L'Arabie saoudite voit en Oman un allié dans son rapprochement avec l'Iran

Le ministre saoudien des affaires étrangères s'est rendu à Oman pour renforcer les relations avec le sultanat en vue d'un futur accord avec l'Iran
El ministro de Asuntos Exteriores de Arabia Saudí, el príncipe Faisal bin Farhan Al Saud Ministerio de Asuntos Exteriores de Rusia via REUTERS

Ministerio de Asuntos Exteriores de Rusia via REUTERS  -   Le ministre des affaires étrangères de l'Arabie saoudite, le Prince Faisal bin Farhan Al Saud

Le prince saoudien Faisal bin Farhan a tenu une réunion bilatérale mardi avec le vice-premier ministre d'Oman chargé des affaires du cabinet, Fahd bin Mahmoud al-Said. Le sommet a permis de renforcer les relations entre le Sultanat et le Royaume et, surtout, de rapprocher l'Arabie saoudite et l'Iran dans un contexte de spéculation sur un éventuel apaisement des tensions. 

Le sommet bilatéral a permis de partager les objectifs des deux États. Les deux parties y ont discuté de l'évolution des derniers "événements régionaux et internationaux et des préoccupations communes" et ont renforcé leurs liens. À l'issue de la réunion, le roi saoudien Salman bin Abdulaziz al-Saud a adressé une invitation expresse au sultan omanais Haitham bin Tariq à se rendre dans le royaume dans les semaines à venir.

El rey saudí, Salman bin Abdulaziz Al Saud (R) se reúne con el viceprimer ministro de Omán, Fahd bin Mahmoud al Said, antes de la 40ª sesión del Consejo Supremo del Consejo de Cooperación del Golfo (CCG) PHOTO/ Agencia de prensa saudí
PHOTO/ Saudi Press Agency - Le roi saoudien Salman bin Abdulaziz Al Saud (R) rencontre le vice-premier ministre omanais Fahd bin Mahmoud al Said avant la 40e session du Conseil suprême du Conseil de coopération du Golfe (CCG).

Au cours des deux dernières semaines, le Sultanat d'Oman a été le témoin direct du rapprochement entre l'Iran et l'Arabie saoudite grâce aux visites de ses représentants à l'étranger. Le sultanat entretient des relations bilatérales vigoureuses avec les deux États, une position qui lui permet de jouer le rôle de modérateur dans l'espèce de guerre froide qui fait rage dans la région depuis plusieurs décennies. 

Fahd bin Mahmoud al-Said lui-même, qui est chargé de recevoir le prince saoudien à Mascate, a joué le rôle d'hôte la semaine dernière lorsqu'il a accueilli le chef de la politique étrangère iranienne, Mohammad Javad Zarif. Son homologue omanais, Sayyid Badr Hamad al-Busaidi, était également présent lors du sommet avec le représentant persan. Les deux parties ont souligné l'importance de résoudre les différends régionaux "par des moyens pacifiques et par le dialogue", dans une référence claire au Yémen. 

El  ministro de Asuntos Exteriores de Irán, Mohammad Javad Zarif AFP/ AHMAD AL-RUBAYE
AFP/ AHMAD AL-RUBAYE-Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif.

Le Qatar est, avec Oman, un autre des acteurs impliqués dans les tâches de médiation entre Riyad et Téhéran. S'il entretient depuis 2017 une crise diplomatique avec l'Arabie saoudite, le sommet d'Al-Ula qui s'est tenu en janvier dernier a posé les bases d'une nouvelle entente entre l'émirat et le reste des pays du Golfe.

Entre-temps, Javad Zarif lui-même tente d'approfondir les relations de la République islamique avec ces pays. La preuve en est la tournée diplomatique qu'il a entreprise ces dernières semaines dans plusieurs États de la région et qui s'est achevée par sa visite dans les capitales de Mascate et de Doha. L'Arabie saoudite, représentée par le prince Faisal bin Farhan, cherche à faire de même.

L'Iran et l'Arabie saoudite tentent tous deux d'imposer leurs conditions pour un futur accord de paix, et ils ont besoin pour cela du soutien majoritaire de leurs alliés régionaux. A priori, Riyad a un avantage grâce à ses liens avec l'Egypte, le Bahreïn et les Emirats arabes unis, entre autres. Les poids du côté iranien de la balance sont la Syrie, un Irak encore indéterminé et, malgré le sommet d'Al-Ula, le Qatar.

El príncipe heredero de Arabia Saudí, Mohammed bin Salman REUTERS/MANDEL NGAN
REUTERS/MANDEL NGAN-Le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed bin Salman
Arabie saoudite et Iran, rumeurs d'entente

Le prince héritier et dirigeant de facto en Arabie saoudite, Mohammed bin Salman, a comparé en 2018 les plans de l'ayatollah Ali Khamenei au Moyen-Orient à ceux déployés jadis par Adolf Hitler en Europe. Des déclarations bien éloignées de celles prononcées par MBS lui-même lors d'une interview diffusée il y a tout juste une semaine : " L'Iran est un pays voisin. Tout ce que nous demandons, c'est d'avoir une relation bonne et distinguée avec l'Iran. Nous ne voulons pas que la situation avec l'Iran soit difficile". 

MBS a ouvert la porte à une normalisation des relations, mais il a exigé que le régime iranien fasse sa part. "Notre problème est le comportement négatif de l'Iran, de son programme nucléaire à son soutien aux milices hors-la-loi dans la région, en passant par le lancement de missiles balistiques", a-t-il déclaré. Bien que le prince héritier ait fait part de son optimisme quant à "l'établissement d'une relation bonne et positive avec l'Iran qui profite à toutes les parties."

El líder supremo de Irán, el ayatolá Alí Jamenei AFP PHOTO / HO / KHAMENEI.IR
AFP PHOTO / HO / KHAMENEI.IR-Le leader suprême de l'Iran, l'Ayatollah Ali Khamenei

Téhéran a salué le changement de ton de l'Arabie saoudite. "Avec des négociations et une perspective constructive, les deux pays importants de la région et du monde islamique peuvent laisser leurs différences derrière eux et entrer dans une nouvelle phase de coopération et de tolérance pour apporter la stabilité et la paix dans la région", a déclaré le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Saeed Khatibzadeh.

Les origines du conflit entre Téhéran et Riyad remontent à 1979, année de la révolution iranienne. En plus d'inaugurer un paysage géopolitique multipolaire, l'ayatollah Khomeini a tenté d'exporter le format de sa rébellion dans d'autres pays de la région, un facteur qui a suscité l'insécurité dans la maison des Al-Saud. À partir de ce moment, une lutte s'engage entre les deux États pour dominer le Moyen-Orient. 

combatiente de las fuerzas leales al gobierno de Yemen respaldado por Arabia Saudí mantiene una posición contra los rebeldes hutíes en la provincia nororiental de Marib, el 16 de abril de 2021 PHOTO/AFP
PHOTO/AFP-Un combattant des forces loyales au gouvernement saoudien du Yémen tient une position contre les rebelles houthis dans la province de Marib, au nord-est du pays, le 16 avril 2021.

Les affrontements n'ont toutefois pas eu lieu à l'intérieur de leurs frontières respectives, mais se sont déplacés vers des pays tiers. Le Yémen en est le meilleur exemple. La fin de la guerre dans le pays est l'une des principales conséquences subordonnées à une éventuelle entente entre Riyad et Téhéran. Pour l'instant, la délégation américaine et saoudienne négocie avec les Houthis, soutenus par l'Iran, un cessez-le-feu qui permettrait au Yémen de reprendre son souffle après des années de dévastation.