Khalifa Haftar démissionne de son poste militaire pour se présenter aux élections libyennes

Haftar a pu se présenter à la présidence grâce à une loi controversée adoptée par le président du Parlement, Aguilah Issa
khalifa haftar

PHOTO/ARCHIVO  -   Marshal Khalifa Haftar

Khalifa Haftar, chef de l'Armée nationale libyenne (ANL), a déposé sa candidature pour les prochaines élections libyennes qui auront lieu le 24 décembre. Cette décision intervient peu après que Haftar a annoncé qu'il se retirait de son poste militaire pour trois mois

Dans un communiqué, M. Haftar a présenté son remplaçant, le général Abdelrazak al-Nadhuri, qui "exercera les fonctions de commandant général pour une période de trois mois", a-t-il précisé. Al-Nadhuri exercera donc son mandat du 23 septembre au 24 décembre, jour des élections.

L'annonce d'Haftar ne s'est pas faite sans controverse. En effet, au début du mois, le président du parlement libyen, Aguilah Issa, a adopté une loi controversée sur les élections présidentielles. L'une des clauses permet aux candidats de démissionner trois mois avant les élections et de retrouver leurs postes respectifs s'ils ne remportent pas les élections. Selon les analystes, la loi a été conçue pour permettre à Issa et Haftar de se présenter aux élections sans risquer leurs positions, rapporte Al Jazeera.

atalayar_gadafi
REUTERS/ASMAA WAGUIH - Une bannière déchirée représentant Mouammar Kadhafi est vue sur un bâtiment pendant les affrontements entre les combattants anti-Kadhafi et les forces de Kadhafi à Syrte, le 12 octobre 2011.
Haftar, présent lors de l'ascension et de la chute de Gaddafi

Haftar est rentré en Libye en 2011 après plusieurs années d'exil aux États-Unis. Son retour a coïncidé avec les manifestations qui ont renversé Mouammar Gaddafi. Après la chute du dictateur, sa trace s'est perdue pendant un certain temps, jusqu'à ce qu'en 2014 il annonce son plan pour "sauver la nation". Haftar a pris le commandement de l'armée nationale libyenne dans le but de dissoudre le parlement à majorité islamiste lié aux Frères musulmans.

La ANL s'est attaquée aux milices islamistes du pays, les chassant de Benghazi et d'autres bastions clés en 2016. La ANL est actuellement soutenue par la Russie, la France, les Émirats arabes unis et l'Égypte. Alors que d'autres puissances concernées, comme la Turquie et le Qatar, soutiennent le gouvernement d'entente nationale (GNU). 

atalayar_guerra libia
AFP/MAHMUD TURKIA - Les combattants fidèles au GNA, reconnu par les Nations unies, sécurisent la zone d'Abu Qurain, à mi-chemin entre la capitale Tripoli et la deuxième ville de Libye, Benghazi, contre les forces de Khalifa Haftar.

Cependant, Haftar a également joué un rôle clé avant le printemps arabe et la guerre civile qui a suivi. Le général était une figure proche de Gaddafi, qu'il a aidé à renverser le roi Idris Ier en septembre 1969. Sous le nouveau régime, Haftar a été nommé chef d'état-major de l'armée, bien que, lors du conflit avec le Tchad entre 1978 et 1987, il ait été accusé de trahison pour avoir déserté les troupes.

Haftar a passé plusieurs années dans les prisons libyennes jusqu'à ce qu'il soit libéré en 1990 et s'exile aux États-Unis. De nombreux analystes affirment que Haftar a commencé à collaborer avec la CIA pour faire tomber le régime de Gaddafi. Le général vivait dans l'État de Virginie, tout près du siège de l'agence à Langley.

atalayar_macron haftar
AFP/JACQUES DEMARTHON - Le président français Emmanuel Macron et le maréchal Khalifa Haftar, sur une photo d'archive à Paris, le 25 juillet 2017.
Le fils de Gaddafi, un possible candidat aux élections

Parmi les candidats auxquels Haftar est confronté pourrait figurer Saif al-Islam al-Gaddafi, fils du dictateur libyen. Au cours de l'été, Saif al-Islam a exprimé son désir de "restaurer l'unité perdue" de la Libye dans une interview accordée au journal américain The New York Times. Le fils de Gaddafi n'a pas exclu de se présenter aux élections, se présentant comme "le sauveur du pays", une description qui rappelle les déclarations de Haftar lorsqu'il a refait surface en 2014 dans le but de diriger le pays.

Selon Saif al-Islam, les politiciens libyens "n'ont apporté que la misère". "Le pays est à genoux, il n'y a pas d'argent, pas de sécurité, pas de vie", a-t-il déclaré. Selon un sondage du New York Times, 57 % des habitants d'une région libyenne non spécifiée soutiennent le fils de Gaddafi. 

atalayar_hijo gadafi
AFP - Saïf al-Islam, fils préféré et successeur de Mouammar Kadhafi.

Les prochaines élections de décembre ont été décidées à la suite d'un cessez-le-feu conclu en octobre 2020. Ces élections s'inscrivent également dans le cadre des processus de paix visant à apporter la stabilité au pays, embourbé dans les conflits et l'insécurité depuis la chute de Kadhafi en 2011.