protester contre les pressions exercées sur la liberté d'expression et le journalisme à Istanbul, en Turquie, le 29 juin 2021.

L'écrivain turc Yavuz Bayder s'est exprimé sur le projet de loi, déclarant que "les mesures prises par Erdogan à cet égard visent les réseaux sociaux, pour lesquels il a exprimé à plusieurs reprises son mépris, et les petits sites d'information sur Internet, de plus en plus populaires, qui sont sévèrement diabolisés par les médias pro-gouvernementaux et leurs partisans". La société turque elle-même connaît mieux que quiconque les méthodes d'un président qui a fait - et continue de faire - tout ce qu'il peut pour maintenir un contrôle absolu sur les informations qui parviennent à la population du pays qu'il préside, dans le seul but de perpétuer son pouvoir.