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Le monde arabe condamne la visite de Ben-Gvir sur l'Esplanade des Mosquées

Abu Dhabi porte le différend devant le Conseil de sécurité des Nations unies, mais ne fait aucun commentaire sur la visite officielle imminente de Netanyahu aux Émirats
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REUTERS/AMMAR AWAD  -   Manifestation dans l'enceinte de la mosquée Al-Aqsa, connue par les musulmans comme le Noble Sanctuaire et par les juifs comme le Mont du Temple, dans la vieille ville de Jérusalem, le 22 avril 2022

Ben-Gvir a fait un signe du pouce à Netanyahu dès qu'il en a eu l'occasion. Quelques heures à peine se sont écoulées depuis la formation du gouvernement le plus à droite de l'histoire d'Israël, dirigé par une Knesset dominée par le bloc de droite et ultra-orthodoxe, et le tout nouveau ministre de la Sécurité nationale, directement responsable de la police, s'est rendu mardi matin sur l'Esplanade des Mosquées, faisant fi des conseils de Bibi, pour envoyer un message de force.  

Il a suivi les traces de feu l'ancien Premier ministre Ariel Sharon, qui, en tant que chef de l'opposition, avait fait le tour de l'enceinte jusqu'au Mont du Temple en 2000.  

Sharon le fait escorter par un millier d'agents de sécurité. La démarche de Ben-Gvir n'a pas nécessité le même déploiement, notamment parce qu'il est apparu dans la zone tôt le matin, alors qu'il n'y avait personne. Il n'est resté qu'un quart d'heure, juste le temps d'enregistrer une vidéo pour ses réseaux sociaux dans laquelle il dénonce la prétendue "discrimination raciste" subie par les Juifs qui n'ont pas le droit de prier sur le Mont du Temple. Mais il l'a fait avant tout pour défier sa longue liste d'opposants.  

Dans la vidéo postée sur Twitter par le leader du parti ultranationaliste Otzma Yehudit (Pouvoir juif), on peut voir le Dôme du Rocher, lieu de culte de l'Islam, en arrière-plan alors qu'il déclare aux médias que ses visites sur l'Esplanade des Mosquées vont se poursuivre

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IMAGEN/TWITTER (@itamarbengvir)  -   Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, un homme d'extrême droite, se rend sur l'Esplanade des Mosquées à Jérusalem, ce qui est considéré comme une "provocation" par l'opposition et les forces palestiniennes

La première apparition de Ben-Gvir en tant que membre du gouvernement menaçait de provoquer des émeutes dans une région habituée à connaître des violences entre Israéliens et Palestiniens qui ont fait des victimes. Au contraire, la visite du ministre pyromane a déclenché une vague de condamnations de la part d'États et d'organisations arabes qui ont considéré son action comme une provocation, ainsi qu'une grave violation du caractère sacré du site.  

Parmi les pays du Moyen-Orient qui ont condamné l'événement figurent l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Qatar, le Koweït, la Turquie, l'Égypte, la Jordanie et l'Autorité palestinienne.  

Abu Dhabi a qualifié la visite de Ben-Gvir à la mosquée Al-Aqsa d'"agression". Le ministre émirati des Affaires étrangères, Abdullah bin Zayed, a discuté lors d'une conversation téléphonique avec ses homologues turc et jordanien des moyens de "protéger" le complexe et de la situation délicate à Jérusalem-Est. Mais les médias officiels émiratis n'ont fait aucune référence à la visite imminente de Netanyahu aux EAU, avec lesquels il a normalisé ses relations dans le cadre des accords d'Abraham de 2020.  

Le gouvernement dirigé par Mohammed bin Zayed, alias MBZ, est allé jusqu'à contacter la Chine pour porter la question devant le Conseil de sécurité des Nations unies. L'organe des Nations unies doit se réunir ce jeudi pour discuter de la question, mais il est peu probable que la réunion se concrétise par des actions concrètes ou des condamnations officielles.

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AFP/ AHMAD GHARABLI  -   La police israélienne détient un manifestant palestinien dans l'enceinte de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, le 22 avril 2022

Le ministère saoudien des Affaires étrangères a publié une déclaration dénonçant "l'action provocatrice" du ministre israélien, tandis que le gouvernement égyptien, médiateur clé pour la stabilité dans la bande de Gaza, a mis en garde contre "les conséquences négatives de ces actions pour la sécurité et la stabilité" dans la région. En effet, le groupe terroriste Hamas, qui avait menacé de riposter si Ben-Gvir se rendait sur l'Esplanade des Mosquées, a tenté de lancer un projectile sur le sud d'Israël, mais sa trajectoire n'a pas abouti et il a frappé à l'intérieur du territoire contrôlé par le Mouvement de la Résistance Islamique lui-même.  

La peur d'un changement du statu quo  

L'apparition surprise de Ben-Gvir a déclenché l'alarme dans le monde arabe et musulman, qui craignait que le nouveau gouvernement israélien, composé d'extrémistes de droite et d'ultra-orthodoxes, ne modifie le statu quo juridique régissant le complexe. La réglementation actuelle interdit aux Juifs de prier sur le Mont du Temple, considéré comme le site le plus sacré du judaïsme, où le Second Temple de l'Antiquité aurait été érigé. Mais cette tendance est inversée par des rabbins proches du camp sioniste religieux.  

Pour les musulmans, l'Esplanade des Mosquées est également sacrée. Elle abrite la mosquée Al-Aqsa, le troisième sanctuaire le plus important de l'Islam après La Mecque et Médine, ainsi que le Dôme du Rocher, d'où le prophète Mahomet est censé être monté au ciel.

El primer ministro de Israel, Benjamin Netanyahu, anuncia que se establecerán plenas relaciones diplomáticas con Emiratos Árabes Unidos, durante una conferencia de prensa el jueves 13 de agosto de 2020, en Jerusalén
PHOTO/ABIR SULTAN vía AP  -   Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu

Le Premier ministre palestinien Mohammad Shtayyeh a dénoncé la visite comme une tentative de transformer le complexe de la mosquée "en un temple juif". Ben-Gvir lui-même a affirmé, lors de la campagne électorale, qu'il avait l'intention de modifier le statu quo religieux sur le Mont du Temple afin que les Juifs puissent y prier. En effet, à la veille des élections du 1er novembre, il a annoncé qu'il exigerait que Netanyahou introduise "l'égalité des droits pour les Juifs".  

Mais dans une déclaration, le premier ministre le plus ancien de l'histoire d'Israël, de retour au pouvoir pour la sixième fois 18 mois après avoir perdu le leadership, a affirmé son engagement à "maintenir strictement" le statu quo. "L'affirmation selon laquelle il y aurait eu un changement dans le statu quo n'est pas fondée", a déclaré Netanyahou, qui devra faire preuve d'un sens de l'équilibre pour empêcher ses nouveaux partenaires gouvernementaux d'enflammer davantage la coexistence.