Joe Biden remet les États-Unis sur la voie du multilatéralisme

Le président américain rencontrera non seulement les dirigeants européens, mais aussi le président turc Erdogan et le président russe Vladimir Poutine
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AP/ANDREW HARNIK  -   Président Joe Biden

Le domaine de la diplomatie internationale va connaître sa journée la plus intense dans les prochains jours. Le président des États-Unis, Joe Biden, effectuera une tournée marathon en Europe qui se terminera par une rencontre avec son homologue russe, Vladimir Poutine, le 16 juin à Genève (Suisse). "Mon voyage en Europe a pour but de permettre aux États-Unis d'unir les démocraties du monde", a déclaré le président américain dans un article du Washington Post.

A l'issue de ce voyage, Joe Biden, veut marquer un avant et un après dans les relations avec ses partenaires naturels, qui ont vécu les moments les plus critiques durant le mandat de l'ancien président américain, Donald Trump. L'objectif principal de Biden est de renforcer les alliances avec les pays européens afin de faire un front commun contre la Chine et la Russie, considérées comme les principaux ennemis de l'Occident selon les États-Unis.

"Ce voyage soulignera l'engagement de l'Amérique à reconstruire nos alliances, à revitaliser la relation transatlantique et à travailler étroitement avec nos alliés et nos partenaires multilatéraux pour relever les défis mondiaux et mieux protéger les intérêts de l'Amérique", a déclaré le président américain dans son article. Joe Biden doit se rendre mercredi au Royaume-Uni, où il entamera cette importante tournée européenne. La première visite officielle aura lieu le 10 juin. Le président américain rencontrera le Premier ministre britannique Boris Johnson "pour affirmer la force durable de la relation spéciale entre les États-Unis et le Royaume-Uni", selon un communiqué officiel de la Maison Blanche.

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PHOTO/STEFAN ROUSSEAU - Photo de famille de la réunion des ministres des Affaires étrangères du G7 à Londres

De même, au Royaume-Uni, le président Joe Biden participera au sommet du G-7 en Cornouailles du 11 au 13 juin, où il tiendra également des réunions bilatérales avec d'autres dirigeants de ce groupe. Ce sommet a lieu une semaine après que les ministres des finances du groupe sont parvenus à un accord fructueux en vue d'imposer aux multinationales un impôt minimum mondial d'au moins 15 %, une proposition menée par les États-Unis.

Biden insiste sur le fait que "les États-Unis sont de retour à la table des négociations", comme il l'a déclaré lors d'un discours prononcé à son arrivée à la présidence. Il rompt définitivement avec les schémas de l'exécutif précédent qui méprisait ses partenaires européens, ainsi que les différentes organisations multilatérales. Pour le président américain, les principales questions à traiter lors du sommet des dirigeants du G-7 sont les suivantes : la pandémie, l'amélioration de la sécurité sanitaire pour toutes les nations et la promotion d'une reprise économique mondiale solide et inclusive. Un retour au multilatéralisme qui a brillé par son absence durant la présidence de Donald Trump.

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AFP/BULENT KILIC - Sur cette photo d'archives prise le 22 novembre 2014, le vice-président américain Joe Biden, à gauche, s'entretient avec le président turc Recep Tayyip Erdogan au palais Beylerbeyi à Istanbul

La prochaine étape de la tournée européenne de Joe Biden sera Bruxelles où, le 14 juin, il participera au sommet de l'OTAN pour "réaffirmer l'engagement des États-Unis" envers l'Alliance atlantique, "la sécurité transatlantique et la défense collective". Le même jour, le président américain rencontrera le président turc Recep Tayyip Erdogan "pour discuter de l'ensemble des questions bilatérales et régionales". Les relations entre le président américain et son homologue turc ne sont pas au beau fixe, et ont été encore plus détériorées par l'escalade des tensions entre Israël et Gaza, les États-Unis étant un allié fidèle du pays hébreu tandis que la Turquie a manifesté son soutien au Hamas, le gouvernement de facto de la bande.

Pendant son séjour à Bruxelles, le président Biden participera au sommet États-Unis-UE du 15 juin. "Nous veillerons à ce que les démocraties de marché, et non la Chine ou qui que ce soit d'autre, établissent les règles du XXIe siècle en matière de commerce et de technologie. Et nous continuerons à poursuivre l'objectif d'une Europe entière, libre et en paix", écrit Biden dans son article, faisant référence à ses rencontres avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, Charles Michel.

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REUTERS - Le président du Conseil européen Charles Michel et la présidente de la Commission européenne Ursula Von Der Leyen se donnent un coup de coude à la fin d'une conférence de presse

Le point culminant de ce voyage sera une rencontre avec le président russe Vladimir Poutine à Genève, en Suisse. Ce sommet bilatéral clôturera la tournée européenne du président américain Joe Biden. "Lorsque je rencontrerai Vladimir Poutine à Genève, ce sera après des conversations de haut niveau avec des amis, des partenaires et des alliés qui voient le monde à travers le même prisme que les États-Unis, et avec lesquels nous avons renouvelé nos liens et notre objectif commun", a-t-il déclaré.  Le président Biden déclare que le choix d'organiser la rencontre avec Vladimir Poutine à la fin de sa tournée européenne n'est pas un hasard. Joe Biden entend renforcer ses alliances avec l'Europe et ses partenaires de l'OTAN et du G-7 avant de tenir une réunion qui devrait être décisive et pourrait marquer une nouvelle composition de la dynamique mondiale postpandémie.

Les relations entre la Russie et les États-Unis se sont dégradées depuis l'arrivée de Joe Biden à l'exécutif américain, contrairement aux bonnes relations entretenues avec son prédécesseur, Donald Trump. Les fronts ouverts entre ces deux pays sont nombreux, le plus récent étant une cyberattaque lancée par l'organisation criminelle DarkSide contre Colonial Pipeline, le plus grand réseau de pipelines, qui a affecté l'approvisionnement en carburant sur la côte est du pays pendant plusieurs jours. Outre les cyberattaques continues dont les États-Unis accusent Moscou, les désaccords sur la souveraineté de l'Ukraine et le régime biélorusse sont d'autres points de conflit majeurs entre les deux pays.

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PHOTO/KREMLIN - Le président russe Vladimir Poutine s'exprime lors de la réunion annuelle du conseil du ministère russe de la Défense au Centre de contrôle de la défense nationale

Joe Biden réfléchit dans son article dans le Washington Post, et quelques jours avant sa tournée européenne, si "les démocraties peuvent s'unir pour obtenir des résultats réels pour nos peuples dans un monde qui change rapidement ?", à cette question le président américain est clair : "Oui". Unir les démocraties du monde pour faire face ensemble aux différentes menaces, tel est l'objectif que Joe Biden s'est fixé pour son voyage en Europe. Un défi qui semble compliqué. Chaque pays considère comme une "menace" ce qui affecte ses propres intérêts, et bien que ces intérêts puissent souvent être partagés, il existe également des intérêts propres qui peuvent, à l'occasion, entrer en conflit avec ceux d'autres pays. Le meilleur exemple est la construction de Nord Stream 2, un accord entre l'Allemagne et la Russie, que les États-Unis ont désapprouvé à plusieurs reprises.

Le président Joe Biden place une nouvelle fois les États-Unis en position de leader international et de capitaine du retour du pays au multilatéralisme avec une tournée marathon en Europe dans laquelle beaucoup d'attentes ont été placées après quatre années de relations tendues entre les États-Unis et leurs alliés naturels.