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La crise du carburant s'aggrave au Liban

La Banque centrale du Liban a annoncé la levée des subventions pour l'achat de pétrole brut
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AFP/ JOSEPH EID  -   Des véhicules font la queue pour obtenir du carburant dans une station-service de Beyrouth, la capitale du Liban, le 11 juin 2021, dans un contexte de grave pénurie de carburant

La Banque centrale du Liban (BDL) a annoncé qu'elle n'était plus en mesure de soutenir les importations de carburant, ce qui signifie la suppression des subventions en pleine crise économique. Cette décision a suscité des manifestations dans tout le pays méditerranéen. Face au manque de devises, les subventions sur plusieurs produits de base ont été progressivement levées ces dernières semaines.

La BDL a déjà annoncé dans un communiqué que les lignes de crédit pour les importations de carburant seront dorénavant accordées sur la base des prix du marché noir. En juillet, le gouvernement a pris la décision de subventionner le carburant face à la situation grave que connaissait le pays, mais lors d'une réunion cette semaine, le gouverneur de la banque centrale, Riad Salame, a déclaré qu'il n'était "plus en mesure de soutenir l'achat de carburant".

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AFP/ JOSEPH EID - Des véhicules font la queue pour obtenir du carburant dans une station-service de Beyrouth, la capitale du Liban, le 11 juin 2021, dans un contexte de grave pénurie de carburant

Salame a proposé comme solution une loi visant à débourser des crédits à la compagnie d'électricité publique, Electricité du Liban (EDL), pour lui permettre d'acheter du carburant "parce que c'est le remède le moins cher pour le citoyen, même si les taxes sont augmentées". Depuis des semaines, la compagnie d'électricité libanaise n'offre que deux heures d'approvisionnement par jour, tandis que les générateurs privés affichent des prix exorbitants, bien au-delà de la portée d'une population appauvrie par trois années de crise économique.

Les Libanais sont à nouveau descendus dans la rue pour protester contre la suppression des subventions aux carburants et des affrontements ont été signalés entre la population et les soldats à Tripoli. Les manifestants ont également bloqué des routes dans tout le pays. Selon l'agence de presse étatique ANN, des groupes de dizaines de manifestants ont bloqué les principales routes du centre, du sud et du nord du Liban pour protester contre cette mesure, utilisant des poubelles et provoquant d'importants embouteillages à travers le pays.

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PHOTO/REUTERS - Manifestation, après que la Banque centrale du Liban a déclaré qu'elle arrêterait les retraits bancaires des comptes en dollars à un faible taux fixe, à Antelias, au Liban, le 3 juin 2021

Le pays méditerranéen traîne depuis 2019 une grave crise économique exacerbée par la pandémie de COVID-19 et a connu son pic d'explosion sociale après l'explosion du port de Beyrouth. L'explosion a coûté la vie à 205 personnes, a fait plus de 6 500 blessés, avec des dégâts estimés à 5 milliards, a déplacé 350 000 autres résidents de leurs maisons et a détruit de nombreux bâtiments, laissant un grand nombre de personnes sans abri, à un moment critique pour de nombreux Libanais.

La seule façon de sortir de la crise économique du Liban est que l'élite politique mette de côté sa soif de pouvoir et se mette d'accord sur un portefeuille ministériel le plus rapidement possible. L'aide internationale, ainsi que les pourparlers avec le Fonds monétaire international (FMI), sont au point mort, car ils ont subordonné l'octroi d'une aide non urgente au Liban à la mise en œuvre de réformes et à la formation d'un gouvernement. Le nouveau Premier ministre désigné, Najib Mikati, et le président libanais, Michel Aoun, ont déjà tenu six réunions, et il semble que les deux hommes soient de plus en plus en désaccord.

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AFP/ JOSEPH EID - Des manifestants libanais bloquent les rues de Beyrouth avec des pneus en feu pour protester contre la détérioration de la situation économique du pays, le 17 juin 2021

Près de trois semaines après avoir été désigné pour former un gouvernement, Mikati est confronté aux mêmes difficultés que son prédécesseur, Saad Hariri, à savoir des désaccords politiques sur la répartition des postes en fonction des quotas confessionnels, bien que tous les dirigeants politiques s'accordent sur l'urgence de former un gouvernement capable de faire face à la grave crise économique. Le Premier ministre intérimaire, Hassan Diab, a exhorté les responsables politiques à mettre de côté leurs "intérêts" pour accélérer la formation d'un exécutif qui aidera le pays à sortir de la crise économique, un an après sa démission et celle du gouvernement intérimaire.