Le Bangladesh et (soudainement) l'Espagne

L'ambassadeur Arturo Perez Martinez nous fournit un document à la fois illustratif et curieux sur le Bangladesh
Bangladesh y (de repente) España

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Bien qu'un changement de tendance ait eu lieu récemment, les diplomates espagnols ne se caractérisent pas par une production littéraire volumineuse accessible au grand public. Les archives du ministère des Affaires étrangères sont sûrement pleines de dossiers, de notes et de communications secrètes avec lesquelles on pourrait retracer l'histoire tumultueuse des succès et des erreurs, parfois décisifs et transcendants, mais toujours avec des conséquences, qui ont façonné le rôle de l'Espagne dans le monde.

L'ambassadeur Arturo Pérez Martínez nous fournit un document à la fois illustratif et curieux sur l'un des pays dans lesquels il a servi, généralement loin des projecteurs des médias, qui n'apparaît sur le devant de la scène que lors des graves inondations annuelles causées par la mousson, ou en raison des tragédies humaines provoquées par l'effondrement des bâtiments, sous les décombres desquels périssent des centaines d'ouvriers du textile.

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Le Bangladesh et (soudainement) l'Espagne. Historias de dos países" (Ed. Nueva Estrella), écrit avec le professeur hispano-bangladais Chaklader Mahboob-Ul Alam, nous raconte tout cela et bien plus encore, à commencer par les vicissitudes liées à l'ouverture d'une ambassade. Et qu'avait manqué à l'Espagne pour installer une représentation diplomatique complète à Dhaka ? Lorsque l'ambassadeur Pérez Martínez recevra cette mission en 2007, l'Espagne sera le point de destination d'une immigration illégale massive du Bangladesh. Sa première mission sera donc de faire évoluer ce flux vers des canaux légaux, une tâche qu'il admet lui-même ne pas avoir réussi à mener à bien. C'est aussi le moment culminant de la délocalisation de nombreuses entreprises européennes et, bien sûr, espagnoles vers l'Asie, grâce à des salaires et des conditions de travail nettement inférieurs et très éloignés des paramètres exigés sur le territoire de l'Union européenne.

Sans renoncer à son statut de diplomate, M. Pérez Martínez n'esquive aucune des questions délicates qui se posent dans les relations entre l'Espagne et le Bangladesh, notamment l'éternel problème de la corruption et des commissions, ou plutôt des pots-de-vin, auquel tout homme d'affaires doit faire face pour travailler dans ce pays et dans tout autre pays asiatique avec une quelconque garantie de succès.

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Un projet ambitieux mais concis

Comme il est évident, la première condition pour un ambassadeur qui se vante d'un tel titre est d'avoir une connaissance approfondie du pays dans lequel il est le représentant officiel de son pays d'origine. Arturo Pérez Martínez et Chaklader Mahboob-Ul Alam, sans pour autant accabler le lecteur, offrent un aperçu historique et géographique de grand intérêt, assaisonné des épisodes les plus récents, en particulier le processus d'indépendance d'abord de l'Empire britannique en tant que Pakistan oriental, puis en tant que scission de ce dernier, naturellement avec l'aide de l'Inde, et la construction correspondante du pays, dirigée par le cheikh Mujibur Rahman, qui a été assassiné avec sa famille en 1975. Le procès pénal des auteurs du massacre ne commencera qu'en 1996, mais il durera jusqu'au 3 janvier 2010, date à laquelle le tribunal prononce cinq condamnations à mort, exécutées après minuit le 27 janvier après avoir épuisé les derniers recours et ignoré les demandes de report des ambassadeurs européens, alors sous la présidence tournante de l'Espagne.

Mais, à côté de la pilule amère de l'assistance et même de l'"échec" dans des situations comme celle-ci, il y en a beaucoup d'autres où une gestion, une médiation, une décision ou une intervention décisive est réussie, ce qui se traduit par l'évitement d'une arrestation prolongée, ou peut-être quelque chose de plus grave ; une entreprise qui parvient enfin à s'établir, à décoller et à multiplier sa production, ou par l'ouverture de nouveaux canaux de relations et d'affaires entre les entrepreneurs des deux pays.

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Le livre, abondamment illustré de cartes et de photographies impeccablement éditées, se termine par la découverte de quelques-uns des nombreux monuments d'intérêt historique et touristique qui entourent le Bangladesh, un guide d'un grand intérêt pour le grand nombre de personnes qui n'ont jamais mis les pieds dans un pays qui n'a plus besoin des fonds espagnols d'aide au développement, conséquence de la multiplication exponentielle de son PIB. C'est l'aboutissement d'un voyage complet à travers un territoire ayant plus de quatre mille ans d'histoire, préfacé dans le livre par le prix Nobel de la paix Muhammad Yunus, le professeur d'économie qui a inventé les microcrédits et inspiré le monde des trois zéros : zéro pauvreté, zéro émission nette de carbone et zéro chômage. Un programme bref mais gigantesque pour un monde aussi globalisé qu'interdépendant.  C'est lui-même qui fait l'éloge de cet ouvrage, le décrivant comme "ambitieux, mais concis", après avoir reconnu qu'il ne s'attendait pas à un résultat aussi complet et varié par rapport au premier livre de ce type qui, selon ses propres connaissances, paraît en espagnol.