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La France et l'Allemagne reconnaissent leurs erreurs pendant l'ère coloniale en Afrique

Macron a admis la "responsabilité" de la France dans le génocide rwandais, tandis que Berlin reconnaît avoir perpétré un génocide en Namibie
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AFP/LUDOVIC MARIN  -   Le président français Emmanuel Macron prononce un discours lors de l'inauguration du "Centre culturel francophone du Rwanda" à Kigali, le 27 mai 2021.

Le colonialisme des puissances européennes en Afrique a impliqué une exploitation acharnée des ressources naturelles. D'autre part, le tracé des frontières a rapproché des groupes ethniques qui n'auraient pas dû être ensemble, donnant lieu à des conflits et des massacres. Les pays européens, ignorant les avertissements, n'ont pas empêché les génocides, et se sont même positionnés à proximité de régimes génocidaires. Aujourd'hui, quelque temps après, certaines anciennes puissances coloniales comme la France et l'Allemagne ont décidé d'admettre leur responsabilité et de reconnaître leurs erreurs sur le continent africain.

Emmanuel Macron, lors d'une visite officielle au Rwanda, a présenté ses excuses pour la position de la France sur le génocide perpétré par les milices hutues : "Me tenant ici aujourd'hui, avec humilité et respect, je suis venu reconnaître nos responsabilités", a déclaré le président français au mémorial du génocide dans la capitale rwandaise, Kigali. Macron a admis qu'il n'avait pas écouté ceux qui mettaient en garde contre le massacre imminent. Il a toutefois ajouté que la France "n'était pas complice" du génocide de 800 000 Tutsis et Hutus modérés

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AFP/YASUYOSHI CHIBA - Une photo prise le 29 avril 2018 montre un visiteur regardant des portraits de victimes au Mémorial du génocide à Kigali, au Rwanda. Selon la principale association de survivants du génocide, IBUKA, mot qui signifie "se souvenir" en kinyarwanda, quatre tombes ont été découvertes début avril 2018 chez un habitant grâce à des informations provenant de survivants de Kabuga

Les remarques de Macron ont réitéré un rapport d'une commission d'experts français qui a déclaré que les autorités françaises sous François Mitterrand portaient une "grande responsabilité" dans le génocide. Le groupe d'experts, comme Macron, soutient que la France n'a pas été complice des exécutions de masse.

Le président rwandais Paul Kagame a salué les propos de son homologue français. "Ses mots avaient plus de valeur que des excuses. Ils étaient la vérité", a déclaré Kagame lors d'une conférence de presse conjointe. Il a également qualifié le geste de Macron d'"acte de grand courage". Lors de la visite du président français, Kagame a souligné que les liens entre les deux pays seraient renforcés à l'avenir et que les deux nations entretiendraient des relations "bien meilleures sur le plan économique, politique et culturel." 

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AFP/LUDOVIC MARIN - Le président rwandais Paul Kagame et le président français Emmanuel Macron tiennent une conférence de presse au palais présidentiel de Kigali, le 27 mai 2021.

Jean-Paul Kimonyo, ancien conseiller du président, a également salué le geste de Macron en le qualifiant de "discours fort." Concernant l'absence d'excuses officielles, Kimonyo a déclaré que le président s'était excusé "de manière subtile". Cependant, ce détail a été critiqué par Ibuka, une organisation qui aide les survivants du génocide. L'association s'est dite "déçue" par le président Macron, qui n'a pas présenté d'excuses claires.

Le journaliste Malcom Webb, correspondant d'Al-Jazeera au Kenya et ailleurs en Afrique, affirme que l'absence d'excuses officielles de la part de Macron est due aux prochaines élections en France. Webb fait notamment référence aux critiques émanant de formations politiques. "S'il avait présenté des excuses, il aurait très probablement été attaqué par l'extrême droite et l'acte n'aurait pas été apprécié par les élites de l'armée", a déclaré le journaliste.

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AFP/PAZ PIZARRO - Chronologie avec cartes du génocide de 1994 au Rwanda.
L'Allemagne, suivant les traces de Macron, réfléchit à son passé colonial

Heiko Maas, le ministre allemand des Affaires étrangères, a admis que l'Allemagne avait causé des "souffrances incommensurables" aux peuples Herero et Namaqua, des groupes ethniques de l'actuelle Namibie. Au début du XXe siècle, les troupes coloniales allemandes ont perpétré des massacres contre les Herero et les Namaqua. Plus d'un siècle plus tard, l'Allemagne a reconnu sa culpabilité dans ces massacres. "Avec le point de vue d'aujourd'hui, nous appellerons ces événements ce qu'ils sont: un génocide", a déclaré Maas.

Certains historiens considèrent ce génocide comme le premier du XXe siècle. Les troupes allemandes ont assassiné environ 60 000 Hereros et 10.000 Namaquas, et ont utilisé des techniques génocidaires telles que le déplacement forcé et les transferts vers des camps de concentration. Certaines des autorités directement impliquées dans le génocide, comme le médecin Eugen Fischer, étaient de véritables idoles pour Adolf Hitler et ont grandement influencé ses idéaux. Fischer était chargé de mener des expériences sur les crânes des victimes pour "prouver la supériorité de la race blanche". 

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AFP/LUDOVIC MARIN - Crânes et effets personnels des victimes exposés au Mémorial du génocide de Kigali

"On ne peut pas effacer le passé", admet Maas, même s'il reconnaît que le pardon est une étape importante pour le surmonter et "construire l'avenir ensemble". Le ministre a également déclaré que Berlin enverra un fonds de 1,1 milliard d'euros pour la reconstruction et le développement de la Namibie.