La France met fin à l'opération Barkhane au Sahel

Cette annonce intervient une semaine après la décision de la France de suspendre les opérations conjointes avec le Mali
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AP/JEROME DELAY  -   L'opération Barkhane prendrait fin et serait remplacée par un soutien aux partenaires locaux et à la lutte contre le terrorisme

Le Sahel est confronté à une augmentation de la violence dans des régions aussi cruciales que le Burkina Faso, où il y a une semaine à peine, l'une des pires attaques de ces dernières années a coûté la vie à plus d'une centaine de personnes aux mains d'un groupe armé. Mais la violence n'est pas le seul problème dans la région ; l'instabilité a un impact majeur sur les pays de la région.

L'un des pays clés pour contenir l'avancée des groupes terroristes dans la région, le Mali, a une nouvelle fois subi un coup d'État. Les militaires maliens, mécontents du nouveau gouvernement annoncé par les autorités de transition, ont arrêté le 24 mai le président de transition, Bah Ndaw, et le Premier ministre, Moctar Ouané, lors d'un coup d'État qui a secoué le pays, plongé dans une crise profonde depuis des années. Quelques jours après le coup d'État, la Cour constitutionnelle malienne a validé le chef des putschistes, Assimi Goita, comme nouveau président de la République.

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REUTERS/FRANCOIS MORI - Le président français Emmanuel Macron lors d'une réunion par vidéoconférence avec les dirigeants des nations du G5 Sahel d'Afrique de l'Ouest, à Paris, en France

Face à cette situation, le président français Emmanuel Macron a annoncé la fin de l'opération Barkhane au Sahel. "Le moment est venu d'engager une transformation profonde de notre présence militaire au Sahel", a déclaré le président français lors d'une conférence de presse à l'Élysée. Les troupes françaises sont déployées dans la région depuis 2012 à la demande du gouvernement malien, après le coup d'État de cette année-là. La France a déployé l'opération Serval, devenue un an plus tard l'opération Barkhane, avec une approche régionale par laquelle elle entendait lutter contre la menace djihadiste transfrontalière.

Mais après huit ans de mission, les groupes djihadistes et leurs attaques se sont multipliés et se sont étendus du nord du Mali à la zone où les trois frontières se rencontrent. La France a actuellement quelque 5 000 soldats déployés dans la région. Le ministre français des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a déjà anticipé cette décision lors de l'inauguration de la nouvelle Académie internationale de lutte contre le terrorisme à Abidjan, en Côte d'Ivoire : "Évidemment, la France n'a pas l'intention de rester éternellement au Sahel. Il est probable que le dispositif Barkhane doive être adapté".

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AFP/ISSOUF SANOGO - Le ministre français de l'Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian prononce un discours lors de l'inauguration de l'Académie internationale de lutte contre le terrorisme (AILCT) à Abidjan, en Côte d'Ivoire

Macron, a expliqué lors d'une conférence de presse à l'Élysée que le pays français met fin à l'opération Barkhane "en tant qu'opération extérieure" et travaillera à "la mise en œuvre d'une alliance internationale qui associe les États de la région pour poursuivre la lutte contre le terrorisme et les groupes djihadistes". Le président français a également souligné que l'idée n'avait jamais été de remplacer les États africains. "La présence durable de nos opérations extérieures ne peut être remplacée par la stabilité des États souverains", a souligné Macron.

La fin de l'opération Barkhane est annoncée une semaine après que la France a décidé de suspendre les opérations conjointes entre les troupes françaises et maliennes en représailles au coup d'État perpétré au Mali et en raison du soupçon que les militaires, désormais au pouvoir, pourraient négocier avec certains groupes terroristes. Emmanuel Macron a également commenté la situation dans ce pays africain et a qualifié d'"erreur" et de "mauvaise jurisprudence" la décision de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) de reconnaître le colonel Assimi Goita comme président du Mali, après le deuxième coup d'État en neuf mois dans le pays.

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AP/JEROME DELAY - Des soldats français de la force Barkhane qui ont mis fin à leur service au Sahel quittent leur base à Gao, au Mali, mercredi 9 juin 2021

Le président français n'a pas encore précisé comment et quand ce retrait des troupes françaises aura lieu, mais il a indiqué que les détails seront finalisés à la fin du mois de juin après consultation des États-Unis, des États européens impliqués dans la région et des cinq pays qui composent le G5 Sahel (Mali, Niger, Tchad, Burkina Faso et Mauritanie). Le scénario le plus probable est que les forces spéciales françaises travailleront aux côtés d'autres pays européens dans le cadre de l'opération Takuba, qui combat les militants au Sahel aux côtés des armées malienne et nigériane, tandis que d'autres forces françaises travailleront dans le cadre d'opérations de formation et dans le cadre de missions internationales déjà présentes dans la région.

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AFP/AFP - État actuel de la présence militaire au Sahel avec l'opération Barkhane menée par la France et les forces internationales

Le président français annonce sa ligne de politique étrangère quelques jours avant le sommet du G7 et de l'OTAN, où il cherchera à obtenir le soutien d'un plus grand nombre de pays européens, ainsi que des États-Unis, qui n'ont jusqu'à présent apporté qu'un soutien logistique et de renseignement au Sahel. Après plus de huit ans d'activité militaire incessante au Sahel, la France met fin à l'opération Barkhane et préconise une coopération bilatérale avec les pays africains eux-mêmes et une alliance internationale impliquant d'autres pays occidentaux, tout en minimisant la présence des troupes françaises dans la région.

Emmanuel Macron entend ouvrir un nouveau chapitre des relations avec le continent africain axé sur la sphère économique et a haussé le ton pour faire approuver par le G7 l'objectif de "60 % des Africains vaccinés à la fin du premier trimestre 2022".