La Russie soutiendrait Saif al-Islam al-Kadhafi, selon des rapports américains

Bloomberg a rapporté que Moscou développe un plan pour amener le fils de Kadhafi au pouvoir
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AFP  -   Saïf al-Islam, fils préféré et successeur de Mouammar Kadhafi.

Des élections présidentielles auront lieu en Libye en décembre prochain. Les élections pourraient être la clé d'un retour à la stabilité après des années de guerre. Toutefois, les puissances étrangères présentes dans le pays d'Afrique du Nord pourraient brouiller le processus électoral en raison des tentatives de certains pays de soutenir certains candidats. Les élections à venir constituent une étape majeure dans le processus de stabilisation de la Libye, même si, selon un rapport du média américain Bloomberg, certains pays utiliseront le vote pour gagner en influence dans la région.

Le portail américain cite en particulier la Russie, qui soutiendrait Saif al-Islam Kadhafi, fils du défunt dirigeant Mouammar Kadhafi. Cela représente un défi pour les autres puissances présentes en Libye, comme les États-Unis, la Turquie et l'Europe.

Bloomberg cite un rapport du département d'État américain faisant état de "menaces sérieuses pour la stabilité régionale et le commerce mondial" posées par des acteurs étrangers dans le conflit libyen. Le texte souligne le rôle de la Russie et son influence "déstabilisante". Selon le site web, Moscou ferait pression sur Khalifa Haftar pour qu'il soutienne son rival, Saif al-Islam, dans ce qui pourrait être une "alliance électorale imbattable". Cependant, selon des sources libyennes, Haftar préfère se présenter seul à la présidence.

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PHOTO/AP - Le maréchal libyen Khalifa Haftar

Le projet de la Russie de soutenir le fils de Kadhafi aux élections libyennes pourrait être soutenu par l'Égypte. Deux sources moscovites ont indiqué que la Russie "compte sur l'aide égyptienne", selon Bloomberg. Les Émirats arabes unis et la France, en revanche, s'opposent à ce plan.

Irina Zviagelskaya, experte russe du Moyen-Orient, a déclaré que Moscou "doit travailler avec davantage de puissances, car le Kremlin est intéressé par la stabilité de la Libye". "Kadhafi a réussi à maintenir la cohésion du pays et à éviter le chaos et la guerre, comme Saddam Hussein en Irak", a-t-elle ajouté. La stabilité et la sécurité en Libye sont également nécessaires dans la sphère économique et commerciale. Le pays africain possède la plus grande quantité de réserves de pétrole brut du continent. Les guerres dans le pays ont endommagé le secteur pétrolier. En juillet dernier, la production quotidienne de pétrole libyen est tombée à 1,17 million de barils. Avant la guerre de 2011, elle produisait 1,6 million de barils par jour, et 3 millions dans les années 1970.

Malgré le paysage politique et social chaotique, certaines entreprises internationales continuent de travailler sur le territoire libyen, comme l'Italien Eni, le Français Total, l'Espagnol Repsol et le Russe Gazprom.

Saif al-Islam accusé de liens avec des mercenaires russes

Le 5 août, le ministère public libyen a émis un mandat d'arrêt à l'encontre de Saif al-Islam pour ses liens présumés avec les mercenaires russes du groupe Wagner, qui opèrent en Libye pour soutenir Haftar. Cependant, Saif al-Islam est soupçonné depuis des années d'avoir des liens avec la Russie. Plusieurs médias internationaux ont fait état de rencontres entre le fils de Kadhafi et les autorités russes.

Maxim Shugaley a été arrêté à Tripoli en mai 2019 pour espionnage. Le citoyen russe était accusé de travailler pour Yevgeny Prigozhin, un homme d'affaires proche de Vladimir Poutine. Shugaley aurait rencontré à plusieurs reprises Saif al-Islam dans le cadre d'un plan visant à l'amener au pouvoir en Libye. "Si la Russie avait fait ce qu'elle voulait, nous aurions eu Saif al-Islam Kadhafi prononçant son discours de victoire sur la célèbre place des Martyrs de Tripoli", a déclaré un responsable des services de renseignement libyens à la BBC.

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AP/RICARD GARCIA VILANOVA - Photo d'archive du 31 août 2019. Combattants loyalistes du GNA sur la ligne de front dans le quartier de Salah-addin à Tripoli, Libye.
Conseil des puissances étrangères

Cependant, la Russie n'est pas le seul pays présent en Libye. La Turquie envoie également des mercenaires sur le territoire libyen pour soutenir le gouvernement d'entente nationale de Tripoli, qui est à couteaux tirés avec Haftar. Cette question a été abordée à plusieurs reprises par la communauté internationale afin de mettre un terme à cette présence étrangère qui entrave le processus de stabilisation en Libye. Dans la perspective des prochaines élections, les Nations unies ont averti que la présence de mercenaires étrangers constituait un obstacle aux élections.

"Neuf mois après l'accord de cessez-le-feu appelant au retrait des forces étrangères et des mercenaires de Libye, des mercenaires et des entrepreneurs militaires et de sécurité privés continuent d'opérer dans le pays", déplore Jalena Aparac, présidente du groupe de travail des Nations unies sur l'utilisation de mercenaires.