Le Darfour en crise après l'annonce de la fin de la mission de l'ONU

Des affrontements intercommunautaires se produisent après la détermination des Nations unies à mettre fin au mandat de la MINUAD
Membres de la Mission de l'Union africaine au Darfour (MINUAD) dans le camp de Zamzam pour les personnes déplacées dans le nord du Darfour

AFP/ASHRAF SHAZLY  -   Membres de la Mission de l'Union africaine au Darfour (MINUAD) dans le camp de Zamzam pour les personnes déplacées dans le nord du Darfour

Suite à la décision du Conseil de sécurité des Nations unies de mettre fin au mandat de la MINUAD le 31 décembre 2020, des conflits intercommunautaires ont éclaté au Darfour-Sud. Les conflits entre les communautés Fallata, principalement des pasteurs, et les éleveurs de bétail de la tribu Masalit pour le contrôle de l'eau dans la région. Ces deux tribus ont signé un accord de réconciliation en octobre, que les parties disent ne pas avoir mis en œuvre. Deux jours après ces événements, des affrontements ont également eu lieu au Darfour occidental entre les tribus Fallata et Rizeiigat. Là aussi, une trêve a été signée en mai, suivie d'un autre document de réconciliation en août. Les autorités soudanaises, après le premier incident, ont annoncé l'envoi de troupes dans la province du Sud Darfour pour renforcer le déploiement de sécurité et protéger la population. Le gouverneur de la région, Musa Mahdi, a réuni les commandants militaires et les dirigeants locaux pour sécuriser la zone, déclarant que l'ère des conférences de réconciliation est terminée et que l'ère de l'application de la loi commence maintenant, se référant aux deux conférences de paix intercommunautaires mentionnées ci-dessus.

Ces développements surviennent peu après que le Conseil de sécurité ait décrété, le 23 décembre, le départ définitif de la mission de la MINUAD du Soudan, après 13 ans de mission. Cette décision a été prise après la signature de l'accord de paix en octobre dernier avec les deux principaux dirigeants des groupes armés toujours actifs au Darfour. Le conflit au Darfour a débuté en 2003 et la mission des Nations unies et de l'Union africaine en 2007, suite à l'explosion de violence des groupes armés et de l'État. Du 1er janvier 2021 au 30 juin de cette année, il y aura une phase transitoire au cours de laquelle une partie des troupes et du personnel de police de la mission restera sur le terrain pour sécuriser la zone. Parallèlement à l'annonce du départ de la MINUAD, la mission UNITAMS mise en place le 3 juin avec pour mandat d'assurer la transition prendra le relais. Plus précisément, selon le texte de la déclaration du Conseil de sécurité, la mission UNITAMS aura les objectifs suivants : aider à la transition politique, (...) à la protection et à la promotion des droits de l'homme et d'une paix durable ; (...) aider à la consolidation de la paix, à la protection des civils et de l'État de droit, en particulier au Darfour et dans les deux zones, et soutenir la mobilisation de l'aide économique et au développement et la coordination de l'aide humanitaire. Cette mission est donc différente, en termes d'objectifs et de capacités, de la précédente mission de la MINUAD, qui avait 16 000 personnes sur le terrain jusqu'en 2017 avec pour objectif de préserver la sécurité dans la région. 

Personal de mantenimiento de la paz de Ruanda, que forma parte de la misión de la ONU y la Unión Africana en Darfur (UNAMID), hace guardia en la ciudad de Golo, en el centro de Darfur
AFP/ASHRAF SHAZLY - Des soldats de la paix rwandais, membres de la mission de l'ONU et de l'Union africaine au Darfour (MINUAD), montent la garde dans la ville de Golo, au centre du Darfour

Après l'annonce du départ des Nations unies, des manifestations ont eu lieu dans plusieurs camps de réfugiés au Soudan et dans les pays voisins, comme le Tchad et la République centrafricaine. Des exemples tels que les incidents au Sud Darfour ont conduit à une situation où les manifestants ne croient pas que le gouvernement sera en mesure de protéger la population civile ou de mettre fin à la violence communautaire dans la région, malgré le fait que le gouvernement de transition soudanais se soit engagé à protéger les citoyens du Darfour, en particulier ceux des camps de réfugiés, en assurant leur retour. 

Bien que cette mission ait été approuvée en juin 2020, elle n'est pas encore opérationnelle, il n'y a pas de chef de mission, et elle n'a pas été établie sur le terrain. Il est prévu que pendant les six mois du départ de la MINUAD, la mission UNITAMS sera virtuellement déployable, sinon il pourrait y avoir un vide sécuritaire. Il semble que la mission UNITAMS ne sera pas prête avant la fin de 2021, le gouvernement soudanais devra donc faire un effort plus important pour maintenir la sécurité, surtout pendant les mois où il n'y a pas de mission de soutien des Nations unies sur le terrain. Selon l'évaluation de l'ONU, la guerre au Darfour entre 2003 et 2008 a fait 300 000 morts et 2,5 millions de réfugiés et de personnes déplacées.