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La Chine, l'Inde, la Russie, le Brésil et l'Afrique du Sud unissent leurs forces pour lutter contre les catastrophes naturelles

Les dirigeants des cinq pays BRICS tiennent leur sommet virtuel le 9 septembre avec un accord sur l'espace sous le bras
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PHOTO/BRICS  -   Contraints par les circonstances, les dirigeants des pays du BRICS se réuniront par vidéoconférence le 9 septembre sous la présidence de l'Inde. Xi Jinping, Vladimir Poutine, Jair Bolsonaro, Narendra Modi et le Sud-Africain Cyril Ramaphosa lors de leur rencontre au Brésil en 2019

Les pays qui se nomment eux-mêmes BRICS - Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud - viennent de signer un important accord de coopération visant à former une sorte de constellation virtuelle de satellites d'observation pour améliorer leurs systèmes respectifs de gestion des catastrophes, évaluer le changement climatique et protéger leur environnement.

Le pacte conclu après plus de six mois de réunions télématiques prévoit de fédérer leurs plateformes spatiales nationales déjà en orbite et d'établir un mécanisme de partage d'images et de données entre les agences des cinq pays. Cette mesure vise à accélérer leur vitesse de réaction pour atténuer les effets des catastrophes naturelles et à améliorer la gestion des autorités chargées de venir en aide aux populations victimes d'inondations, de tremblements de terre et d'autres calamités.

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PHOTO/ISRO - Les responsables des agences spatiales de l'Inde, de la Russie, du Brésil, de l'Afrique du Sud et de la Chine viennent de créer un réseau virtuel de partage d'images et de données satellitaires. A droite, en bas, le représentant du ministère indien des affaires étrangères

L'accord sera présenté comme une réalisation majeure lors du treizième sommet des BRICS qui, sous la présidence du Premier ministre indien Narendra Modi, se tiendra le 9 septembre en format vidéoconférence avec la participation télématique des chefs d'État de la Russie, Vladimir Poutine, de la Chine, Xi Jinping, du Brésil, Jair Bolsonaro, et de l'Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa.

C'est pourtant un accord minimal que le président de l'Indian Space Research Organisation (ISRO), le professeur Kailasavadivoo Sivan, a réussi à arracher à ses collègues : Le professeur Valanathan Munsami, directeur général de l'Agence spatiale nationale sud-africaine (SANSA), Carlos Augusto Teixeira De Moura, président de l'Agence spatiale brésilienne (AEB), Dimitri Rogozin, directeur général de la société spatiale nationale de la Fédération de Russie (Roscosmos), et surtout Zhang Kejian, directeur de l'Administration spatiale nationale chinoise (CNSA). 

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PHOTO/Roscosmos - Chaque agence spatiale de la coalition participe avec un petit nombre de ses plateformes d'observation. C'est ce que fait la Russie avec son petit Kanopus Vs de 475 kilogrammes, mais à haute résolution. Pliés et protégés par des couvertures orange, ils sont placés en orbite par paires
Une première étape pour de futures initiatives majeures

Il convient de rappeler que les relations entre Pékin et New Delhi ont subi une grave tension au cours de l'été 2020, à la suite d'incidents ayant fait des victimes dans la vallée de Galwan, zone de la chaîne de montagnes himalayenne disputée par la Chine et l'Inde. En outre, l'accord multilatéral prend forme six jours seulement après l'échec du lancement de la mission qui devait mettre en orbite le satellite d'observation indien EOS-3, dont la mission était de fournir des images de la Terre en temps quasi réel. 

Chaque agence de la coalition ne participe pas non plus avec toutes ses plates-formes d'observation en service, ni ne fournit un nombre égal d'engins spatiaux. Cette initiative n'est qu'un premier pas vers une coopération plus efficace entre les agences spatiales respectives des BRICS. Pour l'instant, elle comprend une petite partie des flottes nationales de satellites électro-optiques dans les spectres visible et infrarouge, mais aucune technologie radar. Le gouvernement de New Delhi, par exemple, concentre ses efforts sur l'utilisation des technologies spatiales pour améliorer son système de gestion des urgences. 

