PUBLICIDAD

Iberdrola

Le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas se brise

La marche des drapeaux a été le déclencheur d'une nouvelle escalade de la tension
Atalayar_Ataque Gaza

AFP/MAHMUD HAMS  -   Explosions dans les bâtiments de la ville de Gaza alors que les forces israéliennes bombardent l'enclave palestinienne, tôt le 16 juin 2021

Israël revit les moments de tension qui ont précédé 11 jours d'hostilités entre l'armée israélienne et le Hamas. La marche des drapeaux, qui avait été reportée le 10 mai en raison du conflit ouvert entre Gaza et le pays hébreu, a une nouvelle fois révélé l'atmosphère de tension qui règne dans le pays. Ce défilé, qui commémore l'occupation de Jérusalem-Est par les colons israéliens pendant la guerre des Six Jours, a ébranlé le fragile cessez-le-feu que le Hamas et Israël maintiennent pour l'instant.

La porte de Damas au cœur de la vieille ville de Jérusalem, qui donne accès au quartier musulman, a été protégée de l'arrivée imminente de milliers d'extrémistes juifs qui ont crié "mort aux Arabes" dans les rues de la ville face à une contre-manifestation d'Arabes israéliens. Cette fois, la marche des drapeaux a emprunté un itinéraire différent de l'habitude afin d'éviter les confrontations ouvertes entre la population arabe et les manifestants juifs.

Atalayar_Marcha de las Banderas Jerusalén
PHOTO/AP - Des ultranationalistes juifs agitent des drapeaux israéliens lors de la "Marche des drapeaux", près de la porte de Damas, à l'extérieur de la vieille ville de Jérusalem

La marche des drapeaux, dont l'itinéraire a été modifié pour éviter de traverser des zones à majorité musulmane, a été interprétée comme un défi au gouvernement de coalition nouvellement formé avec l'ultra-nationaliste Naftali Bennet comme premier ministre. Benjamin Netanyahou, aujourd'hui chef de l'opposition et précédemment Premier ministre pendant 12 ans, a décidé la semaine dernière de reporter la marche pour la deuxième fois afin de la faire coïncider avec les premiers jours du nouveau gouvernement.

Comme prévu, la marche a provoqué des affrontements entre les manifestants ultranationalistes et la population arabe qui se sont soldés par l'arrestation de 17 Palestiniens et 33 autres ont été blessés par les actions des forces de sécurité israéliennes, selon le Croissant-Rouge. Par ailleurs, un porte-parole de la police israélienne a indiqué que deux officiers ont été blessés lors des affrontements, au cours desquels de jeunes Palestiniens ont jeté des pierres sur des policiers.

Atalayar_Naftali Bennet, primer ministro de Israel
PHOTO/AP - Le nouveau premier ministre israélien, Naftali Bennet

Le Hamas avait déjà prévenu qu'il riposterait si cette marche avait lieu et l'a qualifiée de "provocation". Le Hamas, qui s'est imposé comme le grand défenseur de la population arabe de Jérusalem lors des derniers affrontements qui ont entraîné la cessation des hostilités entre la bande de Gaza et le pays hébreu pendant 11 jours, a rompu la trêve le matin même en représailles à la controversée Marche des drapeaux. Selon l'agence de presse Efe, les partisans du Hamas ont lancé des dizaines de ballons incendiaires en direction d'Israël, ce qui a provoqué une vingtaine d'incendies dans les champs ouverts des communautés proches de la frontière.

Face à cette attaque, l'armée israélienne a de nouveau déployé son artillerie et a répondu aux premières heures de la matinée d'hier en lançant plusieurs frappes aériennes sur l'enclave. Selon les Forces de défense israéliennes (FDI), les attaques de missiles visaient des installations militaires appartenant aux Brigades al-Qassam, la branche armée du mouvement islamique, et aucune victime n'a été signalée jusqu'à présent. "Les FDI sont préparées à tous les scénarios, y compris la reprise des hostilités, face à la poursuite des actes terroristes depuis la bande de Gaza", a déclaré le porte-parole des FDI dans un communiqué.

Atalayar_Ataques simpatizantes Hamás
AFP/MAHMUD HAMS - Un manifestant palestinien lance un projectile enflammé en direction des forces israéliennes lors d'une manifestation dans l'est de la ville de Gaza, près de la frontière avec Israël

Le Hamas a décrit cette nouvelle attaque comme une "tentative ratée de mettre fin à la solidarité et à la résistance de notre peuple envers la ville sainte". Par ailleurs, le mouvement de résistance a estimé que cette journée était une "confirmation" de la situation de dissuasion après la confrontation de 11 jours, puisque, selon le Hamas, Israël a dû modifier les itinéraires des vols et le parcours de la Marche des drapeaux, ainsi qu'intensifier le déploiement du Dôme de fer en raison de la crainte d'éventuels tirs de roquettes depuis la bande. Le cessez-le-feu semble de plus en plus fragile à mesure que les tensions entre les deux parties s'intensifient. Le Hamas reproche également à Israël de bloquer l'injection mensuelle d'argent en provenance du Qatar. De son côté, Israël veut conditionner tout progrès dans les négociations à un échange de prisonniers.

Atalayar_Ataques simpatizantes Hamás
AFP/MAHMUD HAMS - Des manifestants palestiniens brandissent des drapeaux nationaux alors qu'ils brûlent des pneus lors d'une manifestation à l'est de la ville de Gaza, près de la frontière avec Israël

Tant Israël que le Hamas ont prévenu que le cessez-le-feu négocié par l'Égypte était fragile, ce qui est devenu évident avec les affrontements qui ont eu lieu hier dans la journée. Selon le quotidien Hareetz, les services de renseignement égyptiens ont fait pression sur les dirigeants du Hamas pour éviter une escalade. Pour sa part, le nouveau gouvernement de coalition se trouve dans une situation quelque peu délicate.

Le centriste Yair Lapid, nouvellement nommé ministre des Affaires étrangères et acteur clé de la formation du nouveau gouvernement israélien, a condamné sur son compte Twitter "l'utilisation du drapeau israélien par des éléments extrémistes sur fond de haine et de racisme". "Ce n'est pas digne des Juifs ou des Israéliens, ce n'est pas ce que symbolise le drapeau". Mais à deux jours de la formation du nouveau gouvernement, les premiers obstacles commencent à apparaître.

Atalayar_Yair Lapid, ministro de Asuntos Exteriores de Israel
PHOTO/REUTERS - Yair Lapid, ministre israélien des Affaires étrangères

Naftali Bennet, le nouveau Premier ministre, ne peut se permettre de faire preuve de retenue face à la violence du Hamas alors que Netanyahou, désormais chef de l'opposition, l'a traité de "faux" et de "menteur" pour avoir rejoint un "dangereux gouvernement de gauche". Bien que l'autoproclamé "gouvernement du changement" ait proposé une approche différente dans ses relations avec la minorité arabe, l'attaque d'hier de l'armée israélienne a clairement montré que les relations avec le Hamas et la bande de Gaza suivront la même ligne dure que celle de l'administration précédente.