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Le calme au Maroc face aux accusations de l'Algérie de tuer ses civils

Le porte-parole du gouvernement, Mustafa Baytas, assure que la politique étrangère du Maroc restera attachée aux "principes de bon voisinage avec tous", sans mentionner l'Algérie
Drapeaux marocain et algérien à Saidia, à la frontière entre les deux pays

AFP/FADEL SENNA  -   Drapeaux marocain et algérien à Saidia, à la frontière entre les deux pays

Le Maroc reste calme après les accusations de l'Algérie selon lesquelles son voisin a tué trois camionneurs algériens dans une frappe aérienne présumée au Sahara occidental, alors qu'il attend le discours du roi Mohammed VI samedi pour marquer l'anniversaire de la Marche verte.

Le gouvernement algérien a envoyé hier une lettre à l'ONU accusant son voisin occidental de la mort de trois civils algériens dans un bombardement marocain présumé d'un convoi commercial au Sahara occidental, un incident qu'il considère comme un "acte de terrorisme injustifié".

Ces accusations interviennent à la veille de la commémoration, samedi, du 46e anniversaire de la Marche verte, un événement très symbolique pour les Marocains, qui a forcé le retrait des troupes espagnoles du territoire sahraoui en 1975, lorsque Hassan II a appelé à une marche civile de plus de 35 000 Marocains vers ce territoire.

Les attentes sont placées dans le discours à la nation de Mohammed VI ce jour-là, au cas où il ferait référence à la tension avec l'Algérie.

En esta foto de archivo tomada el 31 de julio de 2018, el rey marroquí Mohamed VI saluda a la multitud
AFP/FADEL SENNA - Sur cette photo d'archive prise le 31 juillet 2018, le roi du Maroc Mohammed VI salue la foule.
La stratégie du silence

Le Maroc a jusqu'à présent maintenu sa stratégie du silence dans la gestion de ses tensions avec l'Algérie et n'a pas réagi officiellement à la dernière accusation de son voisin oriental.

Jusqu'à présent, le seul commentaire indirect est venu du porte-parole du gouvernement, Mustafa Baytas, qui, interrogé hier par des journalistes sur la dernière escalade, s'est contenté de dire que la politique étrangère de son pays restera attachée aux "principes de bon voisinage avec tout le monde", sans mentionner l'Algérie.

Dans le même ordre d'idées, la presse marocaine a minimisé l'importance de cet incident, publiant des analyses dans lesquelles elle considère les dernières accusations comme "une nouvelle propagande algérienne pour inciter aux hostilités".

"Le Maroc est calme et n'est pas nerveux", a déclaré Moussaoui Ajlaoui, expert marocain au Centre d'études africaines, à l'agence de presse EFE. Selon lui, la priorité de Rabat est désormais de tirer un plus grand profit politique de plusieurs événements tels que la reconnaissance par l'ancien président américain Donald Trump de la souveraineté marocaine sur ce territoire sahraoui, ou l'ouverture de 23 consulats de pays étrangers dans cette zone.

Pour l'analyste, Rabat continuera à chercher plus de soutien international pour sa thèse sur le Sahara en exerçant plus de pression sur l'Europe, notamment l'Espagne et l'Allemagne, pour les convaincre de l'option de l'autonomie comme solution politique au conflit.

Puesto fronterizo entre Marruecos y Mauritania en Guerguerat, situado en el Sáhara Occidental, el 24 de noviembre de 2020
AFP/FADEL SENNA - Point de passage frontalier entre le Maroc et la Mauritanie à Guerguerat, au Sahara occidental, le 24 novembre 2020.
Faire pression sur l'ONU

Quant aux tensions bilatérales actuelles, Ajlaoui explique que les relations entre le Maroc et l'Algérie ont commencé à se détériorer en décembre 2019 avec l'arrivée d'Abdelmadjid Tebboune à la présidence, qui, selon lui, entend "attiser l'hostilité avec Rabat pour renforcer sa légitimité en interne".

Ajlaoui estime qu'avec l'incident des camionneurs, l'Algérie veut faire pression sur l'ONU, notamment après la dernière résolution du Conseil de sécurité qui a accepté de prolonger le mandat de la Mission des Nations unies pour le Sahara occidental (MINURSO), dans une décision rejetée par Alger et le Front Polisario, la considérant comme favorable à la thèse du Maroc sur le conflit.

"L'Algérie veut changer les références du conflit du Sahara. Avec sa dernière escalade, elle veut dire au Conseil de sécurité que sa dernière résolution n'a fait que dégrader la situation militaire et sécuritaire dans la région", a-t-il analysé.

Par son attitude, ajoute Ajlaoui, Alger veut aussi faire pression sur la Mauritanie pour empêcher toute entente future entre Rabat et Nouakchott.

Toutefois, M. Ajlaoui exclut la possibilité que la tension actuelle dégénère en guerre, bien qu'il existe une hypothèse de "possibles escarmouches frontalières" à l'est du mur de défense marocain dans les zones de Bir Lehlu et de Tifariti (dites zones libérées par le Polisario) en face de la ville algérienne de Tindouf.

"Le Maroc et l'Algérie sont un facteur stratégique pour les grandes puissances et l'Europe dans la région, et ils ne permettront pas qu'un conflit éclate dans la région", a-t-il déclaré.

El presidente de Argelia, Abdelmadjid Tebboune
PHOTO/FAROUK BATICHE - Le président de l'Algérie, Abdelmadjid Tebboune
L'ONU confirme que deux camions algériens ont été vandalisés en territoire saharien

La mission de l'ONU au Sahara (Minurso) a confirmé avoir trouvé deux camions algériens "gravement endommagés" à l'intérieur du territoire du Sahara occidental, à l'endroit où la présidence algérienne a affirmé que l'armée marocaine avait bombardé et tué trois camionneurs lundi.

Le porte-parole du Secrétaire Général, Farhan Khan, s'est limité à préciser que les agents de la Minurso avaient constaté que les deux camions "étaient gravement endommagés et brûlés" et que l'endroit où ils se trouvaient était "dans la partie orientale du Sahara Occidental, près de la localité de Bir Lahlu", une zone qui se trouve en dehors du mur de défense marocain.

Quant à savoir ce que faisaient les camions dans cette zone, censée être démilitarisée - bien que le Polisario ait rompu le cessez-le-feu il y a un an - le porte-parole a déclaré lors de sa conférence de presse quotidienne qu'il n'avait pas de réponse, bien qu'il s'agisse d'"une question en cours d'analyse". 

À aucun moment, le porte-parole n'a voulu spéculer sur l'éventualité d'une attaque ou sur l'identité de son auteur, à un moment où les tensions s'accroissent dans la région entre l'Algérie et le Maroc. 

Le Secrétaire général a déclaré par l'intermédiaire de son porte-parole qu'il exhortait les deux pays à engager le dialogue afin de désamorcer les tensions, et qu'il espérait que la prochaine visite dans la région de son envoyé personnel pour le Sahara, Staffan de Mistura, contribuerait à améliorer la situation.