La Syrie et l'Iran renforcent leur coopération économique pour contrer les "sanctions oppressives imposées par les ennemis"

Le président syrien Bachar al-Assad reçoit le ministre iranien des Affaires étrangères à Damas pour renforcer les liens avec Téhéran et faire face ensemble au régime de sanctions
Le ministre iranien des Affaires étrangères Hossein Amir-Abdollahian (à gauche) s'entretenant avec le président syrien Bashar al-Assad

AFP PHOTO / HO / SANA  -   Le ministre iranien des Affaires étrangères Hossein Amir-Abdollahian (à gauche) s'entretenant avec le président syrien Bashar al-Assad

Le partenariat réactif irano-syrien, établi depuis la guerre du Liban de 2006 sous le nom d'Axe de la résistance, renforce ses liens dans le contexte du siège économique imposé par les États-Unis, soutenu par la communauté internationale au moyen de sanctions. La dévastation matérielle que connaissent les deux pays, considérablement aggravée par la crise du COVID-19, a poussé leurs dirigeants à unir leurs forces pour renverser un scénario défavorable qui érode rapidement leurs positions de pouvoir.

Le président syrien Bachar al-Assad a reçu dimanche au palais présidentiel la délégation du nouveau ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amirabdollahian. Le ministre perse des affaires étrangères n'a pas tari d'éloges à l'égard du dirigeant syrien, soulignant même le "bon déroulement" des élections présidentielles de mai, qu'il a remportées avec plus de 95 % des voix. Les termes de la conversation portaient sur des "questions d'intérêt mutuel" telles que la coopération politique et militaire et l'élaboration du nouvel ordre régional. Al-Assad a remercié ses interlocuteurs pour le soutien renouvelé de Téhéran.

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AFP PHOTO / HO / SANA  -  Le ministre iranien des Affaires étrangères Hossein Amir-Abdollahian (G) marchant avec son homologue syrien Faisal Miqdad (2ème G) peu après son arrivée à Damas le 29 août 2021

Le ministre syrien des Affaires étrangères, Faisal Mekdad, était également présent lors du dialogue avec M. al-Assad. Quelques heures plus tôt, en effet, le ministre perse des Affaires étrangères avait été reçu par son homologue à l'aéroport de Damas. Immédiatement après la réception, le ministre iranien des Affaires étrangères a tenu une réunion préliminaire seul avec M. Mekdad, au cours de laquelle ils ont discuté des derniers développements dans la région à la suite de la crise en Afghanistan et des liens de coopération en matière économique, le sujet le plus important de la réunion.

"L'Iran et la Syrie travaillent sur un plan de développement actif de la coopération économique et commerciale pour contrer les sanctions oppressives imposées par les ennemis", a révélé Amirabdollahian après le sommet, faisant référence aux accords conclus par les deux pays en janvier 2019. À cette occasion, le Premier ministre syrien Imad Khamis et le vice-président iranien Eshaq Yahanguiri, second de Hassan Rohani, ont signé un document en 11 points scellant leur partenariat stratégique dans divers secteurs économiques. Un partenariat invoqué "à long terme" avec une série d'échéances à respecter.

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AFP / LOUAI BESHARA  -  Le Premier ministre syrien Imad Khamis (R) et le vice-président iranien Eshaq Jahangiri assistent à une cérémonie de signature d'accord dans la capitale Damas, le 28 janvier 2019

L'Iran a injecté un total de 5,6 milliards de dollars dans le régime d'Al-Assad au cours de la dernière décennie, selon The Syria Report. Ce montant est allé principalement aux secteurs du pétrole et de l'électricité dans le but d'étendre ses tentacules sur l'économie syrienne. Une course de fond dans laquelle elle a rivalisé avec la Russie et dont le dictateur syrien a été largement favorisé. Dans le même temps, Damas et Téhéran auraient tenté de tisser des liens avec d'autres pays également soumis à un régime de sanctions, comme le Venezuela, afin de stimuler une économie parallèle capable de se maintenir dans ce cadre de faiblesse.

La visite du nouveau ministre perse est une déclaration d'intention du nouveau gouvernement iranien dirigé par Ebrahim Raisi. Le président élu et ancien chef du pouvoir judiciaire, qui a pris ses fonctions le 5 août, tente de s'attacher l'un de ses partenaires régionaux alors que les négociations sur la relance de l'accord nucléaire sont au point mort. Le plan d'action global conjoint (JCPOA) est dans la balance et Téhéran cherche à renforcer sa position à un moment délicat pour les États-Unis après leur retrait brutal d'Afghanistan.

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AFP PHOTO / HO / PRESIDENCIA IRANÍ  -  Le président iranien Ebrahim Raisi, lors de la première réunion de son cabinet à Téhéran le 26 août 2021, s'est engagé à améliorer l'économie du pays frappée par les sanctions et sa réponse à Covid, déclarant que la situation actuelle "ne convient pas" à la république islamique

La stabilité du régime d'Al-Assad dépend fortement du soutien iranien, qui a commencé dès le début de la guerre civile syrienne. Téhéran a fourni des fonds, des troupes et des armes aux forces gouvernementales syriennes afin d'apaiser les insurgés et de maintenir un statu quo favorable. Tout cela avec l'implication de Moscou. Le ministre Amirabdollahian a souligné ce point en décrivant la Syrie comme une "terre de résistance". Le ministre perse des Affaires étrangères a également souligné le travail commun sur le terrain et les victoires conjointes obtenues. Une action qui a entraîné le rejet frontal de la communauté internationale et provoqué le déclenchement de sanctions contre le régime syrien après l'atroce répression contre la population civile.

Téhéran a contourné les restrictions après avoir suspendu son programme nucléaire lorsque le JCPOA a été signé sous l'administration Obama, mais le train de sanctions contre la République islamique a été repris et augmenté après le retrait unilatéral des États-Unis de l'accord nucléaire en 2018 sous Donald Trump. Cette décision a déclenché la reprise des travaux d'enrichissement de l'uranium et le redémarrage des cibles nucléaires perses. Quoi qu'il en soit, les sanctions ont gravement blessé l'Iran, un pays en crise qui a connu la dernière vague de manifestations anti-régime à la mi-juillet.

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PHOTO / Delegación de la UE en Viena via REUTERS  -  Réunion de la Commission mixte du JCPOA à Vienne, en Autriche, le 6 avril 2021

La visite du ministre perse des affaires étrangères est intervenue au lendemain d'un sommet international qui s'est tenu à Bagdad et auquel ont participé des représentants de l'Égypte, de la Jordanie, du Qatar, de la France, de l'Iran, de l'Arabie saoudite, des Émirats, du Koweït, de la Turquie et de l'Irak pour discuter des derniers mouvements des plaques tectoniques qui maintiennent la cohésion du Moyen-Orient. Les agences de presse syriennes et iraniennes s'accordent à dire que le ministre Amirabdollahian a transmis les termes des discussions au président al-Assad, qui n'était pas représenté à la réunion. Les liens se renforcent.