L'accord nucléaire américano-iranien : L'accord nucléaire américano-iranien est un "scénario sans issue"

La fuite d'un enregistrement du ministre iranien des Affaires étrangères a bouleversé le paysage politique américain
combinación de imágenes del presidente de EE.UU. Joe Biden y del presidente de Iran Hassan Rouhani  PHOTO/AFP

PHOTO/AFP  -   Combinaison d'images du président américain Joe Biden et du président iranien Hassan Rouhani

La fuite d'un document audio dans lequel le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, fait de multiples déclarations sur le fonctionnement interne du régime, ainsi que sur le rôle que joue le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) dans la politique étrangère du pays, a également éclaboussé la vie politique américaine, et plus particulièrement l'ancien secrétaire d'État John Kerry.

Dans ces audios, Zarif explique que Kerry lui aurait dit qu'Israël avait attaqué les intérêts iraniens en Syrie au moins 200 fois, selon le New York Times. "Kerry doit me dire qu'Israël nous a attaqués 200 fois en Syrie", dit Zarif, qui se plaint dans l'enregistrement que l'armée iranienne l'a longtemps tenu à l'écart sur des questions cruciales. "Vous ne le saviez pas ?" demande deux fois l'enquêteur. Les deux fois, Zarif répond : "Non, non".

Ces déclarations ont provoqué une vague de critiques à l'encontre de l'ancien secrétaire d'État John Kerry, notamment de la part du camp républicain, qui accuse Kerry d'avoir trahi la confiance sur les questions de sécurité d'Israël. Le sénateur Ted Cruz, R-Texas, a souligné que si ces propos étaient avérés, ils constitueraient une "imprudence catastrophique et disqualifiante".

El ministro de Asuntos Exteriores de Irán, Mohammad Javad Zarif. El Ministerio de Asuntos Exteriores de Irán restó importancia el 26 de abril de 2021 AFP/ AHMAD AL-RUBAYE
AFP/ AHMAD AL-RUBAYE-Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif. Le ministère iranien des Affaires étrangères a minimisé l'importance du 26 avril 2021.

Le sénateur Dan Sullivan, R-Alaska et ancien fonctionnaire du département d'État sous le président George W. Bush, a appelé dans un discours au Sénat à la démission de Kerry, se disant "étonné" que Kerry "révèle les secrets de l'un de nos alliés les plus importants et les plus durables dans la région à un ennemi avoué, le plus grand État parrain du terrorisme dans le monde".

John Kerry, quant à lui, a nié les faits. "Je peux vous dire que cette histoire et ces allégations sont sans équivoque fausses. Cela n'est jamais arrivé - pas lorsque j'étais secrétaire d'État et pas depuis", a expliqué M. Kerry via un tweet. De même, l'ancien secrétaire d'État fait référence, dans le même tweet, à une série d'articles de presse datant de 2018, où ont été rassemblées les déclarations de responsables israéliens confirmant que l'État hébreu avait mené plus de 200 attaques contre des cibles iraniennes en Syrie au cours des deux dernières années.

Qui plus est, le reportage de Reuters indique que, selon des sources régionales, Israël a commencé à mener des frappes militaires en Syrie en 2013 contre des transferts et des déploiements d'armes présumés par les forces iraniennes et leurs alliés du Hezbollah libanais. Par ailleurs, Israël lui-même n'a jamais démenti catégoriquement les multiples attaques qui lui sont attribuées sur le territoire syrien depuis le début de la guerre civile dans le pays arabe.

El enviado presidencial especial para el clima, John Kerry, habla durante una rueda de prensa en la Casa Blanca, el  22 de abril de 2021, en Washington AP/EVAN VUCCI
AP/EVAN VUCCI-L'envoyé spécial du président pour le climat, John Kerry, s'exprime lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche, le 22 avril 2021, à Washington.

