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La Turquie se positionne comme médiateur dans la crise libyenne entre Dbeibé et Bashagha

Le gouvernement turc a reçu les deux hommes politiques à Ankara pour tenter d'établir une solution politique après les violents affrontements à Tripoli
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PHOTO/BUREAU DE PRESSE DE LA PRÉSIDENCE TURQUE  -   Le président turc Recep Tayyip Erdogan

La Turquie est un acteur clé en Libye depuis des années. D'abord par son soutien au Gouvernement d'entente nationale (GNA) contre l'Armée nationale libyenne (LNA), et maintenant par son soutien au gouvernement actuel d'Abdul Hamid Dbeibé.

Par ces actions, Ankara cherche à étendre son influence dans la région et à protéger ses intérêts. Comme le souligne Felipe Sánchez Tapia, analyste à l'Institut espagnol d'études stratégiques (IEEE), le président turc Recep Tayyip Erdogan tente de s'implanter dans le pays dans le but d'accroître son poids en Afrique, d'avoir accès aux ressources énergétiques libyennes, de faire face à la concurrence régionale de l'Égypte et de délimiter les zones de souveraineté en Méditerranée orientale. Afin de préserver ces intérêts, Erdogan cherche maintenant une solution politique après que les affrontements entre groupes rivaux se soient intensifiés dans le pays.

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PHOTO/ Bureau de presse présidentiel via REUTERS - Le président turc Tayyip Erdogan et le Premier ministre libyen Abdulhamid Dbeibeh passent en revue une garde d'honneur lors d'une cérémonie de bienvenue au palais présidentiel à Ankara, en Turquie

Fathi Bashagha, Premier ministre nommé par le parlement de Tobrouk, a tenté de rentrer à Tripoli le week-end dernier, se heurtant aux milices alignées avec Dbeibé. Bashagha a réussi à atteindre la capitale en mai dernier mais a dû repartir peu après en raison des combats. Sa nouvelle tentative a déclenché de violents combats qui ont fait 32 morts et des centaines de blessés, selon les chiffres du ministère de la Santé.

Dans ce contexte, les deux dirigeants se sont récemment rendus en Turquie pour tenter de trouver une solution politique à la crise actuelle. Comme le soulignent plusieurs analystes libyens à Al-Arab, la Turquie a bénéficié du retrait de plusieurs pays influents en Libye, notamment la Russie en raison de la guerre en cours en Ukraine et du "manque d'enthousiasme" des États-Unis. "Ankara est devenue la Mecque des visites des responsables libyens à la recherche d'une instance internationale capable de les réunir, de les écouter et de les conseiller", ajoutent-ils. 

Dbeibé, Premier ministre désigné du Forum de dialogue politique libyen (FDPL), a rencontré jeudi le ministre turc de la Défense Hulusi Akar, le ministre des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu et le chef de l'Organisation nationale du renseignement (MIT), Hakan Fidan. Selon un communiqué du bureau de presse de Dbeibé, la réunion a porté sur "l'unification des efforts internationaux et locaux pour soutenir les élections en Libye". D'autre part, comme l'a annoncé Cavusoglu sur Twitter, lors de la réunion, "les récents développements et le processus électoral en Libye ont été évalués".

La principale tâche de Dbeibé après son élection par le FDPL - un organisme soutenu par les Nations unies - était de mettre la Libye sur la voie des élections. Ces élections étaient prévues pour décembre 2021, mais n'ont jamais eu lieu. Pour cette raison, le parlement de Tobrouk a nommé Bashagha au poste de premier ministre, le mandat de Dbeibé ayant " expiré ". Dbeibé, quant à lui, a refusé de reconnaître Bashagha comme Premier ministre et souligne qu'il ne cédera le pouvoir qu'après les élections

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PHOTO/REUTERS - Fathi Bashagha nommé premier ministre par le parlement oriental

Un jour avant la visite de Dbeibé, Bashagha s'est rendu à Ankara à l'invitation du gouvernement turc pour "discuter de la voie politique et des moyens de coopération entre les deux pays". Comme le rapporte Al-Arab, Erdogan devrait organiser une réunion conjointe avec les deux hommes politiques afin de "pousser à la réconciliation, d'arrêter l'escalade militaire et de créer des canaux de communication pour ouvrir la voie au dialogue".

Pour ajouter à la rivalité actuelle entre Dbeibé et Bashagha, des avertissements récents du commandant de la LNA, le maréchal Khalifa Haftar, ont prévenu qu'"ils ne resteront pas sans rien faire pendant que les abuseurs entraînent la Libye dans l'abîme". 

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AFP/ADEM ALTAM - Le président turc Recep Tayyip Erdogan (R) et le premier ministre intérimaire libyen Abdul Hamid Dbeibeh après une apparition conjointe au palais présidentiel à Ankara, en Turquie
Nouvel envoyé de l'ONU pour la Libye

Le diplomate sénégalais Abdoulaye Bathily apparaît comme le principal candidat pour remplacer Jan Kubis en tant qu'envoyé des Nations unies pour la Libye. Le Slovaque a présenté sa démission en novembre 2021, un mois avant la date des élections. Entre-temps, le mandat de la diplomate américaine Stephanie Williams en tant que "conseillère spéciale" des Nations unies sur la Libye a pris fin début août.

Au milieu du mois, lorsque le secrétaire général António Guterres a avancé le nom de Bathily, l'UNG a transmis à l'ONU des "réserves et objections" à cette proposition, selon EFE. Toutefois, s'il n'y a pas d'objection de la part des 15 États membres du Conseil de sécurité, Bathily deviendra le nouvel envoyé des Nations unies pour la Libye.