La Turquie tend la main à l'Arabie saoudite

La politique étrangère de la Turquie se tourne désormais vers les États du Golfe, avec lesquels elle a une longue histoire de dissensions
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AFP/ STEPHANIE LECOCQ  -   Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu

La Turquie a déjà démontré sa volonté de tendre la main aux pays arabes afin de poursuivre des politiques de coopération et de réconciliation, en laissant les différends derrière elle. La longue histoire de désaccords de la Turquie avec une longue liste de pays ennemis ne facilite pas le positionnement fort et stratégique de la Turquie en matière de politique étrangère. C'est pourquoi le président turc Recep Tayyip Erdogan a décidé d'entamer un rapprochement avec l'un des pays les plus influents du golfe Persique, les Émirats arabes unis.  Toutefois, les EAU ne sont pas le seul pays de la péninsule arabique avec lequel la Turquie a fait les premiers pas vers la réconciliation.

Sous ce prétexte, la Turquie a montré sa volonté de se rapprocher de l'Arabie Saoudite, premier exportateur et importateur du monde arabe.  Le dernier appel entre le prince héritier d'Abou Dhabi, Cheikh Mohammed bin Zayed al-Nahyan, et le dirigeant turc a été suivi d'une lettre du président du parlement turc, Mustafa Sentop, adressée au chef du conseil saoudien de la Shura, Abdullah bin Mohammed Al-Sheikh, pour le féliciter à l'occasion de la fête nationale du royaume, selon le site web turc "Watan".

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REUTERS/UMIT BEKTASALTAN  - Le prince héritier d'Abu Dhabi, Sheikh Mohammed bin Zayed al-Nahyan (L), serre la main du président turc Recep Tayyip Erdogan sur cette photo d'archive, le 28 février 2012.

Sentop a exprimé son "désir sincère" d'améliorer les relations parlementaires avec le Royaume d'Arabie saoudite, avec lequel il a dit avoir "des liens historiques et culturels communs". Cette déclaration positive laisse entrevoir l'aspiration de la Turquie à maintenir des relations diplomatiques étroites avec certains pays arabes, malgré les désaccords de ces dernières années.

Dans ce contexte d'apaisement, il convient de mentionner le récent rapprochement entre l'Egypte et la Turquie. Malgré des désaccords majeurs dus au renversement en 2013 du leader des Frères musulmans et grand allié d'Erdogan, Mohamed Mursi, les deux pays ont cherché à laisser de côté toutes les causes qui les séparent pour mettre l'accent sur les questions dont ils peuvent tous deux bénéficier.

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Auparavant, le ministre turc Mevlut Cavusoglu avait déclaré que "le processus de normalisation avec l'Égypte se poursuit et nous avons élaboré une feuille de route à cet effet". M. Cavusoglu a exprimé ses espoirs pour les relations entre Ankara et Riyad, déclarant qu'il souhaitait qu'elles "continuent de s'améliorer", indiquant ainsi la nécessité de continuer à prendre des mesures dans ce sens.

Selon diverses sources, l'une des principales motivations du rapprochement de la Turquie avec des pays arabes comme l'Arabie saoudite est le respect religieux. Si l'on ajoute à cela l'influence exercée par les États du Golfe dans la région, ainsi que leur position géostratégique, il n'est pas difficile de comprendre pourquoi la Turquie a décidé d'orienter sa politique étrangère vers le Golfe.

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Dans le cas de la Turquie, cet avantage répondrait à une politique de non-isolement dans la région. L'absence d'États alliés, indispensable pour mener des politiques de coopération communes dans les domaines économique et militaire, la crise économique durement frappée par les sanctions, la lutte permanente pour les hydrocarbures et la dévaluation drastique de la lire ont conduit Erdogan à orienter sa politique étrangère agressive vers la diplomatie avec les pays voisins, initiant une nouvelle étape diplomatique sans précédent dans la région.