La France exclut le Royaume-Uni de la réunion d'urgence à Calais pour résoudre la crise migratoire

Les ministres européens se réunissent dans la ville française pour endiguer le drame migratoire transmanche qui a fait 27 morts mercredi
Gérald Darmain

AFP/STEPHANE DE SAKUTIN  -   Le ministre français de l'Intérieur Gérald Darmain

Les ministres chargés de l'immigration des gouvernements allemand, néerlandais, belge et français ont tenu un sommet dimanche dans la ville française de Calais pour discuter de nouvelles mesures visant à freiner l'immigration clandestine et à lutter contre la traite des êtres humains. Un défi mondial pour lequel il n'existe pas de cadre établi pour une action commune, comme cela a été exposé le 24 novembre.

Ce jour-là, 27 personnes ont perdu la vie en tentant de traverser la Manche, dont une femme enceinte et trois enfants, dans ce qui a été le pire drame migratoire dans la région depuis 2019, année où le port de Calais et l'Eurotunnel ont été fermés. L'enclave est devenue l'une des routes migratoires les plus fréquentées au monde, avec des personnes venant principalement d'Afrique et du Moyen-Orient, souvent à bord d'embarcations fragiles.

Le sommet, organisé par la France, a débuté à 14 heures et a également vu la participation de la commissaire européenne aux affaires intérieures, Ylva Johansson, de l'agence européenne de police, Europol, et de l'agence européenne de contrôle des frontières, Frontex. Le tout avec l'objectif prioritaire de lutter contre l'immigration clandestine et de freiner l'activité des mafias à travers une feuille de route partagée.

Inmigración
AP PHOTO/JAVIER FERGO  -  Migrants assis sur un canot pneumatique après que Proactiva Open Arms, une ONG espagnole, les a repérés et secourus dans la mer d'Alboran, à environ 64 kilomètres des côtes espagnoles, jeudi 11 octobre 2018.

Le Royaume-Uni n'était pas représenté à la réunion, l'Elysée ayant expressément opposé son veto, et aucun interlocuteur britannique ne s'est donc rendu à Calais. Initialement, c'est Priti Patel, la ministre de l'intérieur, qui devait se rendre en France pour tenir une réunion bilatérale avec son homologue français, Gérald Darmain. Cependant, les ponts entre Londres et Paris ont explosé.

La crise migratoire a mis en évidence l'incompréhension entre Emmanuel Macron et Boris Johnson. Le Premier ministre britannique a publié une déclaration publique dans laquelle il a exigé que la France prenne en charge les migrants déplacés vers les côtes britanniques, et a appelé à des "solutions créatives pour résoudre la crise". Bien que l'Elysée ait interprété cela comme une critique voilée du rôle de ses patrouilles maritimes. Un motif qui a fait froncer les sourcils à Paris.

Le Royaume-Uni pointe du doigt le manque de fermeté de la France pour endiguer le trafic migratoire qui part des côtes françaises. Pendant ce temps, la police française a publié une note interne dans laquelle elle critique le manque de collaboration des forces de sécurité britanniques lorsqu'il s'agit de partager des informations ou de mener des opérations conjointes pour résoudre la crise migratoire. Le secrétaire d'État britannique aux douanes et à la protection des frontières, Damian Hinds, qui a insisté sur le ton coopératif du communiqué, a tenté d'atténuer les critiques.

Macron y Boris Johnson
PHOTO/REUTERS  -  Le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique Boris Johnson lors du sommet du G20 en Italie.

M. Darmain a déclaré à M. Patel qu'il était déçu par les propos du Premier ministre britannique et M. Macron a qualifié le "modus operandi" de Downing Street de "pas très sérieux". Selon les données du ministère français de l'intérieur, depuis le début de l'année, les forces de sécurité françaises ont démantelé au moins 30 réseaux de trafic et arrêté 1 500 membres de ces organisations.

Le vice-président de la Commission européenne, Margaritis Schinas, s'est prononcé en faveur de l'exclusion de Londres de la réunion de Calais. Pour les Grecs, le Royaume-Uni doit résoudre ses propres problèmes de migration, puisqu'ils ont quitté l'UE et laissé derrière eux le cadre d'action de l'UE. Toutefois, la ministre britannique de l'Intérieur a ouvert un dialogue avec son homologue néerlandaise, Ankie Broekers-Knol, avec qui elle a discuté de la question.