Le Conseil de Sécurité de l'Iran rejette les conditions d'un retour à l'accord nucléaire

La République Islamique a confirmé qu'elle est capable d'enrichir de l'uranium à 90%
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PHOTO/AFP  -   Ali Rabiei, porte-parole du gouvernement iranien

Le retour à l'accord nucléaire américano-iranien continue de s'éterniser dans un processus qui s'éternise. Aucun des deux pays ne veut être le premier à céder, une position qui entrave la compréhension entre les deux. L'Iran exige que les États-Unis fassent le premier pas, puisque ce sont eux qui ont décidé de se retirer unilatéralement du pacte nucléaire en 2018, et qu'ils lèvent toutes les sanctions financières imposées au pays perse. Les États-Unis demandent toutefois à la République islamique de revenir aux objectifs fixés dans l'accord sur son programme nucléaire.

En avril dernier, les États-Unis et l'Iran ont décidé de revenir à la table des négociations dans le cadre d'un processus baptisé "pourparlers de Vienne". Les différentes délégations des pays signataires du pacte - Chine, Russie, Royaume-Uni, France et Allemagne - ainsi que l'Union européenne, négocient avec l'Iran les conditions d'un retour au pacte nucléaire de 2015. Parallèlement à ces pourparlers, la République islamique et les États-Unis mènent des discussions indirectes.

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WANA/MAJID ASGARIPOUR - Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif (G), rencontre le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique, Rafael Grossi (D), à Téhéran, en Iran, le 21 février 2021

Six cycles de négociations plus tard, les négociations sont pratiquement revenues au point de départ. De même, les relations entre le pays perse et les États-Unis semblent se tendre de plus en plus, les deux pays s'étant reproché à de multiples reprises de torpiller le retour au pacte nucléaire, bien que les gouvernements de Washington et de Téhéran aient insisté sur le fait que leur objectif était de récupérer le plan d'action global conjoint (JCPOA). Le septième cycle de négociations, qui devait être le dernier et le plus décisif, a été reporté sine die à la demande de l'Iran. La République islamique a indiqué qu'il faudra attendre que le nouveau président iranien, Ebrahim Raisi, prête serment et forme un gouvernement pour que les pourparlers de Vienne reprennent.

À tous ces obstacles s'ajoute un nouveau revers de la part du Conseil de sécurité de l'Iran. Ali Rabiei, porte-parole de l'administration sortante du président iranien Hassan Rohani, a déclaré que le Suprême Conseil National de Sécurité du pays a rejeté une proposition d'accord visant à rétablir le JCPOA et à limiter le programme nucléaire iranien en échange d'un allègement des sanctions. Selon M. Rabiei, l'organisme a rejeté le nouvel accord comme étant "non conforme" à un projet de loi parlementaire.

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PHOTO/Bureau présidentiel iranien via AP - Le président Hassan Rouhani, deuxième à droite, écoute le chef de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique, Ali Akbar Salehi, alors qu'il visite une exposition sur les nouvelles réalisations nucléaires de l'Iran à Téhéran, en Iran

En décembre dernier, le Parlement iranien a adopté un projet de loi incitant le président de la nation à mettre fin aux inspections nucléaires internationales dirigées par l'Organisation des Nations unies (ONU), et la nouvelle législation stipule la production d'uranium enrichi à 20 % à des fins pacifiques et l'augmentation de son stock de matières fissiles, en grande partie en violation de l'accord nucléaire de 2015. M. Rohani a critiqué l'adoption de cette loi et a déclaré que le gouvernement de Téhéran n'était pas d'accord avec cette décision, qu'il jugeait "préjudiciable aux efforts diplomatiques".

Malgré les propos de l'exécutif, le parlement iranien, contrôlé par les partis de la ligne dure, a fait passer son projet de loi et la République islamique a réussi à enrichir l'uranium à 60 %, un chiffre bien supérieur aux 3,67 % convenus dans le pacte nucléaire. Dans le même ordre d'idées, et dans le but de faire pression sur les Etats-Unis pour qu'ils acceptent les conditions imposées par la République islamique pour récupérer le PAIC, le président iranien lui-même a affirmé la semaine dernière que son pays était capable d'enrichir de l'uranium à 90%. "Si un jour 90 % sont nécessaires pour un quelconque réacteur, nous pouvons y parvenir", a déclaré M. Rohani.

Le rejet par le Conseil national de sécurité iranien d'une prétendue proposition pourrait ébranler tout espoir d'accord entre les États-Unis et la République islamique. Le porte-parole du gouvernement iranien a précisé qu'en conséquence de la décision prise par cet organe, les négociations ne se poursuivront pas tant que "toutes les exigences énoncées dans cette loi ne seront pas satisfaites, les négociations seront reportées jusqu'à la remise complète de l'administration, et la nouvelle équipe de négociation en sera responsable".

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PHOTO/REUTERS - Logo de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA)

Ali Rabiei a ajouté, dans une déclaration rapportée par l'agence de presse Mehr, que "les positions de la République islamique d'Iran concernant le JCPOA ont toujours été préparées et suivies conformément aux instructions des organes décisionnels suprêmes". Toutefois, les États-Unis n'ont pas confirmé la proposition à laquelle Rabiei a fait référence et le département d'État américain a précédemment nié qu'un accord final ait été conclu entre les parties.

Un retour à l'accord nucléaire semble de plus en plus éloigné et il faudra attendre que le président nouvellement élu de l'Iran, Ebrahim Raisi, prête serment en août avant de pouvoir déterminer l'avenir du JCPOA. Lors de sa première conférence de presse devant les médias après son élection en tant que nouveau président, M. Raisi a déclaré qu'il reprendrait l'héritage de l'administration Rohani et poursuivrait les pourparlers de Vienne, même si l'on s'attend à ce que la position de M. Raisi soit plus ferme sur les exigences et la levée des sanctions à l'égard de l'Iran.