La Turquie bloque à nouveau la surveillance par l'UE de l'embargo sur les armes imposé à la Libye

L'Allemagne a déjà annoncé l'envoi d'un nouveau navire pour poursuivre la mission
PHOTO/AP - El ministro de Defensa turco, Hulusi Akar

PHOTO/AP  -   Le ministre turc de la défense Hulusi Akar

La Turquie empêche encore une fois l'Union européenne de contrôler l'embargo sur les armes imposé par les Nations unies à la Libye. En février, le ministère turc des affaires étrangères a mis son veto à l’enregistrement de deux navires soupçonnés de transporter des armes vers le pays du Maghreb.

Un autre incident récent a eu lieu en novembre, lorsque la marine allemande était en pleine fouille d'un porte-conteneurs et que la Turquie l'a forcée à s'arrêter, accusant le gouvernement allemand et le bloc de l'UE de comportement illégal. 

L'UE a mis en place la mission d'observation en mai 2020 dans le but de stabiliser la Libye, un pays dévasté d'abord par la guerre contre Kadhafi puis par la guerre civile, et de soutenir le processus de paix mené par les Nations unies visant à unifier le pays. 

Depuis 2014, elle souffre d'une duplicité institutionnelle avec deux gouvernements, l'un basé à Tripoli et dirigé par le Premier ministre Fayed Sarraj et l'autre basé dans l'est du pays, parrainé par le maréchal Khalifa Haftar.
 

PHOTO/REUTERS - Una vista del puerto de Trípoli, Libia
PHOTO/REUTERS - Une vue du port de Tripoli, en Libye

Ankara a soutenu sans réserve le gouvernement de Tripoli, en envoyant même des militaires, mais elle n'a pas été le seul pays à prendre parti. Le Qatar a également été l'un des principaux soutiens de Sarraj. De l'autre côté, les Émirats arabes unis, l'Égypte et la France soutiennent davantage Haftar.

Le dialogue entre les parties adverses se poursuit à Genève dans le cadre du Forum de dialogue politique libyen, qui s'est conclu par la création d'un gouvernement de transition chargé d'organiser les élections du 24 décembre. La liste gagnante a battu la favorite, menée par le président de la Chambre des représentants de Tobrouk, Aguila Saleh. 

Le gouvernement de transition comprend des représentants des régions en guerre et est présidé par le diplomate Mohammad Younes al-Menfi, dont la mission, en plus de garantir des élections libres, est d'assurer le retrait des mercenaires étrangers du territoire libyen, un point fondamental de l'accord de cessez-le-feu d'octobre dernier. 
 

PHOTO/PRESIDENCIA TURCA - El presidente de Turquía, Recep Tayyip Erdogan, recibe al primer ministro del GNA libio, Fayez Sarraj, en Ankara, el 4 de junio de 2020
PHOTO/PRESIDENCIA TURCA - Le président turc Recep Tayyip Erdogan accueille le premier ministre libyen de l'AGN, Fayez Sarraj, à Ankara, le 4 juin 2020.

Bien que le processus soit sur la bonne voie, il est essentiel d'empêcher tout facteur, aussi minime soit-il, de le briser. Pour cette raison, empêcher la Turquie de continuer à intervenir dans le pays d'une manière ou d'une autre est un élément clé pour que la transition soit menée à bien. 

À cette fin, les autorités allemandes ont annoncé mercredi qu'elles enverraient un nouveau navire en mer Méditerranée à la fin de la semaine pour rejoindre l'Irini, la mission de l'UE, et continuer à surveiller le respect de l'embargo imposé par les Nations unies. 

La Turquie n'a à aucun moment abandonné son ton belliciste, allant jusqu'à qualifier Haftar de "criminel de guerre et meurtrier" à la fin de l'année, en lançant également un message d'avertissement selon lequel elle répondrait à toute attaque contre ses troupes stationnées en Libye. "Si une attaque est menée contre les forces turques, nous considérons les forces de Haftar, où qu'elles se trouvent, comme une cible légitime. Ils n'auront nulle part où fuir", a prévenu le ministre turc de la défense Hulusi Akar.

Selon les termes du Akar, la Turquie a également décrit la mission de l'UE comme "partielle, injuste et de légalité douteuse", ce qui selon lui "ne peut être accepté" et a accusé le bloc de l'UE de contrôler uniquement les routes maritimes par lesquelles le matériel arrive à Tripoli, mais pas les routes aériennes par lesquelles les armes atteignent Haftar.