Le Maroc demande des explications à l'Allemagne

Le Maroc réclame des explications au pays allemand pour ne pas avoir reconnu sa souveraineté sur le Sahara et l'accuse directement de "collaboration" avec un terroriste
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AFP/JOHN MACDOUGALL  -   Gerd Mueller, ministre allemand du développement, et Zohour Alaoui, ambassadeur du Maroc en Allemagne, le 10 juin 2020.

Le Maroc a rappelé son ambassadrice à Berlin pour des consultations. C'est ce qu'a annoncé le ministère marocain des Affaires étrangères après avoir accusé le pays allemand de commettre des "actes hostiles" qui seraient "préjudiciables aux intérêts supérieurs du Royaume". Les raisons qui ont conduit le royaume marocain à prendre cette décision découlent des tensions que connaissent les deux pays depuis le mois de mars, après la rupture officielle des relations. Trois jours plus tard, l'ambassade d'Allemagne au Maroc a décidé de suspendre les demandes de visa Schengen pour les citoyens marocains, invoquant la situation épidémiologique que traverse le pays.

En mars, le royaume alaouite a refusé de préciser la raison de la rupture, affirmant simplement qu'elle était due à de "profonds malentendus" liés à des "questions fondamentales pour le Maroc". Aujourd'hui, l'histoire se répète, mais avec une grande différence : le Maroc a publié une déclaration, détaillant la décision soudaine de rappeler son ambassadeur en Allemagne pour des consultations. Le Maroc accuse le pays allemand d'adopter une position négative sur la question de la souveraineté du Maroc sur le Sahara. Le Royaume ne comprend pas "l'activisme antagoniste" de l'Allemagne suite à "la proclamation présidentielle américaine reconnaissant la souveraineté du Maroc sur son Sahara", qui pour le Maroc "est un acte grave qui reste inexpliqué jusqu'à présent".

En outre, les autorités marocaines accusent directement le pays de "complicité avec un ex-détenu pour des actes terroristes, notamment en lui révélant des informations sensibles communiquées par les services de sécurité marocains". À cet égard, le Maroc demanderait l'extradition d'un ancien détenu de nationalité allemande nommé Mohamed Hajeb. Hajeb est accusé d'incitation à des opérations terroristes au Maroc, ce pour quoi il a été condamné en 2010 à dix ans de prison. La peine a toutefois été réduite à cinq ans en 2012.
 

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Le Maroc a demandé l'extradition de Mohamed Hajeb, qui a la nationalité allemande, et que Rabat accuse d'inciter à des opérations terroristes au Maroc

Le communiqué poursuit en indiquant les raisons de ce licenciement, cette fois en référence à la question libyenne. À cet égard, Berlin a abordé la question libyenne lors d'une conférence qui s'est tenue en janvier 2020 et à laquelle ont été invités les chefs d'État impliqués dans le conflit, ainsi que des représentants de l'Union européenne, de l'Union africaine et de la Ligue arabe, à l'exclusion du Maroc. Depuis Rabat, le pays a montré sa surprise en ajoutant avoir joué "un rôle essentiel" dans la coopération internationale pour mettre fin au conflit.

Cette crise diplomatique traverse l'un de ses moments les plus compliqués. La décision concernant l'ambassadeur est révélatrice des tensions entre les deux États, notamment de la part du Maroc, qui estime que l'Allemagne a commis plusieurs déloyautés dans sa coopération avec le Royaume.

Néanmoins, Berlin a accordé au Maroc une aide de 1,387 milliard d'euros pour soutenir les réformes du système financier marocain et pour contribuer à atténuer les effets de la pandémie de COVID. Par ailleurs, l'Allemagne est l'un des principaux partenaires du Maroc dans le secteur commercial, avec 1,9 milliard d'euros d'exportations et 1,3 milliard d'euros d'importations, enregistrés en 2020.

D'autre part, le ministère allemand des Affaires étrangères s'est dit surpris par cette déclaration, car il n'avait pas été informé à l'avance par le gouvernement marocain. Le ministère des Affaires étrangères ne comprend pas les accusations portées par Rabat et se dit "surpris par cette mesure". Selon le ministère, ils vont maintenant "faire un effort constructif avec la partie marocaine pour résoudre la crise".