Erdogan nomme un nouveau ministre des Finances dans un contexte de crise économique profonde

Nureddin Nebati remplace Lutfi Elvan après sa démission
erdogan

PHOTO/REUTERS  -   Le président turc Recep Tayyip Erdogan lors d'une conférence de presse à Istanbul.

Les perspectives économiques de la Turquie sont critiques. L'inflation a grimpé de 20 % au cours des dernières semaines, augmentant le coût de la vie pour de nombreuses familles turques, tandis que la lire a atteint un plancher record. La monnaie nationale a perdu plus de 40 % de sa valeur par rapport à la devise américaine ; un dollar équivaut désormais à 13,95 lires turques.   

Au milieu de cette situation désastreuse, le président turc Recep Tayyip Erdogan a nommé un nouveau ministre des Finances. Nureddin Nebati, un homme de confiance du président, remplacera Lufti Elvan après sa démission. Elvan était ministre depuis novembre 2020, après que le gendre d'Erdogan, Berat Albayrak, a démissionné de ce poste. L'ancien ministre a occupé le poste de vice-premier ministre entre 2015 et 2016.  

Nebati, 57 ans, est titulaire d'un diplôme en administration publique et d'un doctorat en sciences politiques et en administration publique de l'université de Kocaeli, ainsi que d'une maîtrise en sciences sociales de l'université d'Istanbul. Le nouveau ministre devra gérer et présenter des solutions susceptibles de remédier à la profonde crise économique que traverse le pays. Ce n'est pas le premier changement dans la sphère économique. Depuis 2019, Erdogan a limogé trois gouverneurs de la Banque centrale turque qui refusaient de baisser les taux d'intérêt. En particulier, le licenciement de Naci Agbal a suscité des critiques de la part des investisseurs et des économistes internationaux.  

REUTERS/UMIT BEKTAS  -   Sede del Banco Central de Turquía en Ankara
REUTERS/UMIT BEKTAS - Siège de la Banque centrale de Turquie à Ankara.

Outre la nomination de Nebati, Ankara a proposé d'autres mesures pour freiner la chute de la lire, telles que l'intervention sur les marchés des changes. La banque centrale turque a annoncé qu'elle allait "intervenir directement sur le marché par des opérations de vente en raison de formations de prix malsaines sur le taux de change". Malgré les plans du gouvernement, les économistes ont souligné que l'inflation continuera à augmenter. 

La popularité d'Erdogan s'effondre alors que l'opposition politique se mobilise     

Cette situation financière a fait chuter la popularité d'Erdogan. Le prestige du Parti de la justice et du développement (AKP) a atteint un niveau historiquement bas au cours du mois dernier, selon des sondages nationaux. La population turque est également descendue dans la rue pour exprimer son mécontentement à l'égard des politiques économiques du gouvernement. Erdogan a toutefois imputé la dévaluation de la lire par rapport aux autres devises internationales à des "agents étrangers". "Il y a des agents étrangers qui n'attaquent pas, qui essaient de discréditer notre lutte pour la libération économique. Mais quoi qu'ils fassent, nous n'abandonnerons pas notre programme économique", a déclaré le président turc dans la ville d'Izmir, selon l'agence de presse Sputnik. Ces dernières semaines, Erdogan a même parlé d'une "guerre économique". Malgré les déclarations du président, des milliers de citoyens ont continué à manifester dans des villes telles qu'Istanbul et Ankara. 

AFP/ADEM ALTAN - El Presidente del Partido Popular Republicano (CHP), Kemal Kilicdaroglu
AFP/ADEM ALTAN - Kemal Kilicdaroglu, président du Parti populaire républicain (CHP)

L'opposition politique s'est également fait l'écho de l'incertitude économique. Kemal Kiliçdaroglu, président du Parti républicain du peuple (CHP), a affirmé la semaine dernière qu'Erdogan et ses partisans n'avaient qu'un seul objectif : "appauvrir la Turquie". "Chaque fois que la livre turque perdait de la valeur, Erdogan était heureux pour ceux qui avaient des comptes en dollars", a-t-il dit, accusant le président de servir les intérêts des classes privilégiées. Kilicdaroglu et Meral Aksener, présidente du parti Iyi, ont proposé des élections anticipées le mois dernier, mais Erdogan a rejeté cette proposition, demandant aux électeurs de ne pas se laisser séduire par l'opposition.  

Comme le rapporte Al Arab, certains sondages ont prédit la défaite d'Erdogan lors des prochaines élections, les maires d'Istanbul et d'Ankara, Ekrem Imamoglu et Mansur Yavas, tous deux du CHP, étant présentés comme des candidats possibles au second tour.  

AFP/OZAN KOSE - El alcalde del municipio metropolitano de Estambul, Ekrem Imamoglu, habla durante una entrevista a la AFP el 2 de abril de 2020 en Estambul
AFP/OZAN KOSE - Le maire de la municipalité métropolitaine d'Istanbul, Ekrem Imamoglu, parle lors d'une interview avec l'AFP le 2 avril 2020 à Istanbul.

D'autre part, Seda Demiralp, professeur de sciences politiques à l'université d'Istanbul, souligne que "l'AKP a perdu 40% de ses partisans depuis les élections de 2018", même si elle rappelle également qu'"environ 10% sont confus". Pour cette raison, Demiralp souligne que "l'opposition doit faire de gros efforts pour les convaincre du sérieux de sa politique économique". Toutefois, il estime également que l'opposition "doit s'assurer qu'elle ne constitue pas une menace pour le mode de vie des électeurs conservateurs".