Le premier ministre libanais démissionne après avoir échoué à former un gouvernement

e président du pays a une nouvelle fois rejeté une proposition de nouveau cabinet
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AFP PHOTO/HO/DALATI Y NOHRA  -   Le Premier ministre libanais désigné Saad Hariri

Après neuf mois d'impasse politique et d'incapacité à former un nouveau gouvernement au Liban, le Premier ministre désigné Saad Hariri a annoncé sa démission. Hariri a présenté hier une nouvelle proposition de gouvernement au président libanais Michel Aoun. Aoun et Hariri ont eu un bref entretien d'à peine une demi-heure, à l'issue duquel Hariri a déclaré que "le moment de vérité est arrivé".

"Il est évident que nous ne parviendrons pas à nous entendre, le président et moi", a déclaré le leader sunnite. S'adressant aux médias, Hariri a avoué aux journalistes que le président Aoun n'avait pas accepté sa dernière proposition de cabinet. Selon le média libanais L'Orient-Le Jour, le leader sunnite serait arrivé au palais présidentiel pour rencontrer à nouveau le chef de l'État afin de discuter de la proposition de nouveau gouvernement, qui comprend 24 ministres. 

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PHOTO/DALATI & HOHRA via REUTERS - Le Premier ministre libanais désigné Saad al-Hariri rencontre le président libanais Michel Aoun au palais présidentiel à Baabda, au Liban

"Au cours de nos consultations, le président a demandé des changements que je considère comme fondamentaux dans la version du gouvernement", a déclaré Hariri aux journalistes après sa rencontre avec Aoun. "Nous avons également discuté des questions de confiance et de la nomination de ministres chrétiens". "Mais il est évident que la position d'Aoun n'a pas changé et que nous ne pourrons pas nous entendre", a-t-il déclaré. "J'ai demandé au président que j'avais besoin de plus de temps pour réfléchir à la feuille de route. Il m'a dit que nous ne parviendrons pas à nous entendre et c'est pourquoi je vous annonce ma démission. Que Dieu aide le Liban", a conclu M. Hariri.

Les divergences entre le président libanais Michel Aoun et le premier ministre libanais Saad Hariri sont constantes depuis que ce dernier a accepté la mission de former un gouvernement en octobre dernier. Aoun, ainsi que le Mouvement patriotique libre, ont exigé que des ministres chrétiens soient nommés au gouvernement et que leur nombre soit porté à 20, ce qui permettrait un blocage d'un tiers en faveur du président. Pour sa part, M. Hariri a insisté pour former un gouvernement de spécialistes sur la base de l'initiative française et du soutien tacite de certaines forces du pays, comme le Mouvement Amal.

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PHOTO/DALATI&NOHRA - Michel Aoun, Président du Liban

Aoun, dont le parti politique contrôle le plus grand bloc parlementaire du pays, s'est opposé à Hariri sur la formation du cabinet, imposant ses conditions. Hariri est en désaccord avec Aoun sur le nombre de ministres et la répartition du nouveau gouvernement. Pour sa part, le président libanais a qualifié la proposition de M. Hariri de non représentative des chrétiens et de mépris pour le système de partage du pouvoir en vigueur dans le pays, qui est fondé sur des taux confessionnels.

En fin de compte, les querelles entre les deux dirigeants ont dépassé l'intérêt national et ont conduit à la démission du premier ministre, qui n'a pas été en mesure de mener à bien la tâche de former un gouvernement. Le Liban est sans gouvernement depuis onze mois, depuis que le premier ministre intérimaire Hassan Diab et son cabinet ont démissionné à la suite de l'explosion du port de Beyrouth en août 2020, qui a fait plus de 200 morts et des milliers de blessés.

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AP/BILAL HUSSEIN - Des centaines de manifestants libanais se sont rassemblés dans le centre de Beyrouth

L'impasse politique au Liban a exacerbé la crise économique du pays, que la Banque mondiale a qualifiée d'une des pires crises du 21ème siècle. La mise en place d'un cabinet est cruciale pour la mise en œuvre des réformes, condition sine qua non de l'aide internationale qui pourrait apporter un soulagement à une crise profonde marquée par l'hyperinflation, l'appauvrissement de la moitié de la population et les pénuries de produits de première nécessité.