Le Maroc souligne que la crise avec l'Espagne est "bilatérale" et demande au Parlement européen de rester à l'écart

Rabat critique la position des autorités européennes et réaffirme que le problème "est toujours avec l'Espagne"
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AFP/PALACIO REAL DE MARRUECOS  -   Le roi Mohammed VI, son frère le prince Moulay Rachid et son fils le prince héritier Moulay Hassan.

La crise politique et migratoire entre le Maroc et l'Espagne a atteint l'Union européenne. Après avoir tenté de jouer le rôle de médiateur entre les deux pays, Bruxelles a accusé Rabat d'utiliser la migration comme une arme politique. Dans une résolution avec 397 voix pour, 196 abstentions et seulement 85 voix contre, le Parlement européen a condamné les actions du Maroc pendant cette crise. L'organisme européen qualifie les démarches du Royaume de "chantage" et souligne l'utilisation de mineurs et d'autres personnes vulnérables pour atteindre ses intérêts.

Le Parlement européen "déplore la participation d'enfants, de mineurs non accompagnés et de familles au passage massif de la frontière entre le Maroc et la ville espagnole de Ceuta, mettant clairement leur vie et leur sécurité en danger".

Bruxelles montre ainsi son soutien total à l'Espagne, qui, selon la résolution, a été soumise à des "pressions politiques".

Rabat a rapidement répondu aux critiques du Parlement européen. Par le biais d'une déclaration du ministère des affaires étrangères, l'Union européenne a été accusée d'essayer d'"européaniser" cette crise. Elle souligne également que cette résolution ne contribuera pas à la solution du différend entre le Maroc et l'Espagne.

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Communiqué du Ministère des Affaires étrangères du Maroc

Le ministère de Nasser Bourita a également fait allusion aux pactes migratoires entre Rabat et Bruxelles, assurant que la critique "n'est pas conforme au bilan exemplaire du Maroc en matière de coopération migratoire avec l'Union européenne". "Ce sont les mêmes personnes qui tentent de critiquer le Maroc dans ce domaine qui bénéficient en réalité des résultats concrets et quotidiens de la coopération sur le terrain", indique le communiqué.

Il montre également les chiffres obtenus grâce à la coopération entre Bruxelles et Rabat. Comme l'assure le texte, depuis 2017, le partenariat dans ce domaine "a permis de faire avorter plus de 14 000 tentatives de migration irrégulière, de démanteler 5 000 réseaux de passeurs, de sauver plus de 80 500 migrants en mer et d'empêcher d'innombrables tentatives d'agression". Le ministère marocain estime qu'il "n'a besoin d'aucune caution dans sa gestion de la migration", tout en soulignant que "le paternalisme est une impasse".

Le communiqué poursuit en chargeant le Parlement européen, soulignant que la résolution adoptée est "contraire à l'esprit du partenariat" entre le Maroc et l'UE.

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PHOTO/REUTERS - Le ministre marocain des affaires étrangères, Nasser Bourita

Le ministère termine le document en réitérant que le problème "continue d'exister avec l'Espagne, tant que les raisons qui l'ont provoqué ne sont pas résolues". Il termine également en changeant le ton avec Bruxelles, en rappelant que le Maroc "n'a jamais jugé son partenariat avec l'UE sur la base d'incidents conjoncturels". Il insiste également une nouvelle fois sur une coopération positive en matière de migration et sur le partenariat euro-méditerranéen.

Le Parlement panafricain soutient la position du Maroc

L'institution africaine a demandé au Parlement européen de ne pas intervenir dans la crise entre Rabat et Madrid. "Les problèmes entre les deux pays relèvent des relations bilatérales. La crise pourrait être résolue diplomatiquement et par des négociations bilatérales, sans qu'il soit nécessaire de créer une crise avec l'Europe", a déclaré le Parlement panafricain.

Il défend également le Maroc vis-à-vis de l'Europe, en soulignant son "rôle dans la lutte contre le terrorisme, l'immigration illégale et la traite des êtres humains".

La crise diplomatique entre Rabat et Madrid a commencé fin avril lorsque le gouvernement espagnol a accepté Brahim Ghali, chef du Front Polisario et principal ennemi du royaume. Le gouvernement espagnol a justifié son entrée par des "raisons humanitaires", car le Ghali avait des problèmes de santé et devait être hospitalisé d'urgence. Depuis lors, le Maroc a critiqué l'Espagne pour avoir accueilli le leader du Polisario, jusqu'à ce qu'elle décide finalement d'ouvrir les frontières, provoquant une grande crise migratoire.

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AP/JAVIER FERGO - Environ 6 000 personnes avaient traversé le pays mardi matin, depuis que les premières arrivées ont commencé aux premières heures du lundi matin.

Actuellement, la tension continue malgré le fait que Ghali ne soit plus en Espagne. La Moncloa étudie la possibilité de supprimer le régime spécial de Ceuta et Melilla et d'inclure les enclaves dans l'espace Schengen et l'union douanière de l'UE, ce qui nécessiterait un visa pour entrer depuis le Maroc.