L'assurance agricole peut-elle contribuer à garantir la sécurité alimentaire après une pandémie ?

Les perturbations liées aux pandémies et les catastrophes naturelles ont entraîné d'importantes pertes de récoltes en 2020
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AFP/ TONY KARUMBA  -   Plantation de café dans le comté de Kiambu

Dans un monde où les événements climatiques radicaux affectent de plus en plus la production agricole, l'assurance agricole devient une solution clé pour les producteurs afin de renforcer la sécurité économique et alimentaire.

L'industrie agricole mondiale a beaucoup souffert de l'épidémie COVID-19. Les mesures de blocus mises en place pour arrêter la propagation du virus ont entraîné de graves pénuries de main-d'œuvre et les récoltes ont souvent pourri dans les champs, tandis que les perturbations des chaînes d'approvisionnement locales et internationales ont fait que de nombreux produits n'ont tout simplement jamais atteint le marché.

Si ces facteurs ont exercé une pression importante sur les réserves alimentaires mondiales, une série de catastrophes naturelles a aggravé le problème.

Par exemple, certaines régions d'Afrique, du Moyen-Orient et d'Asie ont connu la pire infestation de criquets depuis des décennies, décimant les rendements et entraînant des pertes de récoltes et de bétail de 8,5 milliards de dollars rien qu'en Afrique de l'Est. Cela a ensuite exercé une pression non seulement sur les petites entreprises agricoles, mais aussi sur l'approvisionnement alimentaire local.

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AFP/SIA KAMBOU - Des femmes sélectionnent des tubercules de manioc sur un site de production d'"attieke", un plat d'accompagnement à base de manioc, à Affery

Les origines de l'infestation remontent à la mi-2018, lorsque le cyclone Mekunu est passé sur de vastes zones désertiques à l'extrémité sud de la péninsule du Golfe et dans certaines régions d'Afrique de l'Est.

Conséquence d'une grave sécheresse, qui a à son tour dévasté la production agricole de plusieurs pays africains, les fortes pluies associées au cyclone ont créé un terrain propice à la croissance et à la propagation des criquets, soulignant une nouvelle fois les effets secondaires des phénomènes météorologiques extrêmes.

Mise en œuvre de l'assurance agricole

Les phénomènes météorologiques extrêmes étant appelés à se multiplier avec régularité, l'assurance agricole est de plus en plus considérée comme un outil efficace pour protéger les agriculteurs contre les pertes financières liées aux récoltes, compenser la volatilité budgétaire liée à l'agriculture et stimuler la croissance du secteur, notamment dans les marchés émergents où l'agriculture représente une part importante du PIB.

Par exemple, en Afrique subsaharienne, l'agriculture représente 14 % du PIB et les cultures d'exportation sont une source majeure de devises étrangères, tandis que le secteur est le plus grand employeur sur l'ensemble du continent, ce qui signifie que toute perturbation grave des cultures pourrait avoir des effets néfastes sur de larges secteurs de la société.

Malgré son importance, le risque considérable associé aux pertes agricoles catastrophiques a fait que de nombreux assureurs ont hésité à proposer des produits d'assurance agricole sur les marchés émergents.

C'est pourquoi, dans certains cas, les autorités nationales sont intervenues pour aider à mettre en œuvre des régimes d'assurance à large base.

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AFP/ XAVIER BOURGOIS - Champs convertis à la culture du palmier à huile à Kango, à 60 km de Libreville

Par exemple, dans le cadre d'un programme public-privé lancé dans l'État du Gujarat en Inde, le gouvernement a subventionné une assurance agricole pour les petites et moyennes exploitations. La sécurité accrue résultant de l'accord a permis d'augmenter les flux de crédit aux agriculteurs, tant en termes de couverture que de taille, de 19% à 27% du portefeuille de prêts.

Entre-temps, en 2018, le gouvernement du Kenya a mis en œuvre la stratégie nationale de financement du risque de catastrophe, qui comprenait une initiative dans laquelle l'assurance agricole était placée aux côtés d'intrants de haute qualité et vendue aux agriculteurs sous forme de paquet.

Les agriculteurs reçoivent les paiements d'assurance par le biais de l'argent mobile, ce qui non seulement augmente la rapidité du soutien, mais contribue également à faciliter l'inclusion financière pour ceux qui n'ont pas de compte bancaire. On estime que plus d'un demi-million d'agriculteurs participent désormais au programme.

Compte tenu de l'énorme soutien fiscal offert aux gouvernements, aux entreprises et aux citoyens au cours de la pandémie, les partisans affirment que l'aide à l'établissement ou à l'expansion de l'assurance agricole pourrait fournir une plate-forme stable pour la croissance économique post-pandémie dans de nombreux marchés émergents.

Renforcer la sécurité alimentaire

Nombreux sont ceux qui pensent qu'une couverture d'assurance accrue pourrait également jouer un rôle clé dans le renforcement de la sécurité alimentaire après le COVID-19.

À la fin de l'année dernière, le Programme alimentaire mondial des Nations unies a estimé que le nombre de personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë avait augmenté de 82 % au cours de l'année 2020, pour atteindre 270 millions.

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PHOTO/AP - Inondations à Lenyari, dans la région administrative de Pibor, au Sud-Soudan

Les effets les plus dramatiques ont été ressentis dans les marchés émergents. Les Nations unies ont souligné que le Sud-Soudan, le Yémen et le nord du Nigeria étaient les régions les plus exposées à une insécurité alimentaire dangereusement élevée.

Ces défis ont toutefois suscité un certain nombre de réponses intergouvernementales pour résoudre le problème, avec des solutions régionales élaborées pour faciliter l'acheminement des fournitures essentielles.

Par exemple, en avril de l'année dernière, le Conseil de coopération du Golfe a mis en place un réseau intégré de sécurité alimentaire, développé une réserve alimentaire stratégique et réalisé des investissements importants dans l'agriculture locale.

Ailleurs, la pandémie a accéléré l'adoption de diverses mesures associées à la zone de libre-échange continentale africaine, notamment la mise en place de chaînes d'approvisionnement régionales plus efficaces et plus souples, tandis qu'en Amérique latine, une déclaration a été signée par 26 pays exprimant leur engagement à sauvegarder le secteur agricole de la région.