Le conflit afghan saigne le pays

Entre janvier et juin de cette année, le conflit a fait au moins 1 659 morts et 3 254 blessés et des milliers de soldats afghans ont fui vers les pays voisins
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REUTERS/DRAZEN JORGIC  -   Des soldats pakistanais montent la garde alors que des citoyens rentrent d'Afghanistan dans la ville frontalière de Chaman, au Pakistan

La situation en Afghanistan devient de plus en plus critique et l'avancée des talibans menace le déclenchement d'une nouvelle guerre civile dans ce pays d'Asie centrale. Le retrait des troupes internationales, suite à l'annonce du président américain Joe Biden, a provoqué une offensive du groupe d'insurgés qui, depuis mai, a réussi à s'emparer de près de 125 des 407 districts afghans, le plus grand nombre en si peu de temps.

L'instabilité pressante en Afghanistan commence à avoir des répercussions sur les pays voisins. La Russie a mobilisé ses troupes aux frontières du Tadjikistan et de l'Ouzbékistan avec l'Afghanistan, où elle effectuera des exercices militaires au cours du mois d'août. La mobilisation de chars et de soldats à la frontière avec l'Afghanistan, sous prétexte d'effectuer des manœuvres militaires, coïncide avec l'avancée des talibans dans ce pays d'Asie centrale, qui ont réussi ces dernières semaines à prendre le contrôle de plusieurs postes frontaliers avec le Tadjikistan et l'Ouzbékistan.

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AFP/AFP - Carte de l'Asie centrale montrant le Tadjikistan, où la Russie, le Tadjikistan et l'Ouzbékistan doivent organiser des exercices militaires près de la frontière avec l'Afghanistan

En plus de devoir faire face à l'offensive des talibans, le gouvernement de Kaboul doit gérer une nouvelle crise diplomatique avec le Pakistan, qu'il a accusé à plusieurs reprises de soutenir les insurgés. À la mi-juillet, Kaboul a accusé Islamabad de torpiller une offensive des forces afghanes visant à reprendre le contrôle du poste frontière de Spin Boldak-Chaman avec le Pakistan. De son côté, le gouvernement d'Islamabad a démenti ces accusations et a souligné "le droit du gouvernement afghan à agir sur son territoire souverain".

De même, lundi dernier, compte tenu de la situation délicate dans le pays d'Asie centrale qui s'étend au pays voisin, le gouvernement de Kaboul a décidé de retirer son personnel diplomatique à Islamabad après que la fille de son ambassadeur ait été brièvement kidnappée et torturée. Le ministère afghan des affaires étrangères a déclaré que l'ambassadeur et le reste de son personnel diplomatique resteront à Kaboul jusqu'à ce que les auteurs de l'enlèvement "soient punis par le gouvernement pakistanais et que l'ambassadeur afghan et la sécurité du personnel diplomatique au Pakistan soient assurés".

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Ministerio de Asuntos Exteriores de Rusia/Handout via REUTERS - Le président de l'Ouzbékistan, Shavkat Mirziyoyev, le président de l'Afghanistan, Ashraf Ghani, et le premier ministre du Pakistan, Imran Khan

Dans un contexte de tensions entre le Pakistan et l'Afghanistan, quarante-six soldats afghans se sont réfugiés dans le pays voisin après avoir perdu le contrôle de positions militaires de l'autre côté de la frontière à la suite de l'avancée des insurgés talibans, a indiqué l'armée pakistanaise (ISPR). Ces dernières semaines, des centaines de soldats de l'armée afghane et de fonctionnaires civils ont également fui vers le Tadjikistan, l'Iran et le Pakistan à la suite de l'offensive du groupe insurgé dans plusieurs zones frontalières.

Selon le communiqué officiel de l'ISPR, "ces soldats afghans sont arrivés dans le secteur Arundu de Chitral tard dans la soirée. Après contact avec les autorités afghanes et les formalités militaires nécessaires, 46 soldats, dont cinq officiers, ont reçu l'asile et un passage sûr vers le Pakistan". "Les soldats afghans ont reçu de la nourriture, un abri et les soins médicaux nécessaires, conformément aux normes militaires établies", ajoute le communiqué.

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PHOTO/ALEXANDER ZEMLIANICJHENKO via REUTERS - Le mollah Abdul Ghani Baradar, chef adjoint et négociateur des talibans, et d'autres membres de la délégation assistent à la conférence de paix afghane à Moscou, en Russie

La déclaration indiquait également que les soldats et les officiers seraient rendus au gouvernement afghan "d'une manière digne, après une procédure régulière". Au début du mois de juillet, plus de 1 000 membres des forces de sécurité afghanes ont traversé la frontière pour se réfugier au Tadjikistan à la suite des avancées des talibans dans le nord de l'Afghanistan. Les talibans se sont emparés de six districts clés dans la province septentrionale de Badakshan, à la frontière du Tadjikistan et de la Chine, après quoi 1 037 militaires afghans ont fui à travers la frontière avec l'autorisation du Tadjikistan. 

Cette recrudescence de la violence en Afghanistan est reflétée dans le dernier rapport de la Mission d'assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA), qui indique que le nombre de victimes civiles a augmenté de 47 % dans ce pays d'Asie centrale au cours du premier semestre de l'année, ce qui coïncide avec le retrait des troupes internationales du pays. Selon la MANUA, au moins 1 659 personnes ont été tuées et 3 254 blessées entre janvier et juin de cette année en raison du conflit.

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PHOTO/REUTERS - Des hommes afghans portent le corps d'un civil dans un hôpital après une attaque à Jalalabad, en Afghanistan

Malgré la situation difficile dans ce pays d'Asie centrale, les pourparlers intra-afghans entre le gouvernement de Kaboul et les talibans restent bloqués. Le 16 juillet, les deux délégations se sont à nouveau rencontrées dans le cadre du processus de négociations de paix au Qatar, mais la seule chose qui a été convenue est la poursuite des pourparlers. Selon la chaîne de télévision afghane Tolo TV, la prochaine réunion pourrait avoir lieu début août.