Le Japon se réarme en prévision d'une éventuelle ingérence chinoise dans l'affaire des îles Senkaku

Les dernières intrusions de la Chine dans les eaux japonaises près des îles Senkaku ont incité le Japon à se réarmer militairement afin de maintenir son contrôle sur ces îles
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PHOTO/REUTERS  -   Soldats de la défense japonaise pendant les exercices

Le Japon a l'intention de déployer des avions de combat F-35B dans la zone de la base de Nyutaburu en 2024 afin d'accroître les capacités de défense des îles Senkaku, contre le déploiement de huit avions de combat. Parallèlement, ces dernières heures, le ministre chinois de la défense, Nobuo Kishi, a déclaré aux médias que le gouvernement prévoyait de déployer entre 500 et 600 soldats supplémentaires chargés de la défense antimissile sur l'île d'Ishigakijima, l'une de ses îles les plus occidentales dans le Pacifique, afin de renforcer les capacités des alliés à contrer le blocus militaire de la Chine. Ce déploiement interviendrait à l'extrémité de la chaîne d'îles Nansei, située à seulement 185 miles de Taïwan et à proximité des îles Senkaku contestées. 

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PHOTO/FUERZA AÉREA DE EE.UU via REUTERS - US Air Force F-35A à Hill Air Force Base, Utah, USA

D'une superficie de seulement sept kilomètres carrés et composées de cinq archipels inhabités, les îles Senkaku sont devenues l'un des principaux points de discorde dans les relations bilatérales entre la Chine et le Japon au cours des 20 dernières années. Dans ce contexte, encadré par des tensions croissantes, plusieurs pays de la mer de Chine orientale et occidentale sont concernés par des litiges territoriaux sur certains archipels qui ont un poids géostratégique important. En outre, le différend concernant les îles Senkaku concerne également Taïwan, qui revendique la souveraineté sur ces îles.

À cet égard, la Chine a fait à plusieurs reprises des incursions maritimes dans les eaux japonaises autour des îles contestées, que le Japon qualifie de "totalement inacceptables". Ainsi, en juillet dernier, le Japon a fait part de ses "graves préoccupations" concernant les activités des garde-côtes chinois dans les îles Senkaku. 

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PHOTO/PIXABAY - Navire japonais

En outre, le ministère de la défense a annoncé qu'avant la fin de l'année, le porte-avions léger "Izumo" de la force d'autodéfense maritime japonaise subira des essais pour opérer avec des avions américains de cinquième génération F-35 B Lighting II.

L'"Izumo" et son navire jumeau le "Kaga" sont les plus grands navires de la force d'autodéfense maritime japonaise et sont officiellement classés comme "destroyers opérationnels polyvalents", une désignation destinée à respecter les limitations d'armement imposées au Japon après la constitution adoptée à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

D'autre part, la confrontation sur les îles Senkaku n'est pas le seul défi qui pourrait conduire à des affrontements militaires dans la région. Le ministère japonais de la Défense a mis en garde contre le rapprochement de la Chine au sujet de Taïwan, car le renforcement militaire chinois dans le pays "enveloppe l'île". C'est pourquoi le Japon a lancé un appel à la communauté internationale afin d'éviter que "l'avenir de Taïwan ne soit décidé par une confrontation militaire". Il observe en effet "diverses manœuvres de la Chine pour envelopper Taïwan" et demande que "davantage d'attention soit accordée à la survie de Taïwan".

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PHOTO/REUTERS- Des soldats taïwanais participent à des exercices militaires

"De nombreux pays ont montré leur sympathie pour notre idée d'un Indo-Pacifique libre et ouvert", a déclaré M. Kishi. En montrant une présence dans la région, "ensemble, nous pouvons envoyer un message fort sur la paix et la stabilité régionales".

De même, Tokyo envisagerait d'implanter une " unité de guerre électronique " à Yonagunijima en 2023 dans le cadre du budget de la défense 2023. Toutefois, malgré les tensions croissantes dans la région, Tokyo n'a pas l'intention de conclure un accord militaire direct avec Taipei, selon M. Kishi.

Dans cette optique, les responsables militaires américains et japonais ont commencé à se préparer à un éventuel conflit qui pourrait éclater entre la Chine et le Japon, ce qui comprendrait du matériel de guerre "top secret" et des exercices conjoints, ont déclaré des responsables au Financial Times.

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PHOTO/PIXABAY - Navire dans la mer de l'Est

Dans cette veine, le vice-premier ministre japonais Taro Aso a expliqué qu'une crise à Taïwan constituerait "une menace existentielle" pour le Japon : "Si un incident majeur devait se produire à Taïwan, il ne serait pas du tout étrange qu'il affecte une situation menaçant la survie", a déclaré M. Aso lors d'un discours à Tokyo. "Si tel est le cas, le Japon et les États-Unis doivent défendre ensemble Taïwan".

Cette déclaration a surpris étant donné que l'article 9 de la Constitution japonaise interdit le "recours à la force pour la résolution de conflits internationaux" et qu'il est expressément interdit d'entretenir une armée, bien que le Japon dispose d'un armement plus important et de meilleure qualité que des nations comme l'Arabie saoudite ou l'Irak. 

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PHOTO/Koji Sasahara AP - La création d'une organisation spatiale militaire est l'une des dernières décisions majeures prises par le Premier ministre Shinzo Abe avant qu'il ne quitte ses fonctions il y a un mois pour cause de maladie.

Ces restrictions constitutionnelles ne permettent au Japon de mobiliser les forces d'autodéfense japonaises (SDF) que pour la défense nationale, selon les dernières mesures de défense approuvées par l'ancien ministre Shinzo Abe. Auparavant, la seule situation qui permettait de mobiliser les FDS était "une attaque armée", c'est-à-dire une attaque organisée et préméditée contre la terre, la mer ou l'espace aérien territorial japonais.

Le Japon vise ainsi à se repositionner dans la sphère internationale en matière d'armement et à cesser d'être marginalisé dans le domaine militaire par rapport à ses voisins asiatiques. M. Kishi a également déclaré que Tokyo accueillerait favorablement un rôle plus important de l'Europe dans la région, ce qui comprendrait la visite prochaine du porte-avions britannique Queen Elizabeth. À cet égard, deux navires de guerre britanniques devraient être déployés en permanence dans les eaux asiatiques face aux ambitions territoriales croissantes de la Chine dans la région, notamment en ce qui concerne Taïwan, ont déclaré le ministre britannique de la défense, Ben Wallace, et son homologue japonais lors d'une annonce conjointe à Tokyo.