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PHOTO/Kremlin - Le sommet de novembre 2020 présidé par Vladimir Poutine a déjà dû se tenir sous forme de vidéoconférence en raison de la pandémie de COVID-19

L'agence chinoise fournit deux satellites. L'un d'eux est Gaofen 6, situé à 647 kilomètres et dans l'espace depuis juin 2018. En plus de fournir des données pour les interventions en cas de catastrophe, il "observe la chlorophylle et aide à estimer les rendements de cultures telles que le maïs, le soja et le riz", selon Zhou Qingbo, directeur de l'Institut chinois des ressources agricoles. Autre contribution de Pékin, l'un des trois Ziyuan 3 en orbite, de 2,3 tonnes, placé en orbite à une altitude de 500 kilomètres en mai 2016. 

L'ISRO est à l'initiative avec la paire Resourcesat-2 et 2A de 1,2 tonne, placée à 820 kilomètres d'altitude et active depuis avril 2011 et décembre 2016, respectivement. Roscosmos y contribue avec ses quatre engins spatiaux à haute résolution Kanopus V de 475 kilogrammes, placés à une altitude de 500 kilomètres. Deux ont été mis en orbite en février 2018 et deux autres en décembre 2018. 

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PHOTO/MDA - Les dispositifs inclus dans l'initiative BRICS constituent une petite partie des flottes nationales respectives de satellites électro-optiques dans les spectres visible et infrarouge, mais pas avec la technologie radar
Coopération dans l'espace et sur le terrain

Le Brésil fournit CBERS-4 et 4A, deux engins spatiaux développés et exploités conjointement avec la Chine et situés à 773 kilomètres autour de la Terre. Ils pèsent 1,9 tonne et sont dans l'espace depuis décembre 2014 et 2020, respectivement. La SANSA d'Afrique du Sud a été créée en 2008, puis officiellement activée en décembre 2010. L'une de ses priorités est de terminer et de lancer un vaisseau spatial national d'observation de la terre en collaboration avec l'industrie sud-africaine.

Toutefois, le directeur de l'agence sud-africaine, Valanathan Munsami, souhaite que la coalition nouvellement formée fasse de son pays un acteur "formidable" sur la scène spatiale mondiale. En l'absence de satellites, le gouvernement du président Cyril Ramaphosa met à disposition sa station de surveillance et de contrôle de l'espace à Hartebeesthoek, à 69 kilomètres au nord de Johannesburg, où les antennes de SANSA reçoivent des images et des données provenant des satellites de ses partenaires en Chine, en Inde, en Russie, au Brésil et dans d'autres pays. 

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PHOTO/ISRO - L'accord est un pacte minimal arraché à ses collègues après des mois d'efforts par le président de l'Organisation indienne de recherche spatiale (ISRO), le professeur Kailasavadivoo Sivan

L'exécutif brésilien de Jair Bolsonaro ajoute à l'accord la station terrestre située à Cuiabá, capitale de l'État du Mato Grosso, l'un des trois centres de surveillance et de contrôle de l'Institut national de recherche spatiale (INPE) du Brésil. Le gouvernement de New Delhi le fait avec son centre d'acquisition, de traitement et de diffusion de Shadnagar, près d'Hyderabad, la cinquième ville la plus peuplée d'Inde. Chine avec ses antennes existantes de 12 mètres de diamètre à Sanya, une installation opérationnelle depuis 2010. La Russie avec ses plusieurs centres de surveillance dans la vaste région de Moscou.

L'organisation des BRICS célèbre dans quelques jours son 15e anniversaire sous la présidence indienne, avec pour devise "Coopération intra-BRICS pour la continuité, la consolidation et le consensus". Ensemble, ils représentent environ 26 % du paysage géographique mondial et abritent quelque 3,6 milliards de personnes, soit environ 42 % de la population mondiale. Avec la pandémie de COVID-19 présente sur la plupart de leurs territoires, les différences et contradictions entre l'Inde, la Chine, la Russie, le Brésil et l'Afrique du Sud restent importantes aux niveaux politique, économique et industriel, et surtout sur le plan géostratégique.