Le conflit du Sahara s'envenime après le désaccord Rabat-Algérie

Le Russe Alexander Ivanko sera le nouveau chef de la mission de l'ONU au Sahara
PHOTO/ONU/MARTINE PERRET  -   Las fuerzas de mantenimiento de la paz de la Misión de las Naciones Unidas para el Referéndum del Sáhara Occidental (MINURSO) consultan un mapa mientras recorren vastas zonas desérticas de Esmara, en el Sáhara Occidental

PHOTO/ONU/MARTINE PERRET  -   Des soldats de la paix de la Mission des Nations Unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (MINURSO) consultent une carte alors qu'ils traversent les vastes zones désertiques de Smara, au Sahara occidental

Le conflit du Sahara occidental est plus ancré que jamais après la rupture, cette semaine, des relations entre le Maroc et l'Algérie, les deux pays les plus impliqués dans une confrontation qui dure depuis près d'un demi-siècle.

Hier, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a annoncé la nomination du Russe Alexander Ivanko comme nouveau représentant spécial et chef de la mission de l'ONU (Minurso) dans le territoire. Sa nomination a été interprétée à tort par certains médias comme mettant fin au vide créé après la démission de l'envoyé personnel pour le Sahara, l'Allemand Horst Köhler, il y a plus de deux ans.

Cependant, un porte-parole de l'ONU a précisé à Efe que le poste d'envoyé personnel "reste vacant" et que M. Ivanko ne fait que remplacer le Canadien Colin Stewart à un poste qui concerne les questions opérationnelles et non politiques.

AFP/JOHANNES EISELE  -   El primer ministro de Marruecos, Saad-Eddine El Othmani, habla durante el 74º período de sesiones de la Asamblea General de las Naciones Unidas
AFP/JOHANNES EISELE - Le Premier ministre marocain Saad-Eddine El Othmani s'exprime lors de la 74e session de l'Assemblée générale des Nations unies.

Le chef de la Minurso, résidant à El Aaiún, dirige cette mission de casques bleus qui, depuis des années, a été réduite, par imposition marocaine, à une simple observation du cessez-le-feu, et qui, contrairement aux autres missions de paix, n'a aucun rôle dans la surveillance des droits de l'homme et n'a aucun contact avec la société civile au Sahara.

Des pays tels que l'Espagne, la France et les États-Unis n'ont cessé d'exhorter le Secrétaire général à nommer un Envoyé personnel chargé d'amener les candidats à la table des négociations et de tenter de trouver une solution politique, bien que Guterres lui-même ait reconnu que ce n'était pas une tâche facile après avoir sondé sans succès plusieurs candidats.

Le dernier nom à avoir été divulgué au début de l'année était celui du diplomate italo-suédois Staffan de Mistura, soutenu par le Polisario et auquel le Maroc aurait opposé son veto ; dans le passé, c'était l'inverse : les candidats soutenus par Rabat se voyaient systématiquement opposer le veto d'Alger.

AFP/FADEL SENNA  -  -   El personal de la Misión de las Naciones Unidas para el Referéndum del Sáhara Occidental (MINURSO)
AFP/FADEL SENNA - Personnel de la Mission des Nations unies pour le référendum au Sahara occidental (MINURSO)

Lorsque Köhler a démissionné de son poste en mai 2019, il a invoqué des "raisons de santé" qui sonnaient comme une excuse, car il n'a échappé à personne que, durant son mandat, il n'a pas réussi à faire bouger d'un iota les positions irréconciliables du Maroc et du Polisario, pas même lors des deux cycles de pourparlers entre les parties qu'il a facilités à Genève en 2018 et 2019 : lors de ces pourparlers, les rivaux ne se sont même pas assis à la même table.

À la fin de ces pourparlers frustrés, le Maroc a clairement indiqué qu'il n'avait pas l'intention de retourner à une hypothétique table de négociation à moins que l'autre pays ayant des intérêts dans la région, l'Algérie, qui pour Rabat est celui qui héberge, arme, finance et dirige le mouvement sahraoui, ne s'y assoie, et pas avec un simple statut d'observateur.

Une rupture définitive 

Il est plus compliqué que jamais pour Alger et Rabat de s'asseoir à la même table, après que le gouvernement algérien a annoncé mardi dernier une rupture diplomatique avec son voisin occidental, qu'il accuse de divers actes d'hostilité ; le lendemain, le gouvernement marocain a ordonné l'évacuation de son ambassade à Alger.

AFP/JOHANNES EISELE  -   El primer ministro de Marruecos, Saad-Eddine El Othmani, habla durante el 74º período de sesiones de la Asamblea General de las Naciones Unidas

En réalité, la fermeture des ambassades était pratiquement la dernière chose qui restait à rompre entre deux États voisins dont les frontières terrestres sont fermées depuis 1994, qui n'ont aucun commerce commun et qui ne partagent même pas d'informations sur le terrorisme ou l'émigration dans une zone où ces problèmes définissent leur profondeur géopolitique et marquent leur relation avec l'Union européenne.

Sans envoyé personnel nommé par Guterres, sans relations diplomatiques entre les deux poids lourds du Maghreb, dans lequel il se trouve : alors que le Maroc n'offre qu'une autonomie tout ou rien aux contours flous, le Polisario exige un référendum avec option d'indépendance.

Et bien que le Polisario ait rompu le cessez-le-feu avec le Maroc en novembre dernier, mettant ainsi fin à une trêve de trente ans, ce geste n'a pas non plus réussi à faire bouger l'échiquier : ni le Maroc n'a évoqué publiquement cette guerre, ni le Conseil de sécurité.

Si la Minurso l'a indiqué dans ses rapports internes au Conseil, la haute politique l'a rangé dans un tiroir, le transformant en une guerre inexistante.