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Le Maroc a-t-il besoin de l'aide américaine contre le Polisario ?

La nouvelle proposition de budget américain pour 2023 prévoit un programme d'aide pour les pays menacés par les groupes fantoches iraniens
maniobras militares african lion en Marruecos con la participación de Estados Unidos

PHOTO/ARCHIVO  -  

Fin juillet, le Congrès américain a dévoilé des modifications de son plan budgétaire de défense 2023 qui prévoient le financement d'un réseau de défense aérienne dans les pays de la région MENA. Plus précisément, les bénéficiaires potentiels de l'aide américaine seraient ceux soumis à la menace de l'Iran, ou des milices entraînées et armées par le régime islamiste.

Selon le document soumis au Congrès, l'aide serait destinée aux pays arabes qui ont progressivement formalisé leurs relations avec Israël dans le cadre des accords d'Abraham.

"Les fonds affectés à ce titre, y compris ceux destinés à l'assistance à l'Égypte, à la Jordanie, aux Émirats arabes unis, au Bahreïn, au Soudan, au Maroc et à tout pays membre de la Coopération du Golfe que le secrétaire d'État juge approprié, devraient être utilisés en partie pour renforcer la coopération multilatérale en matière de défense avec Israël, et d'établir des réseaux intégrés de défense aérienne entre ces pays et Israël, notamment pour contrer les attaques de missiles et de systèmes d'aéronefs sans pilote par l'Iran et ses mandataires ", peut-on lire dans la section de la loi d'autorisation de la défense nationale pour l'année fiscale 2023.

Parmi les pays visés par cette aide, qui pourrait atteindre un total de 6 milliards de dollars, figure le Maroc, le plus éloigné du Levant et de l'Iran, mais menacé par le groupe armé insurgé du Front Polisario. L'inclusion du Maroc dans ce rapport serait, selon les médias marocains, une supposition du danger que représente le Front Polisario pour la sécurité de l'Etat, ainsi qu'un lien entre le mouvement insurgé et le régime iranien.

sistema de misiles patriot
PHOTO/ARCHIVO - 

Comment cette aide américaine peut-elle se concrétiser ?
 
Le document américain parle explicitement de "réseaux intégrés de défense aérienne entre ces pays et Israël, notamment pour contrer les attaques de missiles et de drones iraniens". La première difficulté qui se pose est la distance entre le Maroc et les autres pays soumis à cette éventuelle assistance, qui empêche les forces armées de travailler ensemble pour tirer le meilleur parti d'un système d'armes pour défendre une zone commune.

Il faut donc comprendre que le Maroc serait légèrement isolé de cette possibilité, mais pas de la promotion de ses propres systèmes de défense aérienne comme il le fait depuis une décennie et plus récemment avec le soutien d'Israël. L'assistance serait directement liée à l'acquisition, à la maintenance et à l'opérationnalisation des systèmes.

Le financement américain pourrait donner l'impulsion finale au royaume du Maghreb pour prendre l'avantage sur l'Algérie voisine. Des sources OSINT ont révélé, par le biais d'images satellites, que les forces armées marocaines préparent une base militaire pour la défense aérienne à quelque 30 km à l'est de la ville de Kenitra, près de la capitale Rabat.  La base pourrait accueillir les systèmes de missiles Patriot qui ont reçu le feu vert du Congrès mais que le Maroc n'a pas encore reçu.

Du point de vue israélien, un accord a été conclu début 2022 pour l'acquisition de systèmes Barak 8, qui n'ont pas encore été reçus, mais qui, avec les systèmes Patriot, renforceraient considérablement la défense aérienne du Maroc. Pour l'instant, les moyens marocains les plus avancés pour protéger son espace aérien sont les systèmes chinois Norinco Sky Dragon 50, ainsi que le FD-2000B, également de fabrication chinoise.

armas del elps polisario marruecos
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Sont-ils nécessaires ?

Le réarmement des forces armées marocaines n'a pas actuellement pour motif principal la menace du Front Polisario. L'opinion de divers analystes espagnols de la sécurité et de la défense est que l'Algérie est la principale préoccupation du Maroc en matière de défense et que ses investissements en matière d'équipement militaire et de conception des forces sont structurés pour faire face à l'Armée nationale populaire algérienne.

Selon les sources consultées par ce journal, le Front Polisario est totalement dépassé du point de vue de l'armement, et malgré ses liens présumés avec le régime iranien, il n'aurait pas la capacité de frapper ou de menacer sérieusement l'infrastructure de l'État marocain. Selon les mêmes sources, le Polisario n'a pas reçu d'armement de qualité de ses partenaires internationaux depuis la cessation des hostilités avec l'État marocain au début des années 1990.

Le Maroc conserverait la supériorité aérienne dans la région du Sahara, ce qui éliminerait toute possibilité pour le groupe d'insurgés de mener une action majeure de guerre mécanisée. Cette situation aurait conduit le Front Polisario à changer de stratégie, abandonnant la lutte armée pour tenter de gagner par l'attrition et la propagande, en essayant de profiter de tout signe de crise sociale au Maroc.
 
Et l'Algérie ?

Plus inquiétants sont les effets qu'elle pourrait avoir sur la variante algérienne, première priorité de l'action extérieure marocaine dans la région. Ces dernières semaines, le Maroc et l'Algérie ont tenté de désamorcer la tension qui dure depuis un an. En août 2021, l'Algérie a coupé ses ponts diplomatiques avec le royaume et, plus tard, en octobre, elle a décidé de ne pas renouveler l'accord avec le Maroc pour le transport de gaz par le gazoduc Maghreb-Europe qui traverse le Maroc d'est en ouest.

Derrière les rebuffades algériennes se cache la normalisation des relations entre le Maroc et Israël, que le gouvernement Tebboune-Chengriha dénonce. Le renforcement des relations entre les pays arabes et Israël est une étape nécessaire à la stabilité de la région MENA, mais le renforcement de ces relations par la défense et l'armement pourrait avoir un coût en termes de relations entre les deux voisins nord-africains. Il reste à voir si le Département d'État américain voit cette possibilité du même œil, et si le Congrès américain ne fait pas marche arrière sur ce financement potentiel.
 

Coordinateur de l'Amérique: José Antonio Sierra