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La rupture des liens algéro-marocains pourrait nuire à l'acheminement du gaz vers l'Espagne

Bien que le débit n'ait pas été interrompu, la possibilité d'un changement significatif de ses conditions, voire de sa fermeture, est désormais plus grande
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La récente décision de l'Algérie de rompre ses relations diplomatiques avec le Maroc a accru l'incertitude et l'inquiétude quant à l'avenir stratégique du gazoduc Maghreb-Europe (GME). Depuis sa mise en service en octobre 1996, ce gazoduc, qui achemine des millions de mètres cubes de gaz du désert algérien vers l'Espagne via le territoire marocain, est vital pour les trois pays et l'Europe.

Bien que le débit n'ait pas été interrompu, la possibilité d'un changement significatif de ses conditions, voire d'une fermeture, se profile désormais à l'horizon, car le contrat signé expire le 31 octobre et les négociations pour le prolonger ne semblent pas progresser.

Il y a quelques semaines, dans des déclarations au quotidien local "Le Jour", la directrice générale de l'Office marocain des hydrocarbures et des mines, Amina Benkhadra, assurait que son pays était favorable au renouvellement du contrat de l'autoroute du gaz, un gazoduc en acier au carbone de plus de 1 400 kilomètres de long par lequel transitent chaque année près de 9 milliards de mètres cubes de gaz.

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Cet enthousiasme ne semble pas être partagé par l'Algérie, selon les déclarations d'analystes locaux cités par les médias d'État, comme l'agence de presse locale APS, qui a qualifié, le 21 août, l'intérêt du Maroc de "pur mensonge, partagé par le souverain alaouite".

"Si ce n'est pas son premier mensonge, en tâtant du domaine économique en général et du gaz en particulier, qui lui semblent inconnus, le Makhzen ajoute deux mensonges. L'Algérie, en toute souveraineté et autonomie de décision, n'a pas encore décidé de le renouveler", a déclaré l'expert cité par l'agence officielle.

Dommages au Maroc

Considérée comme un élément clé de la politique énergétique méditerranéenne, l'exploitation du GME, promu dans les années 1980 par l'espagnol Enagás et la compagnie nationale algérienne d'hydrocarbures Sonatrach, nécessite une collaboration étendue et constante entre Alger, Rabat et Madrid sur les quatre sections qui le composent.

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Le passage par son territoire fournit au Maroc quelque 800 millions de mètres cubes de gaz naturel pour couvrir une partie de ses besoins énergétiques, plus un montant en commissions d'environ 7 %, ce qui représente environ 200 millions d'euros par an.

Conscient de la situation, et bien que le gazoduc ne soit pas aussi vital pour sa stratégie énergétique qu'il semble l'être pour celle de l'Algérie et de l'Europe, "le Maroc a pris des mesures ces dernières années pour répondre à ses propres besoins en matière de sécurité énergétique". 

"Elle a soutenu des projets d'énergies renouvelables locales, par exemple, et travaille également sur un éventuel projet d'importation de GNL, via une unité flottante de stockage et de regazéification (FSRU)", explique l'analyste énergétique Ed Reed, spécialiste de la question.

L'Algérie mise sur l'alternative Medgaz

Outre le GME, géré par la société Europe-Magreb Pipeline (EMPL) - à laquelle participent le groupe espagnol Naturgy, la société énergétique portugaise Transgas et la société marocaine SNPP - l'Algérie fournit du gaz à l'Espagne et à l'Europe par le biais d'un autre gazoduc qui part du même désert, traverse la Méditerranée et aboutit à Almeria.

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Connu sous le nom de Medgaz, ce gazoduc part de la ville de Beni Saf, parcourt 700 kilomètres jusqu'à la plage de Perdigal, sur la côte espagnole, et a actuellement une capacité de transport annuelle de quelque 8 milliards de mètres cubes de gaz.

Géré par Sonatrach (51%) et Naturgy avec le fonds d'investissement BlackRock, ces sociétés travaillent ensemble pour augmenter sa capacité de 2 milliards de mètres cubes par an d'ici fin 2021, un montant qui ne compenserait en rien une éventuelle fermeture du gazoduc Maghreb Europe. 

L'Algérie perdrait ainsi la possibilité d'envoyer environ 6 milliards de mètres cubes de gaz par an en Europe, ce qui porterait gravement atteinte à son économie affaiblie, totalement dépendante des combustibles fossiles : le pétrole et le gaz représentent 95 % de ses exportations annuelles.

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Les négociations se poursuivent

"Derrière les postures diplomatiques belliqueuses de Rabat et d'Alger, les négociations se poursuivent. Le Maroc ne peut se passer des 7 % de gaz qu'il absorbe. Alger ne peut se passer des services de son voisin, du moins pour le moment. Mais, bien sûr, la décision algérienne aura un impact et conditionnera la formulation finale de l'accord", ont déclaré à Efe des sources diplomatiques dans la région.

Le Maroc est enclin à ouvrir le gazoduc à d'autres partenaires afin de bénéficier de la poussée des entreprises européennes, tandis que l'Algérie trouve peu d'alternatives, car son engagement envers les transporteurs de GNL par le biais d'Hyproc, la filiale de transport maritime de Sonatrach, ne suffit pas à compenser le trou économique que la fermeture de GME signifierait.