La Turquie se rapproche de l'Égypte et s'éloigne des Frères musulmans

Égyptiens et Turcs prévoient de se rencontrer début mai pour se rapprocher et améliorer leurs relations
Atalayar_ Recep Tayyip Erdogan

AFP/ADEM ALTAN  -   El président turc, Recep Tayyip Erdogan

Le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan prévoit de nouvelles implantations sur la côte méditerranéenne, et il sait que les relations avec l'Égypte sont essentielles pour cela. L'obtention d'un bon accord pour obtenir du gaz naturel est vitale pour les aspirations turques et les premiers signes de rapprochement entre les deux pays apparaissent déjà à l'horizon. Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a annoncé que son pays enverra une délégation au Caire début mai dans le but d'améliorer les relations diplomatiques avec le pays présidé par Abdel Fattah al-Sisi. La mission envoyée par les Turcs sera dirigée par Yavuz Selim Kiran, vice-ministre turc des affaires étrangères, tandis qu'ils attendent les conséquences qu'elle pourrait avoir avec leurs partenaires des Frères musulmans, qui ne voient pas d'un bon œil la rencontre entre Ankara et Le Caire.

Dans l'interview accordée jeudi dernier, Cavusoglu a expliqué que c'est le pays égyptien qui avait fait le premier pas en invitant la Turquie sur son territoire pour faire progresser les relations entre les deux pays. Il a également indiqué qu'une rencontre avec le ministre égyptien des Affaires étrangères Sameh Shoukry est prévue. Toutefois, cela se fera après la visite de la Turquie au Caire. Les bons sentiments qui existent actuellement pour l'avenir laissent penser, du moins selon le ministre turc, que des visites telles que celle prévue en mai prochain deviendront plus fréquentes et seront réciproques entre les deux gouvernements.

Atalayar_El ministro de Asuntos Exteriores de Turquía, Mevlut Cavusoglu
AFP/ADEM ALTAN - Le ministre turc des affaires étrangères Mevlut Cavusoglu

La Turquie s'efforce depuis un certain temps d'obtenir des avantages en Méditerranée orientale. L'étape de la rencontre avec l'Égypte, surtout après le refus du gouvernement d'Al-Sisi il y a quelques semaines, est très importante pour les aspirations d'Erdogan. Il est également essentiel de maintenir ouvertes les négociations avec la Grèce et la Libye sur le différend relatif à la frontière maritime, qui reste pour l'instant non résolu. Ankara cherche à sortir de l'impasse diplomatique dans laquelle elle est bloquée depuis des années - de sa propre initiative - et à pouvoir bénéficier d'avantages pour obtenir du gaz naturel à partir des réserves des eaux méditerranéennes.

Le ministre turc des Affaires étrangères a souligné que les discussions avec la Grèce sont régulières et qu'ils espèrent, comme ils le font actuellement avec l'Egypte, pouvoir approcher Athènes dans un avenir proche. En fait, il est également prévu que Mevlut Cavusoglu rencontre son homologue grec, Nikos Dendias, pour discuter de toutes les questions relatives aux frontières maritimes des deux pays et tenter de parvenir à un accord qui rende possible le déblocage.

Atalayar_Sameh Shoukry, ministro de Asuntos Exteriores egipcio
PHOTO/ Ministère des affaires étrangères via EUROPA PRESS - Sameh Shoukry, ministre égyptien des affaires étrangères

Au milieu de tous ces pourparlers, des problèmes déjà connus de l'exécutif d'Erdogan surgissent. Les Frères musulmans s'inquiètent du rapprochement de ce qu'ils considèrent comme l'un de leurs plus grands alliés avec le pays qui a renversé son président, Mohamed Morsi, membre de la confrérie, par un coup d'État. Depuis lors, la Turquie a décidé d'abandonner ses relations avec l'Égypte, mais les priorités semblent avoir changé à Ankara, ce qui n'est pas du goût de l'organisation considérée par les États-Unis comme une organisation terroriste.

Les liens entre le gouvernement d'Erdogan et les Frères musulmans sont liés au conflit au Yémen, dans lequel, comme dans presque tout le reste, la Turquie est impliquée. L'intention des deux parties serait de mettre fin le plus rapidement possible aux milices Houthi soutenues par l'Iran. Des réunions ont déjà eu lieu entre des représentants turcs et certains Yéménites qui ont dû quitter le pays en exil et qui combattent maintenant au sein des Frères musulmans, afin d'élaborer des stratégies pour le conflit et de chercher à attirer des personnes, en particulier des jeunes, à rejoindre la Confrérie.