La Grèce et la Turquie font un premier pas vers la résolution du conflit en Méditerranée orientale 

Les délégations des deux pays se rencontrent aujourd'hui à Istanbul après des mois d'impasse 
El primer ministro de Grecia, Kyriakos Mitsotakis

PHOTO/REUTERS  -   Le Premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis

La Turquie et la Grèce reprennent aujourd'hui les pourparlers pour résoudre le différend sur l'exploration des hydrocarbures en Méditerranée orientale, après une crise diplomatique qui dure depuis des mois et un débat en cours depuis des années. 

La délégation grecque sera reçue par le numéro deux de la diplomatie turque, Seda Onal, pour reprendre le dialogue là où il en était en 2016 avant d'être suspendu, comme l'a demandé le Premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis.  

L'envoi par la Turquie du navire Oruç Reis dans les eaux au sud de l'île grecque de Kastellorizo pour y effectuer une étude sismique a déclenché l'alarme à Athènes en août dernier, ce qui, avec d'autres missions d'exploration turques, a déclenché la pire crise diplomatique entre les deux pays depuis 1996, lorsqu'ils étaient au bord de la guerre. Bien que dans un geste d'apaisement, Ankara a ordonné le retour de l'Oruç Reis à la fin du mois de novembre. 

Les discussions se déroulent dans un contexte où le président turc, Recep Tayyip Erdogan, veut réduire les tensions avec l'Union européenne, qui a menacé d'imposer des sanctions à Ankara si elle ne réglait pas le différend avec Athènes, ce qui porterait préjudice aux difficultés que traverse l'économie turque, aggravées par la pandémie. À cela s'ajoute l'incertitude quant à ses futures relations avec les États-Unis, maintenant que Joe Biden est président.  

Avec "optimisme et espoir", a assuré le Premier ministre grec, Mitsotakis, pour faire face aux négociations. "La Grèce a toujours été favorable au dialogue à deux conditions : la fin des actions agressives de la Turquie dans la zone économique exclusive grecque et la reprise des négociations là où elles se trouvaient en 2016", a-t-il ajouté. 

Le ministre grec des affaires étrangères, Nikos Dendias, a assuré qu'ils venaient dans un "esprit constructif" et de "bonne foi". "Nous ne voulons pas d'une escalade... Au contraire, nous espérons que ces contacts conduiront à une réduction des tensions, comme l'a exprimé le Conseil européen en décembre dernier, lorsqu'il a parlé de la "poursuite en douceur" des contacts exploratoires. J'espère que la partie turque arrivera à ces contacts dans un esprit similaire", a-t-il souligné.  

Cependant, le ministre lui-même a voulu réduire les attentes car "il ne s'agit pas de négociations mais de contacts pour explorer s'il y a des points de convergence pour d'éventuelles négociations futures". 

Les autorités turques ont pour leur part salué "l'atmosphère positive" de ces dernières semaines. Le ministre des affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu, lors d'un voyage à Bruxelles la semaine dernière, s'est dit confiant que le dialogue à Istanbul donnerait des "résultats". 

REUTERS/STEPHANIE LECOCQ  -   El ministro de Asuntos Exteriores de Turquía, Mevlut Cavusoglu, y el alto representante de la Unión Europea para Asuntos Exteriores y Política de Seguridad, Josep Borrell, hacen una declaración conjunta antes de una reunión en el SEAE en Bruselas, Bélgica, el 21 de enero de 2021
REUTERS/STEPHANIE LECOCQ - Le ministre turc des affaires étrangères Mevlut Cavusoglu et le haut représentant de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité Josep Borrell font une déclaration commune avant une réunion au SEAE à Bruxelles, en Belgique, le 21 janvier 2021.

L'OTAN, l'organisation militaire à laquelle les deux pays appartiennent, a joué un rôle décisif dans la réduction des tensions. Selon son secrétaire général Jens Stoltenberg vendredi dernier, l'Alliance atlantique a lancé début octobre un mécanisme convenu par la Grèce et la Turquie, au sein de l'organisation, dans le but de rapprocher les positions.  

Le Haut représentant de l'Union européenne pour les affaires étrangères, Josep Borrell, s'est félicité du fait que "l'atmosphère" des relations entre les États membres de l'UE et la Turquie s'est améliorée après une année marquée par des affrontements diplomatiques. 

Lors du dernier sommet tenu en décembre dernier, les dirigeants européens ont demandé à Borrell et à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, d'étudier la possibilité d'étendre les sanctions contre Ankara en fonction de l'évolution de l'attitude de ce pays. Des sanctions individuelles contre les fonctionnaires impliqués dans des activités d'exploration en Méditerranée orientale ont été approuvées. 

Bien que la réunion d'aujourd'hui constitue une étape importante, les deux pays n'ont pas été en mesure de préciser les questions à discuter. Athènes voulait seulement parler de la délimitation du plateau continental de ses îles en mer Égée, tandis qu'Ankara veut étendre les discussions à la définition des zones économiques exclusives et de l'espace aérien. 

Ankara ne veut pas que l'accord sur la mer Ionienne soit reproduit 

Il y a quelques jours, le législateur grec a approuvé l'extension de ses eaux territoriales en mer Ionienne, d'un commun accord avec l'Italie après des décennies de négociations, de 6 à 12 milles nautiques. Comme l'a souligné le Premier ministre grec, "l'extension des eaux territoriales est conforme au droit international", mais si elle était appliquée en mer Égée, la Turquie la considérerait comme un "casus belli", comme elle considère toute expansion grecque en mer Égée depuis 1995.  

"C'est une loi nationale qui est appliquée grâce à la coopération internationale et qui envoie un message à l'Est", a averti M. Mitsotakis au Parlement en faisant clairement référence à la Turquie.