Le porte-parole du département d'État, Ned Price, n'a pas voulu donner plus d'importance aux déclarations de M. Zarif et s'est adressé aux journalistes en déclarant qu'il ne ferait aucun commentaire sur les "documents qui auraient fait l'objet d'une fuite" et qu'il ne pouvait "se porter garant de leur authenticité ou de leur exactitude", ni établir les motifs qui pourraient être à l'origine de cette fuite.

Il est intéressant d'analyser le timing de cette fuite. L'enregistrement est celui d'une interview de trois heures menée par l'économiste Saeed Laylaz, qui ne devait être publiée qu'après le départ du président Hasan Rohani en août. Dans cette interview, le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif, est présenté comme n'ayant aucune autorité réelle, et que les décisions de politique étrangère sont prises en dernier ressort par le Corps des gardiens de la révolution islamique.

Tout arrive pour une raison, c'est pourquoi de nombreux analystes pensent qu'il ne s'agit pas d'une simple fuite, mais d'un objectif plus large. L'ancien conseiller spécial pour l'Iran au département d'État, Gabriel Noronha, soutient que "la fuite a probablement été provoquée par des initiés du régime qui détestent Zarif depuis longtemps et ont cherché à l'écarter - ils s'opposent aux efforts actuels pour rejoindre l'accord sur le nucléaire iranien et veulent également renforcer l'opposition intérieure au président Rohani et à ses alliés qui se présentent aux élections en juin".

El diputado político del Ministerio de Asuntos Exteriores de Irán, Abbas Araghchi, sale del 'Grand Hotel Wien' donde se celebran las conversaciones nucleares a puerta cerrada con Irán en Viena, Austria, el 9 de abril de 2021 PHOTO/AP
PHOTO/AP-Le député politique du ministère iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, quitte le Grand Hôtel Wien où se déroulent les négociations nucléaires à huis clos avec l'Iran, à Vienne, en Autriche, le 9 avril 2021.

L'enregistrement intervient à un moment crucial pour les pourparlers de Vienne, dont l'objectif principal est de revenir sur l'accord nucléaire entre les États-Unis et l'Iran, où les deux pays entretiennent des contacts indirects. Ce nouveau revers ne fait qu'entraver davantage des négociations déjà complexes. 

De nombreux facteurs pourraient compromettre le retour au pacte nucléaire entre les deux puissances. Bien que le plan d'action global conjoint (JCPOA) considère les mêmes points qu'en 2015, c'est-à-dire qu'il s'agit d'un contrat qui n'a pas besoin d'être réécrit et que les deux pays avaient déjà accepté à l'époque, le contexte est malheureusement complètement différent.

El portavoz del Departamento de Estado de Estados Unidos, Ned Price AFP/ NICHOLAS KAMM
AFP/ NICHOLAS KAMM-Le porte-parole du département d'État américain, Ned Price.

Tant aux États-Unis qu'en Iran, de nombreux secteurs sont opposés au retour au pacte nucléaire, ainsi que des pays extérieurs qui ne sont pas d'accord avec cette décision, comme c'est le cas d'Israël. En outre, la méfiance mutuelle que les États-Unis et la République islamique éprouvent l'un envers l'autre ne facilite pas la voie des négociations. La sortie unilatérale du pacte par l'ancien président américain, Donald Trump, a encore aggravé ce sentiment au sein du pays perse.

Le JCPOA ne présentait aucune garantie si l'un des pays se retirait du pacte unilatéralement comme cela s'est produit en 2018, donc le changement d'administration ou de présidence dans le cas de l'Iran peut à nouveau provoquer le retrait du pacte puisqu'il n'y a pas de conséquences directes. Ce mardi aura lieu un nouveau round de contacts à Vienne pour sauver l'accord sur le nucléaire iranien, où l'on verra l'impact de cette fuite ou si au contraire les deux pays sont plus disposés à trouver un accord qu'à utiliser l'enregistrement comme une arme dans les discussions.