La Turquie cherche un rapprochement diplomatique avec Israël face à son isolement

Des rencontres ont lieu dans l'environnement diplomatique entre les délégations turque et israélienne, malgré la rupture des relations il y a dix ans
AP/ODED BALITY - Una mujer participa en una protesta contra el primer ministro de Israel, Benjamin Netanyahu, que aparece en el cartel de la izquierda, mientras que el presidente de Turquía, Recep Tayyip Erdogan, aparece en el otro cartel, en Tel Aviv, Israel, el domingo 19 de abril de 2020

AP/ODED BALITY  -   Une femme participe à une manifestation contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, représenté sur l'affiche de gauche, tandis que le Président turc Recep Tayyip Erdogan est représenté sur l'autre affiche, à Tel Aviv.

Une délégation diplomatique turque aurait rencontré ses homologues israéliens, selon le quotidien Israël Hayoum, pour discuter des questions liées à l'environnement sécuritaire dans la région, notamment en ce qui concerne la situation en Syrie et en Libye. Ces réunions se seraient répétées à d'autres occasions récemment. Toutefois, selon les sources, la nouveauté par rapport à la dernière réunion porterait sur la possibilité de reprendre le contact perdu en 2010, qui comprenait le retrait de la représentation diplomatique des deux pays. 

Les relations entre la Turquie et Israël se sont gelées en 2010 après le raid violent d'Israël contre un navire humanitaire turc, le Mavi Marmara, au cours duquel au moins dix personnes ont été tuées. Le Mavi Marmara faisait partie de la première flottille de la liberté et se dirigeait vers Gaza lorsqu'il a été attaqué par Tel Aviv. Cet événement sanglant a entraîné le retrait des émissaires diplomatiques des deux parties, portant un coup sérieux à leurs relations bilatérales. Après plusieurs années d'absence diplomatique, les deux pays ont annoncé en 2016 la "normalisation" de leurs relations diplomatiques. Cependant, la Turquie et Israël n'ont pas d'ambassadeurs dans leurs capitales respectives depuis que les États-Unis ont déplacé leur ambassade de Tel Aviv à Jérusalem en mai 2018, ce qui a entraîné des manifestations de masse de la part des Palestiniens. 

AFP/FREE GAZA MOVIMIENTO - Una foto de archivo muestra una imagen sin fecha tomada del sitio web del Movimiento por una Gaza Libre el 28 de mayo de 2010 del barco turco Mavi Marmara que participa en la "Flotilla de la Libertad" en dirección a la Franja de Gaza
AFP/FREE GAZA MOVIMIENTO - Une photo d'archive montre une image non datée prise sur le site Web du Mouvement pour la liberté de Gaza, le 28 mai 2010, du navire turc Mavi Marmara participant à la "flottille de la liberté" qui se dirige vers la bande de Gaza.

Ces dernières semaines, cependant, Erdogan a adopté un ton nettement différent à l'égard d'Israël, exprimant son intérêt pour l'amélioration des relations avec son ancien allié. Cette évolution est motivée par des changements mondiaux et régionaux qui ont placé Ankara entre le marteau et l'enclume : isolée de l'Europe et de nombreux États arabes, elle doit faire face à une Maison Blanche potentiellement hostile, tandis que son économie continue d'être ébranlée par la pandémie. Ouvrir un nouveau chapitre avec Israël pourrait contribuer à restaurer la confiance de l'Occident à son égard et à rétablir une relation militaire fructueuse avec l'OTAN.

C'est maintenant, malgré ce refroidissement des relations, que l'on tente de les reprendre en organisant des réunions entre les deux parties avec un profil bas, qui cherche maintenant à être relevé. Lors de cette dernière réunion, la possibilité d'avoir à nouveau une représentation diplomatique dans les deux pays a été envisagée, ce qui permettrait de rapprocher Ankara et Tel Aviv. 

AFP/RONEN ZVULUN Y OZAN KOSE  -   Combinación de imágenes del primer ministro de Israel, Benjamin Netanyahu, y el presidente de Turquía, Recep Tayyip Erdogan
AFP/RONEN ZVULUN Y OZAN KOSE  -   Combinaison d'images du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et du Président turc Recep Tayyip Erdogan.

Dès la première vague du coronavirus, les deux pays ont maintenu des contacts en raison du besoin de matériel sanitaire dont a souffert Israël et que la Turquie a tenté de pallier en envoyant du matériel de protection pour son personnel sanitaire. Ce geste, qui a été bien accueilli en Israël, aurait rendu possible les rencontres actuelles visant à rétablir les relations entre Ankara et Tel Aviv. Toutefois, il sera difficile que le niveau des relations entre les deux pays soit pleinement amical, étant donné l'attitude qu'Erdogan adopte dans de nombreux conflits de la région et les liens qu'il renforce avec Téhéran. Ce dernier point préoccupe beaucoup Israël, qui entretient une lutte quasi permanente avec la branche militaire du Hezbollah le long de la ligne bleue avec le Liban et avec le Hamas dans les territoires palestiniens, deux groupes soutenus militairement et financièrement par l'Iran. 

Récemment, cependant, des signes positifs de rapprochement ont été observés. La décision d'Israël de ne pas signer une déclaration de la France, de la Grèce, de Chypre, des Émirats arabes unis et de l'Égypte condamnant les actions de la Turquie en Méditerranée orientale a suscité des espoirs. Les déclarations d'Israël sur les médias sociaux vantant ses relations diplomatiques avec la Turquie ont encore alimenté l'optimisme. Les analystes turcs ont vu dans ces démarches un signe de la volonté des deux pays de coopérer sur des questions telles que le secteur énergétique en Méditerranée orientale. 

En esta foto de archivo tomada el 5 de diciembre de 2016 el embajador israelí en Turquía, Eitan Naeh, llega para presentar su carta de credencial al presidente turco en el Complejo Presidencial en Ankara AFP PHOTO / ADEM ALTAN
AFP PHOTO / ADEM ALTAN-Dans cette photo d'archive prise le 5 décembre 2016, l'ambassadeur d'Israël en Turquie Eitan Naeh arrive pour présenter sa lettre de créance au président turc au complexe présidentiel à Ankara.

La Turquie cherche à améliorer ses relations avec Israël, surtout après des relations tendues avec de nombreux pays voisins. Les responsables israéliens ont annoncé à la mi-décembre qu'Israël et la Turquie étaient parvenus à une série d'"accords" pour normaliser leurs relations après des négociations secrètes en Suisse. Un responsable turc avait auparavant annoncé qu'il y avait eu des "progrès" vers un "accord-cadre" entre les deux pays, tout en soulignant qu'aucun accord n'avait encore été signé.

Erdogan profite peut-être de cette stratégie apparemment contradictoire à l'égard d'Israël - rapprochement d'un côté et attaques diplomatiques de l'autre - pour poursuivre ses objectifs expansionnistes et économiques en Méditerranée et au Moyen-Orient.

Ainsi, la volonté de contrer l'influence de la Turquie dans la région a créé un terrain propice à l'émergence d'une alliance entre Chypre, l'Egypte, la Grèce et Israël. Dans ce scénario d'incertitude, il est possible que les tensions continuent à augmenter et que la carte géopolitique change complètement d'ici quelques mois. La Turquie et Israël  sont déterminés à défendre leurs intérêts, même si cela signifie que les accords signés ces dernières années doivent rester lettre morte.