La Turquie renverse la route de la soie vers Pékin

Le pays ottoman envisage de développer un réseau de transport ferroviaire qui ferait avancer le projet de "route de la soie chinoise" visant à relier Pékin à l'Europe
El presidente turco Tayyip Erdogan en Ankara, Turquía, el 5 de abril de 2021

PHOTO/CETINMUHURDAR/PPO vía REUTERS  -   Le président turc Tayyip Erdogan à Ankara, en Turquie, le 5 avril 2021

La Turquie est en train de redessiner une voie ferrée qui vise à faciliter le transit de marchandises entre la Chine et l'Occident dans ce qui constituerait la "ceinture économique" d'une nouvelle route de la soie. Le tracé de la nouvelle ligne ferroviaire mettrait le Caucase et la mer Caspienne à portée de l'Europe, en contournant la Russie et les États frontaliers et en reliant la Turquie, la Grèce et l'Azerbaïdjan.

D'autre part, l'Arménie serait l'un des États par lesquels les nouvelles voies ferrées ne passeraient pas à titre de sanction, en raison de l'occupation du Haut-Karabakh par le pays arménien. L'exclusion de l'Arménie du nouveau corridor a eu des conséquences qui se sont répercutées sur les financements de l'Union européenne et de la Banque centrale, ce qui a conduit la Turquie à commencer à tisser son propre réseau d'influence en visant l'Est et la Méditerranée.

À cet égard, le ministre des Transports et des Infrastructures, Adel Karra Ismailoglu, a confirmé l'augmentation du fret ferroviaire turc vers l'Europe de 25 % en 2020 par rapport à 2019.  Le corridor ferroviaire car le chemin de fer Bakou - Tbilissi - Kars, fruit du partenariat entre l'Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie, a transporté "154 836 tonnes de marchandises au premier trimestre de cette année à travers 2 468 wagons de train, contre 78 000 tonnes au premier trimestre de 2020", selon Ismailoglu.
 

El ministro de Transportes e Infraestructuras de Turquía, Adel Karra Ismailoglu
PHOTO/ARCHIVO - Le ministre turc des transports et de l'infrastructure Adel Karra Ismailoglu

M. Ismailoglu a noté que la demande augmente "de jour en jour pour les voyages de transport vers la Bulgarie, la Roumanie, la Serbie, la Hongrie, la Pologne, l'Autriche, la Slovénie, la République tchèque, la France et l'Allemagne". De même, il a noté qu'il y a "une augmentation de la demande de transport par camion de conteneurs de la Turquie vers l'Europe".

En outre, le ministre a affirmé que "les pays traversés par la ligne obtiendront des gains économiques importants dans le commerce entre l'Europe et la Chine", qui s'élèveraient à 710 000 millions de dollars par an. Il a également souligné que le gouvernement souhaite "faire de la Turquie un pays central et une base logistique pour le transport de marchandises par rail".
 

Mapa que muestra la Nueva Ruta de la Seda, un enorme proyecto chino de infraestructuras por carretera, ferrocarril y barco
AFP/AFP - Carte montrant la Nouvelle route de la soie, un énorme projet chinois d'infrastructure routière, ferroviaire et maritime.

Cette action vise à dissiper les doutes quant à l'incapacité de la direction turque à relancer le corridor de transport reliant l'Est et l'Ouest. À cet égard, elle viserait à établir une ligne sûre et efficace reliant les deux continents, en se concentrant particulièrement sur la connexion avec la Chine, qui gère un projet ferroviaire similaire et recherche un soutien international.

Dans ce contexte, le projet chinois viserait à relier la Chine à l'Europe et au reste du monde par des routes commerciales sûres et alternatives évitant de franchir la passe de Bab al-Mandab, connue pour la présence de pirates maritimes et de tensions régionales. Ainsi, la Turquie tente d'inverser ce plan avec l'intention de créer une nouvelle réalité dans la région qui ouvre la voie à une présence économique turque dans le Caucase et en Asie centrale.

Una plataforma petrolera en alta mar se ve en el mar Caspio cerca de Bakú, Azerbaiyán
REUTERS/GRIGORY DUKOR - Une plate-forme pétrolière offshore est vue dans la mer Caspienne, près de Bakou, en Azerbaïdjan.

Le projet de "ceinture économique chinoise" serait financé par un fonds spécial émis par le président chinois Xi Jinping. Dans cette optique, la Russie et la Chine ont convenu de construire une ligne ferroviaire à grande vitesse reliant Pékin à l'Europe via la Russie. Avec cette stratégie, la Russie étendrait d'abord la ville de Kazan dans le cadre du projet.

El ministro de Defensa turco, Hulusi Akar, y su homólogo azerí, Zakir Hasanov, inspeccionan las tropas durante unas maniobras militares conjuntas turco-azeríes en la provincia oriental de Kars, Turquía, el 11 de febrero de 2021
PHOTO/ARIF AKDOGAN/MINISTERIO DE DEFENSA TURCO vía REUTERS - Le ministre turc de la Défense Hulusi Akar et son homologue azéri Zakir Hasanov inspectent des troupes lors d'un exercice militaire conjoint turco-azéri dans la province orientale de Kars, en Turquie, le 11 février 2021

 Cependant, les derniers mouvements de la Turquie à cet égard mettent en garde contre une nouvelle stratégie géopolitique qui tente de changer la direction du chemin de fer vers l'Europe pour se concentrer sur le continent asiatique et ainsi obtenir l'ouverture de nouveaux marchés commerciaux en plus de se positionner et d'essayer de rivaliser avec le géant chinois avec une nouvelle "route de la soie" qui aurait la Turquie comme protagoniste.