Le Maroc et Israël signent un accord de sécurité "sans précédent"

Le ministre israélien de la Défense, Benny Gantz, s'est rendu à Rabat pour sceller le mémorandum
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PHOTO/OREN ZIV  -   Benny Gantz, ministre de la défense d'Israël

Rabat et Tel Aviv travaillent depuis un certain temps à la consolidation de relations qui progressent aussi vite qu'elles sont solides. Il y a tout juste trois semaines, on apprenait que le Maroc était sur le point de recevoir le système de défense israélien Iron Dome grâce à un hypothétique accord militaire qui est désormais devenu réalité. Le voyage du ministre israélien de la Défense, Benny Gantz, dans la capitale du royaume alaouite a constitué l'étape définitive vers la signature d'un accord défini par les responsables israéliens comme "sans précédent" pour eux.

Avec ce nouvel accord, le Maroc acquiert des systèmes de défense de haute technologie, dont le Dôme de Fer de Rafael Advanced Defense Systems. Un an à peine s'est écoulé depuis la normalisation des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël, et la coopération s'est accrue de manière exponentielle au cours des 11 derniers mois. L'arrivée d'Aziz Akhanouch à la présidence du royaume a donné une impulsion supplémentaire aux liens avec Israël, tout comme la nomination de David Govrin, ancien chef du bureau de liaison d'Israël à Rabat, au poste d'ambassadeur d'Israël au Maroc.

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AFP/JALAA MAREY - Une batterie du Dôme de fer israélien, conçue pour intercepter et détruire les roquettes à courte portée et les obus d'artillerie, a été installée sur le site d'une opération militaire israélienne.

Le pays de Mohammed VI est l'un des cinq pays arabes qui entretiennent des relations complètes avec les Israéliens. L'Égypte, la Jordanie, les Émirats arabes unis et Bahreïn complètent une liste qui a commencé à prendre de l'ampleur avec la signature des accords historiques d'Abraham, fin 2020. Le mémorandum désormais scellé entre le Maroc et Israël est un pas supplémentaire dans le renforcement, d'une part, de l'armement sécuritaire du royaume et, d'autre part, de la présence de Tel Aviv en Afrique du Nord. La progression des relations entre les deux pays a donc été aussi facile que rapide.

Le voyage du ministre Gantz au Maroc est le premier d'un ministre de la défense israélien au Maroc. Grâce à cette rencontre historique avec le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, un accord a été signé qui "permettra les exportations israéliennes vers le Maroc", non seulement en matière d'armement mais aussi de cybersécurité. Le communiqué du gouvernement Akhanouch note que les deux pays avaient "un intérêt commun à consolider leurs relations", ce qui est désormais chose faite avec ce qui constitue un mémorandum historique pour les liens d'Israël avec les pays arabes, représentés par l'un des leaders régionaux, le Maroc.

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AFP/MENAHEM KAHANA - Le Premier ministre israélien sortant Benjamin Netanyahu alors qu'il arrive au siège de la campagne électorale de son parti, le Likoud, pour prononcer un discours en début de journée, le 18 septembre 2019.

La question palestinienne est l'une des raisons qui ont pesé et continuent de peser sur les relations d'Israël avec les Arabes. Les accords d'Abraham, promus par le président américain de l'époque, Donald Trump, ont rendu furieuse la Palestine qui, sans surprise, a rejeté catégoriquement les accords et a exhorté tous les pays arabes à faire de même jusqu'à ce que la paix soit instaurée et qu'un État palestinien avec sa capitale à Jérusalem soit établi. Le Maroc, tout en suivant de près la situation en Palestine, ne peut manquer l'occasion de renforcer ses liens avec l'un des pays les plus importants de la région.

Bruce Maddy-Weitzman, expert à l'université de Tel Aviv, estime que le royaume alaouite "recalibre" sa position en raison des avantages importants qu'il peut tirer d'Israël, surtout à un moment difficile pour sa politique étrangère. La rupture des relations diplomatiques avec l'Algérie rend obligatoire la recherche de nouvelles relations, un moment dont les Israéliens profitent pour se rapprocher encore plus de Rabat. Il ne faut pas oublier que le premier pas vers la normalisation des relations maroco-israéliennes a été fait en grande partie grâce à la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur la région du Sahara occidental, ce qui génère une proximité encore plus grande dans le triangle formé par Washington, Rabat et Tel Aviv.